Emission Confessions d’Histoire : « Tellement mieux de Remplacer Nabilla par Vergincétorix » [interview]

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23/06/2015 – 07H00 France (Breizh-info.com) – Nous vous avions présenté récemment les deux premiers épisodes de l’excellente série intitulée Confessions d’Histoire. Cette série remporte un grand succès sur la toile et  séduit un public de plus en plus large. Alors que le prochain épisode, consacré notamment à Aliénor d’Aquitaine , est en cours d’élaboration, nous avons interrogé Ugo, fondateur, metteur en scène et patron d’une série à vocation pédagogique. Elle est très opportune en cette période où l’histoire de France et d’Europe est sérieusement malmenée  dans les programmes scolaires, pour ne pas parler de l’histoire de Bretagne qui en est elle complètement absente.

Breizh-info.com : D’où vous est venue l’idée de créer Confessions d’Histoire ?

Ugo pour Confessions d’Histoire : L’Histoire est pour moi, comme pour beaucoup de Français, une grande passion. Réalisateur et truquiste dans les effets spéciaux, je voulais utiliser cette matière dans un petit programme dans lequel je puisse être libre, loin des impératifs de format ou de « cible marketing » des sociétés de production et des diffuseurs traditionnels (la télévision pour ne pas la nommer).

Je voulais également travailler avec des comédiens, avec de la « matière vivante », à l’inverse de mon boulot qui consiste principalement à travailler des pixels ! Difficile de fabriquer des images avec décors, chevaux, armées de figurants quand on a peu de moyens (autres que des compétences techniques).

Et c’est en tombant sur les images d’un « confessionnal » de téléréalité que je me suis dit qu’il serait tellement plus judicieux de remplacer Nabilla par Vercingétorix !

Breizh-info.com : Comment choisissez-vous vos sujets historiques ? 15 minutes pour résumer une période, n’est-ce pas compliqué ?

Ugo pour Confessions d’Histoire :  C’est avant tout mes goûts personnels qui imposent le choix d’un sujet, ainsi (et c’est essentiel) que le potentiel de gags que celui-ci est susceptible de m’inspirer. Je suis pour l’instant surtout féru d’antiquité et d’Histoire médiévale. Une des périodes qui me fascinent le plus, c’est l’antiquité tardive, depuis la bataille des champs catalauniques jusqu’aux premiers mérovingiens : c’est une période intrigante car de transition entre deux mondes, celui de l’empire romain et de la féodalité, avec des personnages fascinants tels que Aetius, Attila, Sainte Geneviève, Clovis puis Frédégonde et Brunehaut, etc. Si j’avais la possibilité de faire un seul « vrai » film historique, ce serait sur cette période-là…

Dans un Confessions d’Histoire, j’essaye de condenser le plus de choses possibles en seulement quelques minutes, mais c’est toujours au prix de raccourcis plus ou moins heureux.

Un exemple : il y a, à la fin de notre épisode sur « La Première Croisade », une tirade de Baudouin Ier qui parle de ce que les occidentaux découvrent en Terre Sainte, et notamment les pigeons voyageurs (et il y a des sources qui appuient cela).

Là-dessus, des commentaires d’internautes nous ont judicieusement interpellés sur le fait que cette technique de communication était employée dès l’antiquité. Oui ! Mais c’est précisément parce-que cette technique était connue dans le monde gréco romain que l’on a pu la retrouver dans une partie du monde qui malgré les diverses invasions, depuis les Perses jusqu’aux Turcs, avait conservé cet héritage antique.

Ajoutez à cela qu’il était tentant de faire une plaisanterie associant les pigeons voyageurs à twitter (« ils s’envoient des messages de quelques caractères par le biais d’un oiseau ! »), et l’on donne l’impression bien malgré nous qu’il s’agit d’une innovation des sarrasins. Mais comment en quelques lignes de dialogues, sans que cela devienne trop indigeste, entrer dans autant de détails ? C’est pour cela qu’il y a sur notre site les « Notes » qui reviennent sur les propos tenus dans la vidéo pour préciser, relativiser, compléter les informations dans un cadre plus sérieux.

Ces Notes sont aussi la possibilité pour les néophytes de découvrir les informations derrières certains gags. Car, et c’est un point auquel je suis très attentif dans l’écriture, les plaisanteries ne doivent pas être gratuites mais le plus possible reposer sur de véritables données historiques.

Breizh-info.com : qu’est-ce que souhaitez apporter comme plus-value à travers votre émission ?

