22/12/2013 – 06H00 Paris (Breizh-info.com) – Rédacteur en chef adjoint du magazine  Capital, Philippe Eliakim  est parti à la rencontre des professionnels, des consommateurs, des élus, des membres de la fonction publique et des ministères pour enquêter sur les 400.000 normes qui encombrent le Journal officiel. Sous le titre « Absurdité à la française : enquête sur ces normes qui nous tyrannisent », il vient de publier chez Robert Laffont le résultat de son travail. Edifiant.
« Tout a commencé dans un gymnase. Un superbe gymnase, bâti à prix d’or par la ville de Vincennes avec l’argent du contribuable.
“Et l’on ne peut rien y faire ?
— Rien. On leur a montré les extincteurs, les alarmes, les issues de secours, tout.
– Et ils ne veulent rien entendre ?
— Rien. Ils disent que les normes ont changé. Ils disent qu’on n’a plus le droit d’avoir un gymnase en sous-sol.
— Alors ?
— Alors, nous allons le détruire.
‘Tout a commencé dans ce gymnase, et ensuite les choses sont allées de mal en pis. Au fil de mon enquête, j’ai découvert une France que je ne soupçonnais pas, ravagée par les règles idiotes et les normes absurdes. Une France où, pour quelques millimètres, on refait des rues entières dans les villages afin que deux fauteuils roulants puissent se croiser, où on démolit des maisons parce qu’elles empiètent de trois centimètres sur le domaine maritime, où les vérificateurs de fosses septiques sèment la terreur dans les campagnes.
Une France où des milliers d’hôtels vont devoir fermer, car leurs couloirs sont trop étroits, où les citoyens n’en peuvent plus des diagnostics, des contrôles techniques et des mises en conformité d’ascenseurs. Et dont les industriels, soumis à des obligations uniques au monde, préfèrent claquer la porte pour aller créer leurs emplois en Allemagne. Asseyez-vous, lecteurs, et retenez votre souffle : ici commence le pays des fous. » Ainsi débute le récit –authentique – de ce qu’Eliakim dénomme fort justement « l’absurdité à la Française ».
Volontiers destinées à assurer la santé et la sécurité publiques, ces exigences légales, réglementaires et administratives que constituent les normes trouvent le plus souvent leurs fondements dans des élans écologiques et/ou de ‘précaution’ dont le principe est désormais inscrit dans notre Constitution.
Ces normes sont souvent décidées, inventées et mises en œuvre par des bureaucrates qui n’auront pas à les mettre en œuvre, mais seulement à vérifier leur mise en place et à sanctionner les infractions.
Peu importe que, dans les faits, elles soient inadaptées ou inapplicables, qu’elles pénalisent le pouvoir d’achat des ménages comme la compétitivité des entreprises, qu’elles ne permettront manifestement pas d’atteindre l’objectif, ou encore qu’elles entrent en contradiction avec d’autres priorités gouvernementales comme le logement social : la norme est la norme et les administrations en charge de leur contrôle ne veulent voir qu’une norme!
Tout au long du livre l’auteur alimente ses démonstrations d’exemples clairs, de témoignages précis, qui emmènent le lecteur dans un tour de France des absurdités techniques et économiques liées aux fameuses « normes ». Kafka n’est pas mort.
Dans une période où l’on demande à tous de faire des économies, où la France traverse une crise économique sans précédent, la découverte par le lecteur d’un  gaspillage organisé et généralisé ainsi que la répression disproportionnée menée par de véritables gardes rouges de la norme et de la précaution donne à réfléchir.
Avec cet ouvrage, Philippe Eliakim donne des éléments solides au lecteur pour affuter son argumentation face aux intégristes de bureau. A lire de toute urgence.

Absurdité à la française : enquête sur ces normes qui nous tyrannisent – Philippe Eliakim – Robert Laffont – 19€

Photo : DR
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