Quand Libération donne la parole aux Bretons

A LA UNE

15/12/2013 – 08H00 Paris (Breizh-info.com) – Certes, Libération est en mauvaise santé. En septembre 2013, la diffusion est tombée à 99 862 exemplaires, en baisse de 17,2 % sur un an, selon l’OJD. Si bien que l’entreprise va passer dans le rouge en 2013 avec une perte nette de 1,3 million d’euros pour un chiffre d’affaires de 58 millions. Or les deux principaux actionnaires, Bruno Leroux (26% du capital), promoteur immobilier, et Edouard de Rothschild (également 26%) homme d’affaires, n’ont pas envie de remettre au pot… On cherche donc à économiser 3 millions d’euros.
Qui dit économies, dit restriction dans les investissements rédactionnels. Dommage car Libération est encore capable d’initiatives journalistiques intéressantes. Le ressort n’est pas complètement cassé. Envoyer des journalistes enquêter sur le terrain relève encore du possible. Ce qui a un coût.
C’est ainsi qu’à la veille du rassemblement des Bonnets rouges à Carhaix (samedi 30 novembre) un envoyé spécial a arpenté le Finistère. Grâce à quoi, Christian Losson a ramené du vivant, du vécu, de l’humain. En effet, il n’existe pas de meilleur exercice journalistique que de faire parler les « invisibles ». Les écouter étonne souvent. Excellent moyen pour découvrir les « vraies gens », sans langue de bois. Au passage, une belle leçon de journalisme pour Ouest-France et Le Télégramme trop enclins à se cantonner dans l’institutionnel. Ne pas déranger semble être la devise de ces maisons qui gagneraient pourtant à pratiquer la proximité.
Pendant ces quatre jours, Christian Losson a accordé un intérêt tout particulier à trois communes aux revenus les plus faibles de Bretagne en 2007, selon l’Insee : Saint-Nicodème, Trémargat, Maël-Pestivien. Petite sélection de propos pas forcément « politiquement correct ».
° Morgan Large, journaliste à Radio Kreiz Breizh (six salariés) : des pétitions circulent pour « virer Hollande » ou « arrêter de filer le travail aux étrangers » (28 /11/2013).
° François Le Cam, éleveur à la retraite : « J’étais Breton, on m’a demandé de devenir Français. Et, maintenant Européen. Mais elle apporte quoi l’Europe, à part de la souffrance ? » (28/11/2013)
° Christian Guyonvac’h, conseiller régional, porte-parole de l’UDB : « Le message, c’est :’l’Etat n’a plus d’argent’. On le sait. Arrêtez de nous infantiliser et laissez-nous expérimenter. » (29/11/2013).
° François Hélias, patron d’une PME de transports routiers, Bonnet rouge « historique » : « Cette révolte, c’est surtout celle de la base, des seconds couteaux ». Il sait les intérêts contradictoires, les divergences, le « bordel du collectif », ce « patchwork impossible ». « Mais c’est la beauté du mouvement : mettre ensemble des gens par nature incompatibles. » (29/11/2013).
° Marie Hélène Stone, ouvrière intérimaire chez Marine Harvest : « Nous, les sans-grades, les moins que rien, on aura rien, aucune indemnité. On est les dindons de la farce. » Sa colère, sa rage, sa volonté de se battre sont totales : « Ici, dans ce coin du Finistère, c’est mort. Y a plus de travail, que du désespoir, un ras-le-bol terrible. » A l’entendre, le collectif « vivre, travailler et décider en Bretagne » ne marche pas assez à droite. Elle a « voté et votera » FN. Comme son mari, chauffeur routier en arrêt-maladie. « Personne ne nous défend, tonne-t-il. Il va falloir que ça pète, que ça se radicalise. On n’a plus rien à perdre. » Elle coupe : « et croyez-moi, on n’est pas les seuls. » Il coupe à son tour : « Marre de se faire piquer le boulot par des types de Roumanie et de Bulgarie qui, en plus, piquent le gazole des autres camions. » La température monte : « Avant, quand j’allais en Espagne, j’arrivais à me faire 3000 euros par mois. Là, ces mecs acceptent de bosser pour deux fois moins. »
Qu’importe, Marie-Hélène Stone veut bosser en Bretagne. Et en vivre. « On achète des produits 50% moins cher, car bientôt périmés, et on met ça au congélateur. Pour la viande, on élève nos poules. Et on va bientôt mettre un cochon. » Un message pour terminer : « Je ne veux pas être syndiquée. J’y crois plus. Même la CGT est instrumentalisée. Enfin, si je devais prendre une carte, ce serait à FO : les seuls qui ont eu un temps le courage d’être avec nous. » (29/11/2013)
° Jean-Paul Biger, marin pêcheur : « Bien sûr que j’en suis, des Bonnets rouges, comment je  pourrais ne pas en être ? » Il a monté une association contre la clapage, le rejet en mer des boues retirées des ports de Loctudy et de Lesconil qui s’envasent : « Le conseil général laisse saccager nos plus belles zones de pêche et nous raconte que c’est plus propre qu’avant ! On a beau avoir fait faire une expertise qui prouve l’inverse, tout le monde s’en fout : les dés sont pipés, régionalement, nationalement ou continentalement. »
Jean-Paul Biger se défend d’être populiste : « Je ne crois plus en rien et je ne fais pas de politique, à part celle de mon pays, celui de Cornouaille, où l’on est au bout du bout du territoire. On ne peut pas être plus au bout. » (29/11/2013).° Jean-Michel Favennec, éleveur laitier, patron de la coordination rurale du secteur. Il rappelle « qu’un tiers des paysans bretons ont disparu en dix ans », mais aussi que « pour ceux qui restent, leur revenu est négatif », et enfin que « 50% vont bientôt partir à la retraite ».
Il a perdu ses illusions : « Le malaise est si profond. Le climat anxiogène. On voit des gens, même des types qui se disent du PS, tenir un discours d’extrême-droite, c’est alarmant. »
Pas forcément d’accord avec les Bonnets rouges « mais défendre l’emploi sur notre territoire, c’est au moins notre plus petit dénominateur commun » (29/11/2013).
Grâce à Christian Losson, journaliste à Libération, une tranche de vrai journalisme qu’on cherchera en vain dans la presse quotidienne régionale. Cela méritait d’être souligné.

Photo : luc legay/Flickr (cc)
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