23/02/2014 – 08H00 Bretagne (Breizh-info.com via Metamag) – Collaborateur de la revue Eléments et de notre site Métamag, auteur d’une quinzaine d’ouvrages, Pierre Le Vigan nous propose dans son dernier livre «  Chronique des temps modernes« , une promenade intellectuelle et mieux encore, sensitive, de la modernité. Sous la forme de notes souvent brèves, rarement de quelques pages. Une promenade critique qui touche à tous les domaines de la vie, de l’éthique et à tous les aspects de notre civilisation déclinante. C’est un livre qui se picore mais qui invite aussi le lecteur à prendre le  temps de se livrer à  de profondes méditations. C’est que l’immense érudition de  Pierre Le Vigan est tout sauf une somme stérile de savoirs mais se déploie au service d’un regard, d’une vue du monde, sans complaisance sur notre monde occidental, l’individualisme ou la critique du mythe du Progrès (mais pas des progrès).

Au fil des pages nous allons à la rencontre de Montherlant, Céline, Houellebecq, Richard Millet, Taguieff, Régis Debray et de tant d‘autres. Pas seulement de contemporains, mais aussi de Nietzsche ou de Jomini (Penseur militaire du 19° siècle) et sont également conviées des considérations « inactuelles », au sens d’éternelles, venues d’Horace ou de Sénèque.

Dans l’éclectisme de ses notes Le Vigan traite d’innombrables sujets. Cela va du Tango à la notion du temps lié à la dépression  dans notre société. La ville et son urbanisme, la sexualité, le téléphone portable, la géopolitique, l’Irak, la dictature du marché… et dans ce foisonnement de thèmes toujours un œil critique, parfois une agréable légèreté mais souvent beaucoup de profondeur.

Laissons-lui la parole. Il sépare « deux façons de penser et d’écrire. L’une consiste à chercher à affirmer à toute force des vérités (qui se veulent) nouvelles. L’autre consiste à désobscurcir, à désopacifier, à clarifier une question.» et de poursuivre « ….l’autre méthode est ce que je n’hésite pas à appeler de la bonne vulgarisation. C’est un pari sur l’intelligence de tout public un tant soit peu cultivé et honnête ; je crois qu’il faut faire ce pari. » Un pari résolument gagné dans sa Chronique des temps modernes. Il poursuit aussi « J’écarte la troisième voie qui est-elle de l’érudition sans pensée, du maniérisme stérile, de la posture qui cache mal l’imposture. C’est la voie Derrida. …..»

Loin de ce maniérisme Pierre Le Vigan pratique la Parrhésia «… un dire ouvert dans lequel le souci de comprendre le point de vue de l’autre passe par le souci d’honnêteté vis-à-vis de soi ». Que de pépites de la pensée, cette chronique met-elle en valeur, de citations remarquables tirées d’une foule d’auteurs. Il est vrai que pour Le Vigan  « Citer c’est rendre hommage à ce qui a été déjà pensé. Ce n’est pas se dissimuler derrière ses citations, c’est prendre place dans un cortège.»

Il est tant de passages  de son livre que nous aimerions évoquer que l’on y renonce. Nous ferons  nôtre le beau commentaire de Michel  Marmin « Pierre Le Vigan  est un penseur sensuel. La profondeur de ses vues tient d’abord au fait que ce sont des vues, c’est-à-dire qu’il n’avance rien qu’il n’ait  personnellement senti, éprouvé, expérimenté. » Se lit avec délectation.

Chronique des temps modernes, Pierre Le Vigan, Editions La barque d’or, 235 pages 15€.

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