16/03/2015 – 08H00 Nantes (Breizh-info.com) – Les attentats de janvier 2015 à Paris ont montré toute l’importance de la radicalisation islamique dans les prisons. On pouvait donc espérer que les moyens du renseignement pénitentiaire, jusque là très limités, et de la prévention du risque de prosélytisme islamiste dans les prisons – quasi inexistante – allaient être nettement améliorés. Mais il n’en est rien ou quasi. En Bretagne, les maisons d’arrêt et centres de détention de Rennes et de Nantes sont les plus concernés.

Certes, le mentor des frères Kouachi, à savoir Djamel Beghal, emprisonné à la maison d’arrêt de Rennes, a été mis à l’isolement. Mais dans les prisons françaises, et notamment les établissements pénitentiaires bretons, presque rien n’a changé par rapport à avant. Emmanuel Baudin, délégué interrégional FO-Pénitentiaire pour la Bretage et l’ouest de la France, estime que « les attentats ont pu confirmer la justesse de nos discours sur le prosélytisme islamique en prison. Avant, quand on en parlait, on nous traitait de fachos« . Par ailleurs, « l’état-major de sécurité de l’Administration Pénitentiaire, promis à la fermeture, a été maintenu« .

Pour lui, le signalement des prosélytes islamistes parmi les détenus particulièrement signalés s’est amélioré. Le fichier regroupe les détenus qui peuvent déjà s’être évadés ou avoir tenté de s’évader, être en lien avec des organisations séparatistes ou terroristes, ou encore avoir été incarcéré après avoir été jugé pour participation à une filière islamiste ou incitation aux attentats. En revanche seuls 45 postes supplémentaires devraient être créés sur toute la France pour renforcer les effectifs du renseignement pénitentiaire. Ils seront dispatchés à raison d’un par établissement sur les principales maisons centrales, les centres de détention ou encore les maisons d’arrêt sensibles (Fresnes, Fleury-Mérogis etc.).

Dans l’Ouest il devrait y en avoir un à Rennes-Vezin et un autre à la nouvelle prison de Condé-sur-Sarthe qui regroupe des longues peines. Cependant, ces postes ne sont pas encore tous pourvus, loin de là, et ils semblent très insuffisants alors que la proportion des détenus d’origine musulmane dépasserait 50% dans nombre d’établissements du grand bassin parisien et du Midi. Un plan de déploiement de brouilleurs de portables est aussi prévu, d’autant plus que le nombre de portables circulant en détention est de plus en plus impressionnant. A Rennes une fouille le 10 mars a permis de découvrir 14 portables dernier cri, avec la 4G et tout le toutim. Mais entre les ambitions du ministère et le terrain, les moyens alloués ne sont pas au rendez-vous : « la situation est catastrophique, pas seulement pour le renseignement mais même le fonctionnement courant : les heures supplémentaires des surveillants s’empilent, faute d’effectifs, et en plus il faudra traiter toute l’information supplémentaire remontant du renseignement. C’est impossible« , dénonce le syndicaliste.

Par ailleurs, il y a d’autres obstacles qui empêchent la prise en charge correcte du risque islamiste. Par exemple, les conversations des détenus avec leurs familles : « normalement, ils doivent parler français, mais si on les empêche de parler dans leur langue on fait exploser la détention« , résume Emmanuel Baudin. Ensuite un autre écueil important est le manque de places en quartier d’isolement : « la seule mesure efficace, c’est l’isolement du détenu prosélyte. Mais il y a deux soucis majeurs : le premier, c’est qu’il faut monter un gros dossier, puis la décision se prend suite à un débat contradictoire où le détenu est présent avec son avocat« . L’irruption du droit dans les prisons, signe que l’administration n’assume plus son rôle répressif, est passée par là. « Au bout de six mois d’isolement, c’est la direction inter-régionale qui décide de le prolonger, et au bout d’un an, c’est le ministre« . Par ailleurs, le syndicaliste dénonce un manque flagrant de places d’isolement : « en gros, il y en a huit par établissement, c’est tout à fait insuffisant pour traiter tous les détenus concernés« .

D’autres établissements, comme Fresnes, ont décidé de regrouper dans un même quartier tous les détenus condamnés pour participation à des filières terroristes et apologie du djihadisme, mais pour cela il faut avoir la place. En plus, suite aux attentats, les tribunaux ont été pris d’une frénésie de condamnations pour apologie du terrorisme pendant quelques semaines, condamnant à des peines de prison ferme de jeunes provocateurs… qui se retrouvent plongés dans le milieu carcéral, ce qui leur donnera une foule de contacts utiles pour persévérer dans une carrière délictuelle ou… dans le djihadisme. Le remède est pire que le mal.

Enfin, la question de la déradicalisation reste ouverte : « un jour, ces détenus finiront bien par sortir… et là y a rien », estime Emmanuel Baudin. La déradicalisation passe aussi par l’organisation de leur avenir : comment déradicaliser, lorsque le chômage (surtout des jeunes) augmente, que le travail manque même en prison (et malgré un droit du travail largement plus permissif  qu’au-dehors qui jusque là attirait les employeurs) et alors que la France s’avère aujourd’hui incapable d’intégrer des populations venues s’installer massivement sur son sol depuis ces dernières décennies ? La question est posée.

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3 Commentaires

  1. Et du côté du risque maçonnique, quelque chose a-t-il été fait ? Du côté du vivre ensemble dans la diversité, pas raciste, pas antisémite, pas islamophobe, pas homophobe……… ?

  2. Bonjour,ce n’est pas la France qui est incapable d’intégrer les étrangers, ce sont les étrangers qui doivent s’intègrer surtout qu’ils sont très bien aidés et même trop aidés avec notre argent
    y en à marre il faut absolument que çà change et vite .limiter les entrées des étrangers aux conditions liées à l’emploi
    pas d’emploi ,pas d’entrée,prendre comme exemple le canada

  3. Que conclure de tout cela ? sinon que la situation échappe à l’état français. On ne lutte pas contre la marée avec un serpillière.

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