04/06/2014 ‑ 07H00 Nantes (Breizh-info.com) ‑ Karim A. est là pour une infraction sexuelle. Mais il ne veut pas que ça se sache, donc il a arraché le rôle de l’audience affiché à l’entrée et c’est sur la copie du policier qui garde la salle que l’on a connaissance de l’affaire, modeste en apparence – une infraction à l’obligation de pointage deux fois par an au commissariat, puisqu’il avait commis par le passé une infraction sexuelle. Mais qui en dit long sur les contradictions d’une justice coincée entre la répression et la confiance, la réinsertion et la protection de la société.

Le prévenu se justifie : « c’était au SPIP de m’expliquer ». Le service pénitentiaire d’insertion et de probation, chargé du suivi des anciens détenus, et totalement débordé. Le juge coupe : « vous avez été condamné en février 2012 à 18 mois ferme, dont 8 que vous avez exécuté, le reste étant en semi-liberté. On vous a forcément expliqué en octobre 2012 vos obligations de pointage, en février et en août ». Le prévenu fait la moue.

Visiblement fatigué, le procureur résume : « vous avez 14 mentions au casier ». En 2009, vol avec violence et usage de stupéfiants. Il était encore mineur. La même année, usage de stupéfiants, violence et dégradation. En mai 2010, 6 mois avec sursis pour tentative de vol, menaces aggravées et violence. En 2010, trois mois ferme qu’il ne fera pas pour extorsion et port d’arme. En juin 2010, un avertissement solennel pour un vol commis en 2007 et des dégradations en 2009. En septembre 2012, un vol avec violence ; le mois d’après, une détention de stupéfiants. En octobre 2013 délit de fuite, conduite sans permis, outrage et blessures involontaires. Il est condamné à 8 mois ferme qu’il ne fera pas. Et enfin en février 2014 3 mois de prison ferme pour violence avec arme à Carquefou en juillet dernier. Et pour lesquels il est actuellement en semi-liberté.

Au milieu de ce parcours classique d’un caïd de banlieue se détache une autre affaire, plus effarante. En 2011 il est condamné à dix-huit mois ferme pour un viol en réunion, une tournante. Il était encore mineur. Incarcéré, il fête en août 2011 ses dix-huit ans dans la maison d’arrêt de Nantes. En mai 2012 il est libéré et doit purger le reste de sa peine sous bracelet électronique. Mais il le retire au bout de trois jours. Ce qui lui vaut en octobre une autre condamnation pour évasion.

Le fait est qu’il n’a jamais cessé de bénéficier de sursis, qui se sont empilés sans être révoqués. Et pourtant il n’a jamais respecté les faveurs que lui accordaient juges et pénitentiaire – insultant un surveillant en prison, ce qui ne lui vaut « que » 40 jours de retrait de sa semi-liberté, alors que jadis elle aurait pu être totalement suspendue, ou encore s’évitant la peine du bracelet électronique. Et ne cessant de commettre infraction sur infraction. Le procureur résume : « le maintien de mesures probatoires n’a aucun sens vu son parcours pénal ». Et demande la révocation de tous les sursis qui pendent au-dessus de sa tête. Ainsi que de la semi-liberté dont il bénéficie actuellement.

Mais voilà. La justice en France ne vise pas qu’à réprimer. Elle se donne aussi des objectifs de réinsertion et doit éviter que des personnes qui ont un travail n’en soient coupées par l’incarcération et s’enferrent dans la délinquance. Et ce même si les prévenus sont des délinquants chevronnés, mais aussi insérés dans la société. Karim A. a travaillé en intérim. Il a un CDI dans un kebab depuis mars 2014. Il veut faire cariste et cherche à financer sa formation – que Pole Emploi ou une collectivité locale finiront bien par lui payer. Et il a trouvé le temps de se marier. Tout ça emporte sur le reste, quand bien même Karim A. rentre toujours en retard en prison – où il ne fait que dormir – et ne prend pas la peine de se ranger des voitures.

« Vous ne faites rien de ce qu’on vous demande de faire. Et manifestement vous n’y voyez aucun intérêt », tonne le proc’ qui veut 2 mois ferme, la révocation de 24 mois de sursis accumulés et de la semi-liberté. Les juges infligent 60 jours amende à 5 euros. Effectivement, quel intérêt ? Bref, la loi Taubira n’invente rien. Elle se contente de continuer ce que les juges font depuis belle lurette, puisque les prisons sont pleines et qu’il n’y a plus d’argent pour en construire.

 Crédit photo  : DR
Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.