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Qu’est-ce qui peut inciter chaque année des milliers de pèlerins à marcher vers Saint-Jacques de Compostelle ?
Une nouvelle série de bandes dessinées tente de répondre à cette question en se focalisant sur le parcours de quatre personnes bien différentes. Dominique commence son périple en partant de l’abbaye Saint-Mathieu de Fine-Terre en Bretagne (Finistère). Céline quitte le Mont-Saint-Michel, où elle a commencé son noviciat. Guide de montagne dans les Alpes, Alexandre démarre de Vevy en Suisse. Enfin, Blanche part de Belgique. Elle avait découvert à travers son grand-père l’alchimie. Brasseur de bière artisanale, celui-ci ne supportait pas son gendre qui voulait agrandir et dénaturer l’entreprise afin de faire face à la mondialisation.
L’ambitieuse série Les chemins de Compostelle, prévue en sept albums, nous fait découvrir une aventure humaine mais aussi des paysages sublimes et des lieux nourris de culture et d’histoire.
Ce premier tome met l’accent sur Blanche, une jeune belge. Le tome 2 se déroulera principalement en Bretagne. Il se concentrera sur Céline, partie du Mont Saint-Michel et Dominique, parti du Finistère.
Ce sera l’occasion de mieux connaître ce célèbre pèlerinage catholique. Celui-ci se dirige vers le tombeau attribué à l’apôtre saint Jacques de Zébédée, appelé aussi Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice celtique (Espagne). Après la crucifixion du Christ, Jacques part en effet avec quelques disciples à Cadix (Espagne). Il continue son évangélisation en se dirigeant vers Compostelle. À la suite d’une nouvelle persécution à Jérusalem, Jacques y retourne. Il y est décapité.
Lors de la Reconquista, saint Jacques serait apparu miraculeusement aux côtés des chrétiens, recevant alors le surnom de Matamoros (tueur de Maures). Sa statue le montre montant un cheval blanc et frappant de son épée des guerriers musulmans. Pendant la Reconquista, Jacques devient ainsi le saint patron de la lutte contre l’Infidèle.
Instauré au début du IXème siècle après la découverte du supposé tombeau de saint Jacques, ce pèlerinage devient l’un des plus grands de la Chrétienté médiévale, avec ceux de Jérusalem et de Rome. Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ont été déclarés en 1987 Premier itinéraire culturel par le Conseil de l’Europe. Les pèlerins avaient pour coutume de rapporter, en souvenir de leur voyage, des coquilles de pectens qu’ils fixaient à leur manteau ou à leur chapeau, d’où le nom de coquilles Saint-Jacques donné à ces mollusques.

Revenons à cette bande dessinée. Jean-Claude Servais est un scénariste et dessinateur belge, né en 1956. Il publie ses premières planches dans le journal Spirou et le Journal de Tintin. Il entame en 1980 une série d’histoires sur le thème de la sorcellerie, qui seront reprises dans l’album La Tchalette. À cette époque, il signe le Manifeste pour la culture wallonne. Il va en effet consacrer ses œuvres à l’identité wallonne et plus précisément à sa région, la Gaume. Il publie ainsi les séries Tendre Violette et Mémoire des Arbres. Servais se dit « personnellement très attaché au patrimoine, que ce soient les vieilles pierres, les édifices remarquables, les sites grandioses ou intimes, la nature, les animaux et la gastronomie des régions ».
Dessinateur réaliste et sensible, Jean-Claude Servais reste très attiré par les cadres naturels.
C’est donc tout naturellement qu’il se consacre aujourd’hui à la Bretagne. Après avoir relu un guide de Brocéliande, il a passé une semaine en Bretagne. Il reconnait être venu « au pas de charge, entre Landerneau, Brocéliande… avant de remonter vers le Mont Saint-Michel. Je voulais m’imprégner des lieux ».
Servais installe ses personnages dans leur vie, au milieu d’une nature accueillante, avec parfois une touche de mystérieux. Mais ce scenario, mêlant tant d’intrigues, peut pour l’instant sembler confus.
Le procédé pictural de Servais est particulier. Ce dessinateur réalise ses planches avec des crayons plus ou moins épais et gras pour mieux mettre en valeur les visages. Certains noirs sont parfois renforcés à l’ordinateur. Son dessin somptueux, d’une minutieuse précision, rend toute sa beauté au Mont-Saint-Michel et à l’abbaye Saint-Mathieu.
Kristol Séhec
Les chemins de Compostelle, t. 1 La Petite Licorne, 16,50 euros, Editions Dupuis.
Photos : DR
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