Zemmour au bûcher ?

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29/06/2015 – 07H30 Paris (Breizh-info.com) – Poursuivi pour « incitation à la haine raciale » et « diffamation raciale » pour des propos tenus sur RTL en mai 2014, Éric Zemmour comparaissait le 24 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procureur de la République a requis contre lui une amende de 5 000 euros outre une amende de 3000 euros à l’encontre de RTL a été requise par le parquet. ». Le jugement a été mis en délibéré au 22 septembre.

Lors d’une chronique sur RTL, le journaliste avait déclaré : « Les Normands, les Huns, les Arabes, les grandes invasions d’après la chute de Rome sont désormais remplacés par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent. »

Pour sa défense, l’auteur du Suicide français a déclaré devant le tribunal : « Je vous avoue que j’ai longuement hésité à venir à l’audience. Mon avocat me déconseillait plutôt de me déplacer, pour conserver, disait il, aux débats leur caractère technique.

J’ai décidé pourtant d’assister à cette audience. D’abord par respect des magistrats, de la cour, et au delà des institutions de la République. Mais aussi par curiosité. Je voulais comprendre ce qu’on me reprochait. Comprendre quelle loi ou quelle partie de la loi j’avais enfreint. Après tout, nul n’est censé ignorer la loi. Je voulais comprendre pourquoi le procureur, le représentant de l’Etat, m’attaquait pour des propos qui ne faisaient pourtant que décrire des faits, une réalité, amplement retranscrite: «des bandes étrangères venues d’Europe de l’Est écument notre pays», ça passe; mais quand on dit: «des bandes de tchétchènes, Kosovars, Roms dépècent, dévalisent, violentent, ou dépouillent», ça ne passe pas. Lui n’est pas déféré, moi, je le suis.

Je comprends bien le point de vue du procureur : il favorise la concision. L’ellipse est préférée à la description clinique. Madame le procureur préfère la pudeur des impressions à l’impudeur du réalisme. Mais cette querelle littéraire est-elle de la compétence de ce tribunal ? Il faut alors qu’elle aille au bout de cette logique littéraire. Qu’elle m’indique les bons mots et les mauvais mots, les mots autorisés et les mots interdits. Qu’elle redéfinisse les canons de la profession de journaliste. Que celui-ci ne soit plus tenu d’informer de ce qu’il voit, mais d’abord d’informer ce qu’il ne voit pas, mais qu’il est bon de voir.

J’avoue ma perplexité. Je n’ose penser que ce ne sont pas les mots qui comptent, mais ma personne. Il y a quatre ans, le procureur m’avait expliqué que ma notoriété fort grande avait pour corollaire une responsabilité aussi grande. Je constate qu’en quatre ans, j’ai encore pris du galon, puisque je suis davantage responsable, et donc davantage condamnable, qu’un ministre de l’intérieur lui-même.

Mais j’ai compris en écoutant avec soin ces débats, que ce ne sont ni mes mots ni ma personne qui importaient, mais mes pensées.

Même pas mes pensées, mais mes arrière-pensées. Dans le passé, nous avions ainsi le tribunal de l’Inquisition qui dénichait la persistance des pensées hérétiques chez des marranes convertis au catholicisme. Nous avons eu plus récemment les grands procès staliniens qui traquaient les intentions contre-révolutionnaires.

A la suite de la parution de mon livre, Le Suicide français, le premier secrétaire du parti au pouvoir avait dénoncé la zemmourisation de la société. Le premier ministre avait expliqué que mon livre n’était pas digne d’être lu, le ministre de l’Intérieur avait appelé à manifester contre moi, et le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale avait sollicité de mes employeurs qu’ils mettent fin à mes collaborations à leurs medias. Marie-Anne Chapdelaine, une députée d’Ille-et-Vilaine, me chassait carrément de France : «Monsieur Zemmour, la République, on l’aime ou on la quitte ». Aujourd’hui, je vis la version judiciaire de cette offensive médiatico-politique. On prétend faire du droit, mais derrière les arguties, ce n’est qu’une bataille politique pour me faire taire.

Il y a six mois, des millions de Français défilaient dans la rue pour défendre la liberté d’expression. Les malheureuses victimes de Charlie Hebdo avaient subi aussi une condamnation judiciaire venue d’un tribunal islamique qui les avait condamnés à mort pour blasphème. Si je comprends bien ce qui m’est reproché, la liberté d’expression, c’est bon pour les dessinateurs de Charlie, mais ce n’est pas bon pour moi. Parce qu’eux sont gentils, et moi, je suis méchant. Eux ont des bonnes arrière-pensées, et moi j’en ai de mauvaises. Si je comprends bien, nous vivons toujours sous le règne de la phrase de Saint-Just : «pas de liberté pour les ennemis de la liberté». Cela s’appelait la Terreur. »

