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16/12/2013 – 08H00 Nantes (Breizh-info.com) – « C’est drôle de voir une candidate si jeune reprendre une démarche si ancienne » s’étonne un Nantais sexagénaire au vu de la première proposition présentée par Laurence Garnier, 34 ans, tête de liste UMP pour les élections municipales à Nantes : coiffer la tour Bretagne d’une sorte de pyramide en poutres composites pour en faire un « phare Bretagne ». Et accroître ainsi, pense-t-elle, l’« attractivité » de la ville.
Notre sexagénaire, lui, il a vu la tour se construire entre 1970 et 1976. À l’époque de sa conception, elle visait déjà à assurer l’attractivité de Nantes. L’orgueilleux bâtiment devait réunir tous les symboles de la modernité à la façon des Trente glorieuses : un vaste parking doublé d’une station service, un grand centre commercial, des bureaux de prestige desservis par une batterie d’ascenseurs rapides, le tout couronné par un restaurant panoramique.
Ce fut un échec sur pratiquement toute la ligne. Plus coûteuse et plus longue à construire que prévu à cause de failles imprévues dans le sous-sol, la tour a ruiné son constructeur. Contestée sur le plan esthétique et fonctionnel, elle n’a jamais été totalement occupée. Les commerces prévus ne sont pas venus. Pour occuper les bureaux, il a fallu rameuter des organismes publics et des collectivités locales : région des Pays de la Loire, ville de Nantes, inspection du travail, etc. L’Ere du temps, la discothèque ouvertement gay du 29e étage, a mis la clé sous la porte au bout de six ou sept ans. La terrasse a été fermée après plusieurs suicides (elle a rouvert une trentaine d’années plus tard, désormais enfermée dans un solide grillage, avec l’aménagement du bar Le Nid, en 2012).
On s’étonne donc à Nantes que Laurence Garnier ait choisi d’axer sa campagne sur un porte-poisse aussi notoire. Cela lui vaut déjà une avalanche de sarcasmes. D’autant plus que le discours et la méthode paraissent étroitement calqués sur ceux de Jean-Marc Ayrault. Lui aussi a voulu conférer de l’attractivité à sa ville, au prix de réalisations voyantes, du Grand Éléphant des Machines de l’île aux « œuvres » éphémères du Voyage à Nantes. Toutes avaient en commun une caractéristique : elles étaient de totales novations, sans lien avec l’histoire ou la culture de la ville. Au lieu de créer de l’attractivité à partir d’un socle existant, elles prétendaient la créer ex nihilo. Prétentieuse et coûteuse à la fois, cette démarche n’a pas produit les résultats espérés, et elle agace fortement l’électorat local de droite. On se demande donc ce qu’espère Laurence Garnier en s’inscrivant dans la continuité de cette politique.
D’autant plus que la seconde proposition avancée par Laurence Garnier est « un soutien réaffirmé au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ». Sur ce point aussi, la candidate UMP s’inscrit dans la stricte continuité de la municipalité Ayrault. Ce choix surprend. À droite comme à gauche, les positions à l’égard du projet d’aéroport semblent se répartir en trois camps : un grand nombre d’indécis, beaucoup d’opposants, quelques partisans (les manifestations des opposants réunissent quelques centaines à quelques milliers de participants, les manifestations des partisans pas plus de quelques dizaines). En prenant fait et cause pour le projet du gouvernement, Laurence Garnier rejette les opposants de droite vers la liste Front National (qui n’a pas explicitement condamné le projet mais réclame un moratoire suivi d’un référendum). Alors que l’élection risque de se jouer sur le fil, cette stratégie paraît pour le moins étrange.
Crédit photo : Tour Bretagne dans la brume [cc] Danielclauzier via Wikimedia Commons
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