20/01/2015 – 11H00 Nantes (Breizh-info.com) – Depuis les attentats de Charlie Hebdo, la récupération politique bat son plein à Paris, comme en Bretagne. Mignoned Ait’a !, association de soutien au collectif Ai’ta !, dont l’objectif est de « promouvoir, soutenir et défendre la langue et la culture bretonnes et d’apporter son soutien actif aux militants et aux autres associations dont l’action correspond à ces objectifs » vient ainsi de publier un communiqué dans lequel l’association – qui peine à élargir son influence au delà des cercles bretonnants – condamne les tags effectués récemment sur le chantier d’une nouvelle mosquée à Rennes (on pouvait y lire  « Er Maez Arabed », soit “les arabes dehors »).

Outre le fait qu’il s’agit de la première fois que l’association – fondée en septembre 2013 – communique sur un sujet autre que le combat culturel et linguistique breton, le caractère surprenant de ce communiqué réside dans la revendication de l’appropriation quasi-exclusive de la langue bretonne pour les causes chères à Ai’ta : ainsi, le communiqué conclut en indiquant que « la langue bretonne et la lutte que mènent nombre de bretons pour leur langue ne sauraient être associées à de tels agissements ! Il ne peut être fait un amalgame entre usage de la langue bretonne et xénophobie. »

Un communiqué qui fait réagir sur le site Internet où il a été posté – des commentateurs ne comprenant pas bien le rapport entre défense de la langue bretonne et prise de position par rapport à un fait divers, tout aussi condamnable soit-il.

« Sans pour cela cautionner les propos de ce tag dont je découvre l’existence dans cet article, je trouve cela étrange pour une association de s’attribuer l’exclusivité de l’usage d’une langue …» déclare ainsi R Kerguelen . Emilie Le Berre écrit :  « Je ferais remarquer qu’il n’y a rien d’islamophobe là-dedans. Le tag vise les arabes, ce n’est pas la même chose. Autre point, c’est quoi cette manie de croire qu’on ne peut pas tout dire en breton ? Il existe des milliers de tag en français tout aussi vulgaire. A t-on déjà entendu qui que ce soit se pamer parce que des propos, avec lesquels on est en désaccord, soient en français ? » avant que Yann Le Bleiz n’enchaîne :  « Sauf erreur, la vocation première d’Aï’ta est l’emploi du breton dans la vie courante en tant que langue d’usage. Justement, c’est ce qu’à fait cette personne. Bien oui, dans tous les pays du monde, il y a des gentils et des méchants, MAIS il n’existe pas de langue pour les gentils et de langue pour les méchants! »

Il est vrai que si Ai’ta ! – qui regroupe tout au plus une centaine de militants sur toute la Bretagne – milite en partie pour obtenir des avancées significatives en matière d’officialisation de la langue bretonne dans les services publics, ses membres les plus actifs sont par ailleurs connus pour leurs affinités voir leur engagement politique à gauche, excluant de fait le refus d’étiquette politique pourtant revendiqué. Le collectif lui même participe fréquemment et localement à des actions aux côtés du NPA, de Breizhistance ou de l’Union Démocratique Bretonne.

Certains militants bretons appartenant ou proches d’Adsav!, le parti du peuple breton, ont d’ailleurs été rapidement écarté d’Ai’ta par le passé en raison de leurs opinions politiques et non pas de leur pratique linguistique …

Mignoned Ai’ta ! rêve peut être d’une langue bretonne expurgée, parlée et écrite uniquement par une infime minorité idéologiquement identifiée. Ce qui explique sans doute pourquoi ni les responsables de la mosquée en construction victime des tags, ni les autorités de l’Etat, n’ont jugé utiles de dénoncer et de condamner ces actes en breton, ce qu’ils ont pourtant fait en français dans le texte.

 Photo : DR
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5 Commentaires

  1. La solution pour faire la nique à ces clampins est que des personnalités de droite nationale apprennent le breton et l’utilisent en toutes circonstances ; et notamment pour dire des choses qui déplaisent aux gauchistes. Ce qui est loin d’être le cas chez les nationaux, qui par incapacité ou paresse apprennent peu la langue nationale, et apporte un déficit de crédibilité à ces derniers, soit dit en passant.

