L’armée française choisit des véhicules américains : nouvelle polémique

A LA UNE

11/05/2015 – 08H00 Paris (Breizh-info.com) – L’exemple du Famas aura fait école. Après les nouvelles armes individuelles des soldats qui ne seront pas fabriquées en France puisque l’appel d’offres a été rédigé de telle façon que les entreprises françaises en sont exclues, ce sont maintenant les remplaçants des véhicules P4 qui font couler de l’encre, car l’UGAP, la centrale d’achat des administrations publiques, a décidé l’acquisition de 1000 véhicules américains.

L’armée française dispose de véhicules légers P4 produits de 1892 à 1985 par l’usine de Sochaux et de 1985 à 1992 à l’usine Panhard de Marolles en Hurepoix. Près de 13.500 de ces véhicules conçus par Peugeot pour remplacer les 10.000 jeeps de l’armée ont été acquis par les forces armées françaises. A ce jour, 5000 sont encore en service.

Or, très récemment pour une première tranche de 1000 véhicules, l’armée a préféré le Ford Ranger US, fabriqué en Afrique du Sud, aux véhicules français similaires. Une décision qui a mis le feu aux poudres en Franche-Comté où le Duster de Renault remotorisé par Poclain Etupes (Doubs) et repeint en vert OTAN par Nedey (Montbéliard) a pourtant passé avec succès les tests tout terrain. Même si le Duster intéresse de nombreux clients en France (entreprises, chasseurs, ONF, pompiers, etc.) l’armée représente un client important et prestigieux, d’où la déception des Comtois, qui ont aussi perdu plusieurs milliers d’heures de travail et l’opportunité de créer de nouveaux emplois durables dans une région où sévit le chômage. Un autre véhicule français était sur les rangs : le 4×4 Berlingo de Citroën, lui aussi remotorisé et repeint en France.

L’armée met les fabricants devant leurs responsabilités 

Devant l’intensité de la polémique, l’armée s’est vu obliger d’y répondre. Selon elle, les P4 étant arrivés en toute fin de vie  il devenait urgent de les remplacer. Selon elle seuls les Ford Ranger, de marque américaine mais produits en Afrique du Sud, avaient une charge utile suffisante : il faut en effet pouvoir transporter 5 soldats équipés et 1 tonne de matériel.

Se tenant visiblement à la doctrine selon laquelle la meilleure défense, c’est l’attaque, l’armée a mis les fabricants français devant leurs responsabilités : le 4×4 Duster est fabriqué à Mioveni en Roumanie, une usine qui emploie 8 300 personnes et dont le 4×4 représente la moitié de la production, tandis que le 4×4 Citroën Berlingo est fabriqué en Espagne. Pas étonnant : bien peu de véhicules dits « français » sont réellement fabriqués en France par les fabricants concernés. L’armée répond en substance aux fabricants : « Les trois modèles sont produits à l’étranger, même s’il existe une étape de transformation finale en France ». Ce qui est avant tout un enjeu concurrentiel pour les constructeurs français qui peuvent ainsi afficher les mêmes prix que leurs concurrents qui produisent dans des pays à faibles coûts salariaux. Résultat dans le cas présent : « les coûts d’acquisition sont similaires », note l’armée.

Le remplacement des P4 n’est toujours pas décidé : quand imprévision rime avec austérité budgétaire

Il n’en reste pas moins que cet achat, en urgence, par l’armée, révèle une nouvelle inquiétante : le défaut d’anticipation de la fin de vie des P4. En 2009 déjà, du fait de leur usure croissante, l’armée avait acquis 550 Land Rover qui avaient l’avantage d’être rapidement disponibles. Un programme de « véhicule léger tactique polyvalent » est en gestation depuis des années. Il devrait être constitué de deux tranches, l’une de 2 450 véhicules, l’autre de 2 000, pour des livraisons à partir de 2020. Mais ce programme, qui fait l’objet des espoirs de Renault et Citroën, n’est toujours pas lancé du fait de perspectives budgétaires plus qu’incertaines.

Et ce n’est pas la rallonge budgétaire de 3.8 milliards d’euros obtenue par Jean-Yves Le Drian pour l’armée qui va y changer quelque chose. Le Canard enchaîné (6/05/15) révèle son caractère en trompe-l’oeil : 0 euro en 2015, 600 millions en 2016, 700 en 2017, et le reste sur les deux premières années du quinquennat suivant, autrement dit aux calendes grecques et sans aucune garantie de tenue. L’austérité budgétaire adoptée par la France sur le modèle allemand continue à rapprocher notre armée de la condition de l’armée allemande : en panne.

En 2014, 61% des blindés germano-néerlandais Boxer de nouvelle génération sont indisponibles (et 40% pour les autres types), deux tiers des hélicoptères Tigre et NH90 sont cloués au sol, ainsi que 61% des chasseurs Eurofighter et  la moitié des avions de transport Transall en dotation. Seuls 6% des hélicoptères en dotation dans la marine sont aptes au vol. Pire encore, 40% des soldats n’ont pas de pistolet réglementaire P3 et 76% des appareils de vision nocturne sont inopérants ou inexistants. Bref, l’armée allemande est aujourd’hui inexistante. L’armée française semble bien partie pour prendre le même chemin.

Crédit photo  :  DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

.
- Je soutiens BREIZH-INFO - spot_img

Démolition, le Journal d’Anne France, Alternative Ulster, Pôle emploi la machine à asservir, J-M Caradec : la sélection littéraire hebdomadaire

Démolition, le Journal d'Anne France, Alternative Ulster, Pôle emploi la machine à asservir, J-M Caradec : voici la sélection...

Nantes. Huit vide-greniers et autant de règles sanitaires ?

Maintenant que de nombreuses associations sont enfin au point quant aux règles sanitaires à appliquer aux vide-greniers, et qu’un...

4 Commentaires

  1. Pourquoi ne pas dire tout simplement que les constructeurs Francais ne repondaient pas au cahier des charges, le journalisme exige d’etre objectif vis a vis des lecteurs !!!

Il n'est plus possible de commenter cet article.

Articles liés