Ce nouveau procès à l’encontre du journaliste – il avait déjà été condamné en 2011 pour les mêmes chefs, pour avoir déclaré à la télévision que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait » – n’a guère suscité de réactions dans la presse mainstream. Exception notable, celle de l’écrivain et journaliste André Bercoff. Sous le titre « Le procès Zemmour ou la liberté d’expression en péril de mort », il prend, dans Le Figaro, résolument la défense de Zemmour. Selon lui, « la liberté d’expression, comme toutes les autres, (…) semble être devenue aujourd’hui, en France, l’ennemi public numéro 1. Une pelée, une galeuse, d’où nous vient tout le mal (…) les Zemmour doivent être exécutés et, comme l’ont réclamé un certain nombre de journalistes et d’écrivains, en une lettre de dénonciation restée célèbre, interdits d’expression et bannis des médias. Nous en sommes là. Il en est qui préfèrent et de loin, le silence des agneaux au bruit des opinions. En oubliant que si un certain désordre dérange, un certain ordre tue». Tout est dit.

PLG

Crédit photo : Breizh-info.com
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6 Commentaires

  1. Il est fort.
    Dommage que ce soit un réactionnaire romantique mais en même temps de son époque.
    L’Etat-Nation ne passe son temps qu’à colmater des brèches. Sauver ce qui peut être sauver et surtout lui-même. Zemmour est alors complètement dans l’air du temps. Mais les Etats-Nations, c’est finit. C’est une autre époque. Bien malin qui peut dire quel peut être le futur meilleur modèle mais en promouvant le retour à l’ancienne, Zemmour empêche de penser les nouveautés.
    Il est d’ailleurs dans la facilité et le confort. Critiquer, c’est une chose mais penser que la solution est un retour au modèle qui est justement arrivé à bout de souffle, c’est de la paresse intellectuel. Cela a toujours été le credo de Zemmour, sur lequel depuis qu’on l’entend, il n’a absolument pas évolué d’un iota.

    L’Europe devrait peut-être faire son propre modèle en s’inspirant des mutations des grandes civilisations qui l’ont précédée. La Chine et l’Inde. Et de la nouvelle qu’elle a enfanté: l’Américaine. Malheureusement, elle en est au même niveau que l’Inde mais avant la colonisation britannique, c’est à dire en décadence.
    L’Europe ne peut s’en sortir qu’unie. Mais pas comme celle que l’on propose aujourd’hui. Dans une forme d’autarcie économique que ces trois nations ont toujours prônée, l’Amérique en premier lieu, bien plus protectionniste que l’Europe ne l’a jamais été. Pour mieux la relativiser une fois qu’elles étaient assez fortes pour jouer les premiers rôles dans le game.
    Malheureusement, elle est dans sa crise de la quarantaine. Pas assez vieille pour être sage, trop vieille pour être optimiste. Et elle s’offre à qui veut bien d’elle.

  2. J’ai cottoyé les juifs sépharades de Paris. Zemmour est brilliant mais en même temps il n’a rien inventé, il exprime typiquement la pensée intellectuelle de son milieu.

    Leur histoire explique beaucoup de choses. Beaucoup ont été chassés d’Espagne avant de rejoindre la Tunisie, Maroc, Algérie. Ensuite à l’indépendance ils ont été accueillis en France dans des conditions rocambolesques. On m’a raconté dans les familles comment certains sont parti avec des valises de billets, de Tunisie c’était la peine de mort si on découvrait les billets. Ils n’ont pas connu la Shoah.

    La nation des juifs sépharades, c’est la France et Paris, ils sont très républicains et reconnaissants sans être sectaires. Ils vivent encore dans la nostalgie de De Gaulle. Ils n’ont pas cet attachement à une région comme la Bretagne.

    Leur histoire leur donnent une expérience que la plupard de français n’ont pas.

    Enfin je note qu’au 20ième siècle la gauche a eu le monopole intellectuel et artistique, au 21ième il se passe exactement l’inverse.

    Ces procédures sont le signe que l’état Français est à la dérive, un type comme Zemmour se sent trahi.

  3. Le « politiquement correct » étouffe la liberté d’expression depuis trop longtemps.

    Nous sommes un peuple libre et rebelle; les « gauloiseries », critiques et autres traits d’humour plus ou moins gras font partie de nos mœurs et de notre culture.

    Le pouvoir tente de mettre un couvercle sur l’esprit français; il va en payer les conséquences !
    Lorsqu’on bouche la soupape d’une cocotte minute, elle explose !

    Je suis comme Eric Zemmour: j’aime dire ce que je pense et JE VEUX pouvoir le faire quand et comme ça me chante !
    J’emmerde le politiquement correct, les magistrats vendus aux ordres du pouvoir, les politiques et les médias qui hurlent au loup dès qu’on touche à leurs petites prérogatives et à LEUR liberté d’expression, mais qui se couchent dès lors qu’il s’agit de défendre VRAIMENT la liberté de pensée.

    Nous sommes chaque jour plus nombreux à ne plus supporter le diktat étatique; ça se paiera dans les urnes.

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