    Certains, à droite, entretiennent l’idée que le breton serait une langue de gauchistes, idéologiquement marquée, et ne l’apprennent pas pour cette raison. Ils vont donc dans la logique d’Ai’ta. Enfin, tout de même, j’ai eu le bonheur d’apercevoir que Pegida Breizh et Lucide avaient un peu communiquer en breton sur les réseaux sociaux. Il faudrait que ces bonnes initiatives se poursuivent et soient systématisées.

  2. Après la manipulation pro-« Charlie », je pensais trouver dans Breizh-Info une source d’infos faite par des Bretons avec une sensibilité bretonne. L’article sur Aï’ta m’a montré qu’il s’agissait (partiellement?) d’un traitement style extrême-droite française, avec des gens qui ne doivent pas connaître plus de 3 mots en langue bretonne. Des gens qui ne savent sans doute pas ce que c’est que de vivre en breton pour un jeune d’aujourd’hui, non pas dans une société bretonne « pure » (mais en français, faut quand même pas pousser…), mais dans la société bretonne réelle, très diverse, et submergée par la langue et la culture françaises. Et hélas aussi par les concepts éculés de la droite et de la gauche. Sans oublier le délire de la « droite nationale » digne de la presse frontiste. Que des crétins mettent des tags anti-arabes en breton sur une Mosquée, cela montre au mieux leur ignorance (tous les Arabes ne sont pas Musulmans et dans ceux qu’ils appellent Arabes il y a des Berbères et des Turcs, et d’autres encore), au pire cela relève de leur participation à des opérations de marginalisation des militants bretons dans leur ensemble et donc de la cause bretonne. Personnellement, je n’ai pas de temps à perdre à lire des articles où l’on feint de croire qu’il y aurait aujourd’hui des milliers et des milliers de jeunes femmes et de jeunes hommes (dont un certain nombre ont des origines hors de l’Europe, d’ailleurs) qui utilisent le breton dans leur vie de tous les jours et se battent pour le faire vivre partout : malheureusement, ce n’est pas encore le cas. Mais il y en a à Aï’ta et plus encore autour de ce mouvement, qui, c’est vrai, pratique davantage l’humour qu’un rejet brutal et stérile. Parler d’Aï’ta comme d’un mouvement marginal, je pourrais le lire dans le Figaro ou Libération, et dire que c’est un groupe de gauchistes parce qu’ils refusent de se faire récupérer par quelques excités, c’est pour le moins abusif, la plupart trouvant ringuards des partis comme l’UDB. Cela montre qu’il y a des gens qui glosent dans leur coin sans savoir de quoi ils parlent. Quant aux suppôts de la haine de l’étranger, je leur dirais d’apprendre à vivre et à ouvrir les yeux sur le monde en breton, cela leur serait certainement profitable. Sinon, on peut effectivement adapter en breton toute la phraséologie dérisoire de ceux qui préfèrent voir les fautes et les faiblesses des autres, alors qu’ils ont été incapables de créer quoi que ce soit de positif pour la langue et pour le pays (mais j’oubliais, les écoles Diwan sont sûrement des repères de « gauchistes »…).
    Bref, perdez moins de temps à raconter des conneries en français et avec un esprit franchouillard vaguement bretonnisé.
    Na ruz, na gwenn, Breizhad hepken! disait-on dans le temps. Ici ce serait : plutôt FN que PS ou NPA… Gant va gwellañ gourc’hemennoù breizhek ha brezhonek.

    • « Je pensais trouver dans Breizh-Info une source d’infos faite par des Bretons avec une sensibilité bretonne » : er maez ar C’hallaoued ?

    • Demat,

      Il y a du vrai dans votre propos. Bien qu’on ne puisse nier le caractère gauchiste d’Ai’ta, certains feraient mieux d’apprendre le breton que de critiquer ; ça leur éviterait de dire des conneries et d’être des glands concernant la Bretagne. Avec une droite bretonne pareille, autant voter FN tout de suite.

      Car celui qui ne parle pas breton n’y connait rien à la Bretagne et à l’emsav, c’est tout. Il n’a un lien à la Bretagne que par des formes traduites et abâtardies, de vagues échos de ce qu’est réellement la Bretagne par son esprit et sa culture, nécessairement en langue bretonne. Et j’ai la haine contre tous ces pourris de fainéants ou de demeurés incapables d’apprendre la langue. Ils prétendent parler au nom de la nation bretonne mais ce sont des marginaux. Tout Breton digne ayant appris la langue doit les rejeter avec la dernière détermination.

      Gallaoued er-maez ! Bevet Breizh vrezhoneger ! Hep brezhoneg, Breizh ebet !

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