Ugo pour Confessions d’Histoire :  Il existe déjà de nombreuses émissions historiques sur youtube. La spécificité de Confessions d’Histoire, en dehors de l’accent mis sur l’humour, est le fait que ce sont des comédiens (différents à chaque épisode) qui incarnent les personnages. Nous apportons un grand soin au casting afin d’avoir non seulement de très bons professionnels venant du théâtre (classique ou de boulevard), du café-théâtre, du one man show ou du cinéma, mais également possédant des physiques compatibles avec ce que l’on sait des personnages qu’ils vont « ressusciter ». Le programme en lui-même s’efforce, en laissant la parole aux principaux concernés, de mettre à mal les idées reçues, les clichés et autres lieux communs de l’Histoire, souvent hérités du 19ème siècle ou de la littérature…

Breizh-info.com : Certains voient dans le deuxième épisode, consacré à la 1er croisade, un épisode qui attaque les chrétiens, là où d’autres n’y voient qu’un sketch donnant la parole à tous les belligérants. Polémique ou pas ?

Ugo pour Confessions d’Histoire : Absolument pas : il ne s’agit que d’une infime minorité de messages (à peine une petite dizaine sur plusieurs centaines de commentaires enthousiastes) venant de Chrétiens très impliqués dans leur foi et qui nous ont fait part de leurs réactions négatives, suspectant un parti-pris. Il s’agit d’un programme d’humour, que nous voulons le plus apolitique possible, et nous nous efforçons de faire rire avec tous les protagonistes, sans donner l’impression de privilégier un bord particulier, et ce d’autant plus que l’on s’efforce de montrer que les choses étaient loin d’être aussi simples qu’un choc entre deux blocs monolithiques : les Fatimides ont combattu les Turcs aux cotés des Byzantins, et il y a eu de multiples alliances entre chrétiens et sarrasins contre d’autres coalisions du même type.

En définitive, même si chacun en prend un peu pour son grade, il y a toujours de ma part beaucoup d’amour pour tous ces personnages, dont les histoires sont aussi notre Histoire…

Je savais évidemment, en faisant « La Première Croisade », qu’il s’agissait d’un sujet moins consensuel que « La Guerre des Gaules ». Je comprends tout-à-fait que certains Chrétiens, dans une société et un temps où l’on est tenu de prendre des pincettes avec toutes les religions sauf la leur, puissent être lassés.

Je peux comprendre leur réaction et j’en suis désolé. Après, il y a aussi certaines personnes qui, 950 ans après, considèrent que, de toutes façons, il ne faut pas rire avec ça. Point. Et là, ce genre de point de vue coupe court à toutes discussions. Il n’y a rien que l’on puisse répondre…

Mais, encore une fois, il s’agit de très rares réactions, alors même que de nombreux reconstituteurs, véritables passionnés par cette épopée des croisés, nous ont dit avoir ri de bon cœur au visionnage de l’épisode.

Que voulez-vous : avec Aliénor d’Aquitaine, notre prochain épisode, il y aura bien une poignée de féministes chagrines pour prendre le relais ! L’histoire est une passion française et aussi malheureusement trop souvent un terrain miné dans notre pays. Nous, notre objectif est avant tout de faire en sorte que, tout en amusant les plus érudits, l’on contribue à éveiller ce goût de l’Histoire chez ceux qui y sont resté hermétiques.

Breizh-info.com : combien de temps mettez-vous pour écrire, mettre en scène, et filmer tout cela ? Quel coût cela représente ?

Ugo pour Confessions d’Histoire : Impossible de dire exactement combien de temps l’écriture de ces deux premiers épisodes a pu me prendre, car celle-ci s’est étalée sur plusieurs mois par intermittence. La préparation du tournage, le casting et la fabrication des costumes prend un bon mois, le tournage en lui-même une seule journée, et vient ensuite le montage, les trucages et le travail du son. Pour cette partie de post-production, cela dépend du temps que me laisse mon « vrai » travail, car je suis seul face à mon ordinateur.

Sur le deuxième épisode (avec l’avantage d’avoir toute une partie du travail déjà effectuée lors de la fabrication du pilote), cela m’a pris un mois et demi de boulot éreintant, effectué principalement la nuit et les week-ends, afin de ne pas trop tarder à transformer l’essai du pilote.

