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23/07/2014 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Nous avions présenté quelques livres à proposer à vos enfants durant l’été,  chroniqués et conseillés par l’excellent blog « chouette un livre« .
Afin de présenter aux lecteurs l’animatrice de ce blog, nous sommes allés à la rencontre d’Anne-Laure Blanc dit « Mme la Chouette », qui a accepté de répondre à toutes nos questions.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter ? 

Mme la Chouette : De Caroline à « Alice au pays des merveilles », des Contes et Légendes à « L’Île au Trésor », Madame la Chouette a passé son enfance le nez dans les livres ! Une fois maman, elle s’est régalée de lectures avec ses quatre fils. Et depuis qu’elle est grand-mère, eh bien, elle continue à lire et à faire lire, que ce soit les aventures de Delphine et Marinette, les romans d’aventure ou les récits mythologiques. 

Breizh-info.com : Vous êtes également l’auteur du livre « Une bibliothèque idéale – Que lire de 5 à 11 ans ? ». Est-ce un condensé de votre site Internet ou plus encore ? Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce blog ?

Mme la Chouette : Le blog « Chouette, un livre ! » est apparu il y a bientôt quatre ans comme la suite logique du recueil « Une bibliothèque idéale –  Que lire de 5 à 11 ans ? » coédité par La Fondation pour l’école et TerraMare. En effet, ce petit guide papier, bien pratique à glisser dans la poche, contient l’essentiel de la littérature jeunesse classique. Je dirais les grands fondamentaux d’hier et d’aujourd’hui, de Perrault à Roald Dahl, d’Alphonse Daudet à Agatha Christie. Le blog, lui, riche de bientôt 900 entrées, recense les parutions les plus récentes, pour des lecteurs de 18 mois à 15 ans environ. Sans oublier, tout de même, les « grands auteurs » de notre patrimoine qui ont leur rubrique sur le blog !

Breizh-info.com : Les enfants semblent lire de moins en moins, tout comme leurs parents d’ailleurs. Qu’est ce qui explique ce phénomène ? 

Mme la Chouette : La plupart des enfants lisent surtout des livres « pour l’école, pour la prof de français, pour la bonne note »… Ils consacrent de moins en moins de temps à lire des livres « juste pour le plaisir ». Les causes en sont multiples : faible niveau de lecture, télévision, jeux vidéo, tablettes en tout genre, offres peu alléchantes…

Néanmoins, les indicateurs ne sont pas si catastrophiques. Selon une enquête Ipsos Media CT (2012) pour Gallimard Jeunesse, 82% des 7-15 ans lisent au moins une fois par semaine : 71% un livre, 52% une BD ou un manga, 47% un magazine ou un journal. 78% des 7-15 ans aiment lire. 38% confient adorer. 3% seulement détestent. Les filles sont 87% d’adeptes mais les garçons seulement 70%. Le rituel du soir reste très important : les enfants préfèrent ainsi lire le soir avant de se coucher (66%), plutôt que de consacrer ces derniers instants à la TV (60%). Avec un bémol : une rupture à partir de 12 ans, quand les conseils des parents valent moins que ceux des camarades.

Breizh-info.com : Au-delà de ces données quantitatives, il faut se poser la question de la qualité et des valeurs transmises par la lecture.

Mme la Chouette : En tête de gondole des hypermarchés, les produits dérivés des dessins animés n’incitent guère à la lecture. Je ne dirai rien des directives désastreuses données par les programmes de l’Education nationale, souvent relayées sans jugeote aucune par les enseignants et les bibliothécaires. Le conformisme idéologique y va de pair avec un anti-moralisme désespérant que les jeunes fuient à juste titre. Sans parler des climats lourds, stressants de certains romans dans lesquels dominent des personnages maléfiques, cyniques ou immoraux.

Comme le rappelait récemment Thibaut Dary, « les idées creuses, la faiblesse d’inspiration, l’indigence culturelle, les clichés narratifs, la paresse intellectuelle, le travail bâclé, la laideur et la vulgarité, font partie des rencontres possibles et fréquentes dans les pages de la littérature de jeunesse ». Le Figaro (15/02/2014). 

Bref, il y a du pain sur la planche pour redonner le goût de la lecture aux enfants et aux adolescents !

Breizh-info.com : Est-ce inquiétant ? Comment y remédier ?

Mme la Chouette : Cette désaffection, même relative, est inquiétante à plusieurs titres. D’abord parce que ce patrimoine littéraire est indissociable des autres domaines culturels : beaux-arts, musique, danse… Côté musique, par exemple, citons Offenbach avec Barbe-Bleue, Rossini avec La Cenerentola, ou Cendrillon, Tchaïkovski avec La Belle au bois dormant. « Pendant des siècles et des siècles, confiait Jacqueline de Romilly, […] on a appris des textes par cœur ; on se les est transmis, avec joie, avec respect. Est-ce ce grand livre de mémoire que l’on voudrait refermer aujourd’hui, sous prétexte que, dans notre monde à nous, il ne sert plus à rien ? » 

Pour y remédier, il faut avoir le courage de ramer à contre-courant, de rompre les amarres du politiquement correct ! Car il y a de bons titres, et des auteurs jeunesse contemporains à qui on peut faire confiance : Sophie Humann, Erik L’Homme, Catherine de Lasa… Pour les adaptations des textes antiques, Annie Collognat, Hélène Montardre ou Muriel Szac, par exemple…

Breizh-info.com : Comment choisissez vous les livres que vous présentez et chroniquez ?

