Locarn. Compte rendu de la conférence de Philippe Chalmin

pierre_chalmin

27-01-2014 – 07H10 Locarn (Breizh-info.com) – Une centaine de personnes étaient réunies, jeudi 23 janvier, à l’Institut de Locarn, afin d’assister à la conférence de Philippe Chalmin intitulée « Propos bienveillants et exigeants sur la crise du modèle agroalimentaire de la Bretagne ».
D’emblée, l’orateur l’avoue, il ne connait ni la Bretagne, ni les Bretons. Il vient là en tant qu’observateur et spécialiste extérieur. Comme il le dit lui-même « il est toujours intéressant de voir ce qu’il se passe dans le miroir ». Il maîtrise, par contre, parfaitement son sujet, de par ses études et sa carrière universitaire.  Cela se ressent dès le début de son exposé.
Lequel, au-delà du contenu que nous analysons ci-dessous, fut captivant, notamment parce que Pierre Chalmin, tel un Fabrice Lucchini, manie la langue française d’une manière si léchée, si articulée, si diverse également, qu’il est impossible de ne pas l’écouter.

Concernant la conférence en elle-même, après une présentation de son parcours – Pierre Chalmin a notamment été élève de Joseph Le Bihan à HEC il y a 40 ans -, il a tout d’abord établi un parallèle, une comparaison, entre le succès du modèle breton des années 70, qui était alors appelé une « révolution silencieuse » et ce même modèle qui, aujourd’hui, semble entré dans une crise profonde.
Qu’est-ce qui explique ce basculement, cette chute du modèle Breton qui était réputé dans toute l’Europe concernant l’agroalimentaire notamment ?

Avant de répondre à cette question, Pierre Chalmin revient tout d’abord sur la deuxième mondialisation (la première ayant eu lieu à la fin du 19e siècle). Elle a profondément changé le monde et le rapport de l’homme au monde,  tant sur le plan géographique que technologique et idéologique.

La planète (hormis la Corée du Nord) appartient en effet aujourd’hui intégralement au même système économique. Les mouvements s’accélèrent. Désormais, l’économie et les échanges se font en temps réel partout dans le monde. Les biotechnologies et nanotechnologies commencent à se développer.
Ces profonds changements sont également accompagnés d’une mondialisation idéologique, née avec le triomphe de l’économie de marché. Selon M. Chalmin, aucun être censé ne peut aujourd’hui sincèrement remettre en question cette marche en avant vers le marché mondial, ouvert, triomphant. Cette pensée, ultralibérale, où les hommes ne semblent plus avoir ni patrie, ni frontière, ni prise sur les évènements, suscitera bien des questions et des interrogations lorsque viendra la séance des questions.

Après ces explications générales, M. Chalmin en vient à la Bretagne avec cette question : « qu’est-ce qui n’a pas marché ? ».

Tout d’abord, l’Union Européenne , au lieu d’être devenu une Europe politique forte, n’est en fait qu’une administration. Celle-ci impose des directives, des normes, des réglementations, qui étouffent toute initiative. Cela provoque des révoltes, des colères, mais qui selon l’orateur  n’appuient pas au bon endroit.
« Aller déverser du lisier contre les préfectures est un acte inutile, c’est à Bruxelles qu’il faut faire du lobbying, les États n’ont plus aucun rôle ».
C’est donc tout d’abord la Bureaucratie, qu’elle soit Européenne ou Française, avec cet entassement des échelons de pouvoir, qui est un facteur handicapant pour l’essor de l’agroalimentaire et de l’agriculture, en Bretagne comme dans d’autres régions.

— La France possède également les Verts « les plus dogmatiques et les plus bornés » d’Europe.
— Le coût du travail sur les métiers peu qualifiés est exorbitant et ne constitue pas un atout face à la concurrence, notamment allemande.
— Les relations entre les différents acteurs (grande distribution, producteurs, intermédiaires…) sont des relations qui ont toujours été difficiles, de la concurrence aux jalousies, nécessitant une intervention de l’état et un arsenal législatif énorme.
— Entre 1990 et 2010, la part de l’agriculture dans le PIB breton est passée de 8,4 % à 3 %.
— Il n’y a aujourd’hui plus aucun pôle émergent dans l’agroalimentaire breton. Ce sont les mêmes entreprises que l’on retrouve aujourd’hui que celles apparues dans les années 70. Ce non-renouvellement des talents et des idées, cette incapacité à former des « grosses PME » – comme en Hollande, au Danemark -, et à restructurer au-delà de la filière constituent des handicaps majeurs pour l’économie régionale.
— Les Bretons sont beaucoup trop accrochés à la PAC  – politique agricole commune – pourtant vouée à disparaître. La Bretagne a également perdu ses avantages comparatifs sur d’autres pays, comme le Brésil notamment.
Prenant l’exemple de la récente crise du poulet, M. Chalmin déclare « où est l’intérêt d’importer du mais et du soja, d’engraisser des poulets avec en Bretagne, et de les exporter ensuite en Arabie Saoudite? »
— Enfin, il n’y a pas ou peu de renouvellement au niveau des structures et des hommes. Un manque d’idées nouvelles, de projets, qui se paie aujourd’hui sur le « jardin mondial » dans lequel la Bretagne évolue.

Après ce panorama très noir, voire heurtant pour les acteurs du monde économique et agricole bretons, qui luttent depuis des années pour sauver des emplois, un modèle, une économie, M. Chalmin propose des pistes :

— Prendre en compte les contraintes politiques, sociétales, environnementales et faire avec pour développer une agriculture écologiquement intensive.
— Redonner de la noblesse au métier d’agriculteur.
— Mettre en place une optimisation agronomique des cultures.
— Reconstituer des solidarités. L’État français ne le fait plus, ne sait plus le faire. C’est aux gens du peuple de recréer les solidarités, les liens claniques ou familiaux, qui permettront la renaissance de projets et d’innovations en tout genre.
— Se préparer à la fin des quotas laitiers.

Ces propositions, finalement peu développées faute de temps, ont laissé place ensuite à de nombreux commentaires et questions.  On retiendra l’ intervention remarquée et applaudie d’Alain Glon, président de l’Institut de Locarn. Il explique justement le blocage du système Breton – cela malgré tous les efforts et sacrifices consentis par l’ensemble des maillons de la chaîne agricole, économique et agroalimentaire – par la bureaucratie française et par l’impossibilité pour la Bretagne de se diriger par elle-même.
D’où la nécessité, comme le Danemark, comme la Hollande, ou même comme un Länder du nord de l’Allemagne, de retrouver une souveraineté, qui permettrait immédiatement, dans une Bretagne réunie, un essor économique breton.

« Un rêve pour certain, et un cauchemar pour d’autres… »

Prochaine conférence à l’Institut : le vendredi 28 février sur le thème de la sécurité.

Crédit photo : breizh-info.com
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Une réponse

  1. Rarement j’ai lu un exposé de cette qualité dans la presse peut etre aussi du a la qualité de la pensée developpée par le conferencier Dommage que ne figure pas dans le site une façon de faire suivre par mail cet article interessant a tout point pas uniquement pour la BRETAGNE
    merci et bravo

Les commentaires sont fermés.

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