En ce qui concerne le budget, c’est tout simplement mes fonds propres qui financent les tournages. Les comédiens sont tous bénévoles. Je m’efforce de défrayer les techniciens et maquilleuses qui viennent avec leur matériel. Il reste la location des deux caméras, de l’éclairage, de la journée de studio (un studio professionnel, car je trouve important de recevoir tous ces comédiens qui acceptent de venir jouer gratuitement dans le meilleur cadre possible et non dans un coin de cuisine aménagé) et enfin les costumes. Cela représente pas mal d’argent au final, et c’est une des raisons (en plus de la quantité de travail) qui font que je ne pourrai pas en faire plus de 3, maximum 4, par an, en tous cas avec l’organisation actuelle…

Breizh-info.com : comment ont été perçus les deux premiers épisodes ? 72 000 vues pour le premier épisode, et sans doute beaucoup plus pour le deuxième, comment rentabiliser et faire perdurer ce succès ?

Ugo pour Confessions d’Histoire :  L’épisode pilote « La Guerre de Gaules » a été tout d’abord vu par un premier cercle de connaissances, de collègues, qui ont relayé dans ce milieu que l’on appelle « geek ». Parmi ces gens, certains sont aussi des reconstituteurs historiques, et c’est dans ce milieu-là que la vidéo s’est ensuite propagée à plus grande échelle. Enfin, et c’est très important, nous avons commencé à recevoir des messages et emails d’historiens, d’archéologues et enfin de professeurs d’Histoire ou de latin, nous demandant, sur complète initiative personnelle, s’ils pouvaient utiliser notre vidéo dans le cadre d’un cours !

Et nous leur avons de suite répondu que bien sûr ils pouvaient, et avec grand plaisir ! Et les retours que nous avons eu (la vidéo a été utilisée depuis des classes de primaire jusqu’à la fac !) sont enthousiasmants, notamment chez les plus jeunes qui du coup posent des questions sur l’époque, veulent en savoir plus sur les personnages. Il y a, de par le fait que ceux-ci s’adressent à nous directement, comme un contact avec leur époque qui s’opère…

Ces professeurs qui utilisent nos vidéos nous disent parfois constater la défaillance des programmes (en particulier d’Histoire) et sont bien contents de trouver avec ce petit programme humoristique de quoi amorcer un cours, un débat, et le tout en combattant les idées reçues. Pour finir ce sont certaines associations qui nous ont demandé si elles pouvaient utiliser la vidéo sur « La Guerre des Gaules ». Nous acceptons le tout sans contrepartie financière : nos vidéos sont sur Youtube pour être visibles gratuitement, et ceux qui souhaitent s’en servir dans le cadre d’une démarche non commerciale sont les bienvenus pour le faire.

Comment faire en sorte que, sans pour autant gagner d’argent (nous nous sommes, avec une poignée de proches, constitués en association à but non lucratif), ce projet cesse de m’en coûter ?

La principale piste que l’on suit aujourd’hui est tout simplement celle du don, notamment par le financement participatif (ou «  crowdfunding »). Nous verrons si cela suffit à rendre viable le projet. Autrement, il faudra aller vers une démarche un tout petit peu plus commerciale, en s’efforçant de ne perdre ni contrôle, ni liberté, et en préservant la libre utilisation par les acteurs du monde éducatif.

Breizh-info.com : quels sont les prochains thèmes que vous souhaitez aborder ? L’histoire des Celtes ou de la Bretagne sont-elles susceptibles de vous intéresser ?

Ugo pour Confessions d’Histoire :  Il y en a tellement ! Après un épisode un peu spécial, intitulé pour l’instant « Aliénor et conséquences », et recouvrant deux périodes distinctes (en gros les seconde et troisième croisades, mais vu du côté des relations entre la France et l’Angleterre), je compte ensuite pêle-mêle aborder la guerre de 100 ans (probablement en 2 parties vu l’ampleur), revenir vers l’antiquité avec Alexandre le Grand, les guerres puniques, la bataille d’Actium (Octave, Marc-Antoine et Cléopâtre), et peut-être enfin cette fameuse bataille des champs catalauniques, suivi de Clovis et de sa descendance, la révolution américaine avec Lafayette… Bref, c’est sans fin ! Et j’en ai pour des années, rien que pour les sujets que je viens d’énumérer !

Bien sûr que l’Histoire celtique serait passionnante à traiter (depuis l’Armorique aux Bretons !), et un personnage tel que Anne de Bretagne, la deux fois reine de France, sera forcément un jour au programme, si toutefois Confessions d’Histoire continue d’exister !

Crédit photo : DR
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