Mme la Chouette : Je me rends environ une fois par semaine dans des librairies « grand public » pour voir ce qui est vraiment offert au choix des clients. A côté de ces enquêtes de terrain, je m’informe des nouveautés que ce soit auprès des « grands » éditeurs ou de petites maisons d’édition courageuses et créatives. Je lis tous les livres, albums et romans, afin de pouvoir les recommander en toute connaissance de cause. Et je ne présente que mes coups de cœur ! J’apprécie aussi de pouvoir travailler en réseau avec des parents qui me font part de leurs découvertes. Avis donc aux amateurs : Chouette, un livre ! attend vos chroniques !

Mes choix se portent sur des livres bien écrits, c’est-à-dire rédigés dans une belle langue, avec un vocabulaire riche et une syntaxe adaptée à chaque âge ; sur des livres écrits par des auteurs d’expression française ou bien traduits ; sur des livres qui ne déconstruisent pas les repères traditionnels de la société, et qui respectent les valeurs de notre civilisation, ce qui n’exclut aucunement l’humour ; sur des livres qui proposent des mondes imaginaires optimistes ; sur des livres qui éveillent la conscience à des aspirations élevées ; sur des livres illustrés avec goût – même si cette notion est éminemment subjective. Bref, même si tous ces critères sont rarement réunis sous un seul titre, sur des livres qui distraient et instruisent dans le respect de la personnalité de chacun. Comme vous le voyez, la barre est haute !

Breizh-info.com : Comment se porte le marché de l’édition du livre pour enfant en France ? Est-ce difficile de trouver quoi lire à son enfant ? 

Mme la Chouette : Quantitativement, le marché de l’édition « jeunesse » se porte à merveille en France. Il sort chaque année en France près de 9 000 titres nouveaux à destination de nos jeunes lecteurs. Auxquels s’ajoutent, bien sûr, les titres non épuisés des années précédentes. Le plus difficile, pour les parents comme pour les enseignants, est plutôt de trier le bon grain de l’ivraie ! D’autant plus que la littérature de jeunesse est au cœur de puissants enjeux commerciaux, idéologiques, intellectuels et esthétiques.

Breizh-info.com : Certains livres sont montrés du doigt par certains parents qui dénoncent un parti pris idéologique relayé dans les écoles sur des sujets qui prêtent pourtant à controverse, comme la promotion de l’homosexualité. Qu’en est-il selon vous ? 

Mme la Chouette : Les parents ont découvert avec effarement ici ou là sur les étagères de médiathèques publiques ou de certaines écoles des livres comme « Tango a deux papas », « Mehdi met du rouge à lèvres », « Papa porte une robe » ou « Tous à poil ! ». Gageons que cela les aura fait réfléchir sur l’impact des idéologies qui pervertissent les élèves – leurs enfants. L’enfant peut se laisser facilement égarer, il n’a guère moyen de se défendre. Le roman « Ippon », de Jean-Hugues Oppel (Syros, 2007) est proposé aux élèves de CM2 qui, dans un climat d’épouvante, y découvrent les fantasmes d’un adolescent. Précisons que l’auteur a notamment été l’assistant caméra de Roman Polanski. Il ne s’agit pas là de nier certaines réalités, mais simplement de protéger la pudeur des enfants, notamment dans le cadre de l’école, et de ne pas interférer avec les choix éducatifs des parents.

Breizh-info.com : Quels conseils donneriez vous aux parents qui font de moins en moins confiance à l’Education nationale dans l’éducation de leurs enfants ?

Mme la Chouette : Cette question dépasse et de loin la seule question de la littérature jeunesse, mais, vous avez raison, il est primordial que les parents envisagent l’éducation de leurs enfants de manière globale. Le premier conseil est de dialoguer avec les enseignants, de s’impliquer autant que faire se peut dans la vie de l’école, dans une démarche d’influence bien comprise : aider à monter la bibliothèque de la classe, offrir à l’école des livres achetés dans des vide-greniers… Et si les choses se passent vraiment mal, les écoles privées (sous contrat) et les écoles libres (hors contrat) vous demanderont de sérieux efforts financiers mais accueilleront vos enfants dans le respect de vos convictions et de votre projet éducatif : écoles confessionnelles, écoles Montessori, écoles bilingues de réseaux tels Diwan en Bretagne, le choix est vaste. 

Pour en revenir aux livres, c’est aux adultes de leur donner la place qu’ils méritent ! A la maison, la bibliothèque familiale sera plus valorisée que le coin télé, et chaque enfant aura un peu de place pour ranger ses livres. Bouquinistes, kermesses, vide-greniers, brocantes, sites internet de vente aux enchères proposent des livres à des prix défiant toute concurrence. Faites partager vos choix à votre libraire de quartier et à votre médiathèque. N’hésitez pas à offrir des livres ! Lisez des histoires à haute voix ! En un mot, il appartient à chacun d’être acteur dans ce domaine. Bonne lecture ! 

Anne-Laure Blanc, « Une bibliothèque idéale –  Que lire de 5 à 11 ans ? » coédité par La Fondation pour l’école et TerraMare, septembre 2010, 90 pages, 12 euros – à commander sur le blog de l’auteur ou sur le site de la Fondation pour l’école. http://www.fondationpourlecole.org/fr/publications/les-guides-pratiques-de-la-fondation-pour-lecole.html 

Bonne nouvelle, nos enfants aiment toujours lire ! – Enquête Ipsos Media CT –Gallimard http://www.ipsos.fr/ipsos-mediact/paroles-experts/2012-12-04-bonne-nouvelle-nos-enfants-aiment-toujours-lire

Annuaire en ligne des écoles indépendantes :  http://www.ecoles-libres.fr/ 

Photo : DR
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