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Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
Ceci se passait au temps où les toiles de Basse-Bretagne étaient renommées entre toutes. Il n’y avait pas alors, à Penvénan ni aux alentours, de fileuse qui filât aussi fin que Fant Ar Merrer, de Crec’h-Avel. Tous les mercredis, elle allait à Tréguier vendre son fil. Un mardi soir elle se dit :
— Il faudra que demain je sois sur pied de bonne heure.
Elle se coucha avec cette préoccupation.
Au milieu de la nuit, elle se réveilla et fut étonnée de voir qu’il faisait déjà presque clair. Elle se leva en grande hâte, s’habilla, jeta sur ses épaule son paquet d’écheveaux et se mit en route.
Arrivée au pied de la montée qui mène vers Croaz-Ar-Brabant[121], elle fit rencontre d’un jeune homme.
Ils se bonjourèrent mutuellement et cheminèrent côte à côte jusqu’à la croix.
Là, le jeune homme prit Fant Ar Merrer par le bras et lui dit :
— Arrêtons ici.
Il la poussa dans la douve, contre le talus, et se plaça devant elle comme pour la protéger.
À peine se furent-ils ainsi rangés de la route, que Fant entendit venir un bruit épouvantable. Jamais elle n’avait ouï fracas pareil. Il y aurait eu, à la file, cent lourdes charrettes lancées au galop, qu’elles n’auraient pas fait plus de train.
Le bruit approchait, approchait.
Fant tremblait de tous ses membres. Néanmoins elle cherchait à voir ce que ceci pouvait être.
Une femme passa dans la route, courant à perdre haleine, elle allait si vite qu’on entendait palpiter les ailes de sa coiffe, comme si c’eussent été deux ailes d’oiseau. Ses pieds nus touchaient à peine le sol ; il en pleuvait des gouttes de sang. Ses cheveux dénoués flottaient derrière elle. Elle agitait les bras, en des gestes désespérés, et hurlait lugubrement.
C’était une plainte si angoissante, que Fant Ar Merrer en avait froid jusque sous les ongles.
Cette femme était poursuivie par deux chiens qui semblaient se disputer entre eux à qui la dévorerait.
De ces chiens, l’un était noir, l’autre blanc[122].
C’étaient eux qui faisaient tout le vacarme.
À chacun de leurs bonds, les entrailles de la terre résonnaient.
La femme fuyait dans la direction de la croix.
Fant Ar Merrer la vit s’élancer sur les marches du calvaire. À ce moment le chien noir était parvenu à la saisir par le bas de sa jupe. Mais elle, se précipitant, étreignit l’arbre de la croix et s’y tint cramponnée de toutes ses forces.
Le chien noir disparut aussitôt, en lâchant un aboi terrible.
Le chien blanc resta seul auprès de la malheureuse et se mit à lécher ses blessures.
Le jeune homme dit alors à Fant Ar Merrer :
— Vous pouvez maintenant continuer votre route. Il n’est que minuit. Ne vous exposez plus à voir ce que vous avez vu. Je ne serai pas toujours là pour vous protéger. Il y a des heures où il ne faut pas être sur les chemins. Quant vous arriverez à Kervénou, entrez dans la maison qui est là. Vous y trouverez un homme en train de mourir. Passez le reste de la nuit à réciter près de son chevet les prières des agonisants et ne sortez de cette maison qu’à l’aube. Quant à moi, je suis votre bon ange.
À Bénodet, et dans la région, au moment où le cercueil sort de l’église, après la messe d’enterrement, les porteurs ont coutume de le heurter à la muraille. Ils agissent ainsi, selon d’aucuns, pour dire adieu à l’église, au nom du mort ; selon d’autres, pour demander à saint Pierre d’ouvrir toutes grandes à l’âme les portes du paradis.
Au moment où le prêtre jette sur le cercueil la première pelletée de terre, il peut voir dans son livre d’heures quel doit être le sort de la personne enterrée. Mais il lui est interdit de divulguer ce secret, sous peine de prendre — fût-ce en enfer — la place du défunt.
Il est un moyen à la portée de tous pour savoir si une âme est damnée ou non.
Il suffit de se rendre, au sortir du cimetière, aussitôt après l’enterrement, dans un lieu élevé et découvert, d’où l’on ait vue sur une certaine étendue de pays. De là-haut, on crie le nom du mort par trois fois, dans trois directions différentes. Si une seule fois l’écho prolonge le son, c’est que l’âme du défunt n’est point damnée.
Si les fleurs qu’on place sur le lit où repose un mort se fanent dès qu’on les y pose, c’est que l’âme est damnée ; si elles ne se fanent qu’au bout de quelques instants, c’est que l’âme est en purgatoire, et plus elles mettent de temps à se faner, moins longue sera la pénitence.
Mais, pour avoir des renseignements sûrs, il n’est que de s’adresser :
1o À l’Agrippa ;
2o À la messe de trentaine ou ofern drantel.
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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