Jean Epstein, cinéaste de l’identité bretonne.

A LA UNE

Parmi la multitude de films tournés en Bretagne, seuls ceux de Jean Epstein ont réussi à retranscrire, sur l’écran, l’âme bretonne. Ces films viennent de faire l’objet d’un coffret DVD.

Jean Epstein est né à Varsovie le 25 mars 1897, de mère polonaise et de père français. Passionné de philosophie, de poésie et de cinéma, il est remarqué par Louis Delluc, chef de file de l’école impressionniste française. Il rejoint le groupe de cinéastes composé d’Abel Gance, de Marcel l’Herbier et de Léon Poirier. Jean Epstein réalise en 1922 son premier film, consacré à la vie de Louis Pasteur. Le succès du film vaut à Epstein d’être engagé par Pathé comme réalisateur. Il adapte ainsi de nombreuses œuvres littéraires : L’Auberge Rouge de Balzac, Maupras de Georges Sand, La chute de la maison Usher d’Edgar Poe, La glace à trois faces de Paul Morand, La Belle nivernaise d’Alphonse Daudet et La Châtelaine du Liban de Pierre Benoît. Il réalise également Le Lion des Mogols, fable symbolique sur l’exil des Russes blancs écrite par la star du studio, l’acteur et réalisateur Ivan Mosjoukine. Ces films l’imposent comme un maître de l’avant-garde cinématographique, tant pour ses innovations formelles que pour son style poétique.

  En 1926, Epstein décide de passer à la production indépendante. Il fonde les Films Jean Epstein. Mais il éprouve de plus en plus de difficultés financières. Après la déconfiture des Films Jean Epstein, le réalisateur part se reposer dans le Finistère.

Il gagne ainsi la Bretagne et entame la dernière étape de sa carrière. Il y tourne plusieurs films, dans un nouveau style sans studios, sans décors construits et sans acteurs professionnels. Dans ces films en langue bretonne, la mer prend une part prépondérante.

Pendant l’Occupation, il vit en zone sud, à Vichy et à Lyon. Il est employé du service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre de La Croix Rouge.

Il meurt à Paris, d’une hémorragie cérébrale, le 3 avril 1953.

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Revenons sur ses films tournés en Bretagne. Ils constituent aujourd’hui une véritable étude ethnographique sur la Bretagne :

Finis Terrae est tourné au cours de l’hiver 1928 dans les îles bretonnes d’Ouessant et de Bannec, avec une équipe technique réduite. Les goémoniers et les pêcheurs jouent leurs propres rôles. Le scénario suit le rythme de leur vie, de la mer et du vent.

Ce film a déjà été présenté sur Breizh-info :

http://www.breizh-info.com/1091/actualite-culturelle/finis-terrae-jean-epstein-cinema/

Pour tourner Mor’Vran (La Mer des corbeaux), en 1930, Epstein se rend sur l’Île de Sein. Les habitants de l’île deviennent les acteurs de ce premier film parlé en breton. Le scenario traite de la lutte entre les hommes et l’océan.

Tourné à Höedic, L’Or des Mers (1931) raconte la vie d’un vieil homme pauvre qui est soupçonné d’avoir trouvé sur la grève une caisse remplie d’or. Cette fable morale, très sobre, dénonce la cupidité.

Les Berceaux (1931) est un court-métrage (6 min.). Une bretonne chante une berceuse pour endormir son bébé, sur fond d’images de la Bretagne.

Chanson d’Ar-Mor (1935) est un film tourné en breton et sous-titré en français. Dans une communauté de pêcheurs, un jeune marin aime la fille d’un châtelain. Mais celle-ci est promise à un homme plus riche. Tiré d’une œuvre de Jean des Cognets, ce film montre bien l’importance de la foi chrétienne, notamment lors de la scène d’un pardon

Sous la plume de François Vinneuil (Lucien Rebatet), le journal Candide du 24 novembre 1934 titre « Une première à Rennes : Un  film breton ». Rebatet explique que « le film lui-même est émouvant, jusque dans les gaucheries, les timidités, qu’il ne peut manquer de comporter… Je regrette, pour ma part, ce morcellement des tableaux, montés sur un rythme très court qui est particulier à Jean Epstein, il me semble que l’on pouvait donner plus d’ampleur à ce film de cinquante minutes. Ceci dit, le mélange du documentaire et de la légende (les naïves amours du pêcheur Jean-Marie et de la châtelaine Rozan) est très heureux ».

Dans le journal La Côte d’Emeraude daté du 30 novembre 1934, Jean de La Cote ne tarit pas d’éloges sur ce film : « pour les yeux, c’est une succession d’images harmonieuses, de scènes colorées et pittoresques, qui nous promènent des rives de l’Odet à l’estuaire de la Rance, des promontoires rocheux de la Basse-Cornouaille aux vertes vallées du Léon, des quais de Concarneau aux luttes du Poher, du pardon de Rumengol aux pêches du grand large, du château de Kerjean au balcon d’Emeraude, des gorges du Huelgoat aux plages de Dinard (…). Il faut savoir le meilleur gré à L’Ouest-Eclair, non seulement d’avoir ainsi favorisé un remarquable effort de décentralisation artistique, mais, qui plus est, de nous avoir permis d’entendre, pour la première fois, un parlant breton – parlé et sonorisé, paroles et chansons, dans notre chère vieille langue celte, l’une des plus anciennes de l’Europe, cette langue qui a droit à la vie et à la culture scolaire autant qu’aucune autre et à laquelle ce film apporte, fort à propos, un éloquent témoignage ».

Jean Epstein réalise ses derniers films à Belle-Île en Mer. Il s’agit de deux courts métrages d’une vingtaine de minutes, dédiés à la mer et ses habitants.

Le premier s’intitule Le Tempestaire (1947). Une jeune fille, dont le fiancé pêche en mer la sardine, est inquiète. Une tempête vient de se lever. Sa grand-mère lui conseille de consulter « le tempestaire », qui aurait le pouvoir de calmer la bourrasque. Effectivement, ce vieil homme parviendra à calmer la tempête. Epstein évoque ainsi les légendes bretonnes. On entend, pour la première fois, un enregistrement direct du vent et de la mer. On n’oubliera pas les images des rivages sur lesquels les vagues viennent se briser avec une intensité grandissante.

Dans le second, Les Feux de la Mer (1948), un jeune gardien de phare doit, pour la première fois, faire face aux responsabilités de son dur métier.

Coffret 3 DVD Jean Epstein, poèmes bretons.

7 films : Finis Terrae, Chanson d’Ar-Mor, Les Berceaux, L’Or des mers, Mor’Vran, Le Tempestaire et Les Feux de la mer.

Bonus : documentaire de James June Schneider intitulé Jean Epstein, Young Oceans of Cinema et entretiens avec Bruno Dumont (réalisateur), Léon Rousseau (restaurateur sonore)  et Viva Paci (professeur de Théories du cinéma de l’Université du Québec à Montréal).

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Durée totale du coffret DVD : 268 min

Prix public conseillé : 39,90 €

Coédition : Potemkine Films / La Cinémathèque française / agnès b. DVD

Photo : DR
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Breizh-info.com, 2014, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine. 

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