01/07/2015 – 08H00 Rennes (Breizh-info.com) – La Poste a décidé de restructurer complètement le front office et le middle office de ses activités bancaires et financières. Les syndicats dénoncent un projet qui va détruire des milliers d’emplois et ont appelé à durcir le mouvement, alimenté par l’exaspération des postiers face aux restructurations multiples de leur entreprise. Nantes et Rennes sont particulièrement concernés.

La restructuration du middle office a comme nom de code Excello : le but est de restructurer les 23 centres financiers du middle office, impactant 3004 salariés. Par ailleurs deux projets codés « concerto » et « cap client 3.0 »ont pour objectif de restructurer le front office, en contact avec la clientèle. Les clients seront dirigés vers des automates vocaux et non plus des conseillers et de réorganiser plusieurs services, dont celui des réclamations, transformé en « directions solutions clients » et concentrés en 6 centres inter-régionaux.

Le maillage ne devrait pas voir disparaître les centres financiers mais réorganiser lourdement les services, notamment en spécialisant les centres sur une ou quelques activités, et en créant des centres nationaux – les avis à tiers détenteurs à Paris, les activités fiscales à Châlons en Champagne, le droit de communication à Orléans, le surendettement à Ajaccio etc. Certains centres cumuleront plusieurs activités : ainsi à Orléans, outre le droit de communication, seront traitées une partie des saisies judiciaires pour la France entière, le contentieux pour la moitié nord de la France, des opérations régionales et une partie des successions. En Bretagne en revanche la Poste n’a pas prévu d’implanter des centres névralgiques : à Rennes sera implantée la direction des « solutions clients » (anciennement des réclamations) pour la direction interrégionale et à Nantes seront traitées d’autres opérations pour cette même circonscription.

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Le projet prévoit une plus grande automatisation des tâches et une segmentation poussée de la clientèle. Sur la plupart des centres financiers, ces changements concernent entre la moitié et les trois quarts des salariés qui devront changer de métier ou se reclasser dans les quatre ans. Par ailleurs l’intersyndicale SUD, CGT, CFDT, CFTC, CGC, FO, UNSA a accusé La Poste de vouloir supprimer 20% des 16.674 salariés qui travaillent dans les centres financiers avant 2017 ; 1.893 postes y ont déjà été supprimés en 2014.

A Rennes en particulier, les postiers se sont mis en grève contre ce projet le 23 juin. Mais le mouvement prend de l’ampleur depuis début juin à Bordeaux, Nantes, Ajaccio, Dijon, Grenoble, Lille, Marseille ou encore Toulouse : plus de 3.000 grévistes ont été recensés par la seule CGT-FAPT, tous des salariés directement concernés par le projet et qui en ont assez des restructurations en permanence, au milieu desquelles aucun travail serein n’est possible.

L’exaspération des postiers est compréhensible. En 2014, alors que le groupe la Poste enregistrait un CA de 22,1 milliards d’€ (+2,1%) et un résultat d’exploitation de 719 milions d’euros (-7,6%), le groupe a supprimé 7.352 emplois en France. Et cela continuera à cause de la démographie particulière de la Poste : « la part des postiers de plus de 55 ans dans l’effectif total est désormais de 25,5% » relève la CGT-FAPT, qui constate aussi que la Poste recourt aux contrats d’avenir (1400) mais refuse de les transformer en emplois durables : 64% d’entre eux n’ont pas eu de proposition de contrats. La Poste est aussi un pays de bas salaires: « 71,2% des agents ont des salaires inférieurs ou égaux à seulement 2000 euros nets mensuels ». En même temps, la Poste a bénéficié de 352 millions d’euros au titre du Crédit Impôts Compétitivité Emplois, un dispositif censé… récompenser les entreprises qui créent des emplois, et qui est de facto devenu une tirelire pour salarier des plans de restructurations pour les géants français.

D’autres services postaux touchés par les restructurations

Il n’y a pas que la banque qui est concernée par les réorganisations. Celles-ci se font tous azimuts, et donnent le tournis. Parfois, une réorganisation n’est même pas finie qu’une autre s’enclenche, à la faveur d’un nouveau plan stratégique. Un contexte très destabilisateur pour les agents qui nourrit un important absentéisme à cause de raisons de santé – 6,37% – en baisse chez les fonctionnaires plus âgés et en hausse chez les contractuels plus jeunes.

Un certain mal-être règne aussi dans les rangs, minés par des lendemains qui ne chantent plus – notamment la quasi-disparition prévue du courrier papier – en plus des incertitudes professionnelles liées aux réorganisations à répétition, qui elles-mêmes engendrent des coûts de restructuration qui engendrent de nouveaux déficits, et donc de nouveaux besoins de réorganisations. Un cercle vicieux dont ne parvient pas à se sortir la Poste, pas plus que d’autres géants parapublics (comme France Telecom devenu Orange) ou privés (PSA, Alcatel-Lucent…) Sud-PTT dénonce de son côté un coût qui échappe au réforme : « le coût des fonctions de direction qui explosent » puisque qui dit réorganisation dit nouvelles structures et qui dit nouvelles structures dit nouveaux directeurs… bien payés.

Ainsi, après plusieurs réorganisations, une nouvelle concerne une fois de plus la direction Technique : plusieurs services vont fermer et 332 postiers devront changer de poste. Si la direction pointe 91 emplois supprimés, selon les syndicats ce serait plutôt « 130, 140, peut-être plus ». De la même façon, les secteurs bancaires locaux seront réformés, avec la création d’une chaîne de cinq (!) niveaux d’encadrement par secteur, même si 80% d’entre eux n’auront que trois encadrants. Au niveau national, l’on passe de 2397 à 1606 secteurs, d’ici au 1er janvier 2016. Autre idée de la Poste, pour l’instant en phase de test : faire distribuer les colis « boxables » par les facteurs lettres, ce qui pourrait justifier selon les syndicats de nouvelles suppressions de postes dans la filiale dédiée, Coliposte. Qu’est-ce que c’est ? Le management de la Poste a imaginé que les colis qui font la moitié du volume d’une boîte à lettres (BAL) normalisée seront distribués par les mêmes facteurs que ceux qui portent les lettres et journaux, et ce sans limite de poids. Le problème, c’est que les BAL normalisées ne sont qu’une petite partie des boîtes à lettre françaises : entre les casiers à lettres des immeubles, les fentes dans les portes de ville et toutes les fantaisies rurales ou de banlieue, l’application risque d’être coton.

Les missions de service public et les bureaux de Poste à la casse

A terme, écrit SUD-PTT 44-85 «la Banque Postale compte réorganiser totalement la présence commerciale en fonction du potentiel commercial du secteur des bureaux de poste » et non plus à partir de l’implantation historique de la Poste. Ce qui risque de donner « de luxueuses agences commerciales pour les clients les + aisés, et pour les usagers ordinaires qui soi-disant cannibalisent les guichets, des bureaux ESCI avec un maximum d’activités sur des automates ou d’autres partenariats », par exemple les activités postales traitées par les caissières des supérettes ou les agents municipaux en zone rurale. Les bureaux ESCI sont pourvus d’automates pour les encaissements – les agents ne touchent plus au liquide. Et travaillent debout derrière leurs guichets devenus comptoirs. En juillet 2014, les bureaux de Saint-Herblain / Sillon, Nantes Contrie, Zola et Champ de Mars étaient ouverts en Loire-Atlantique, tandis que ceux de Pontchâteau, Nantes Saint-Jacques et Saint-Brévin devaient être transformés en ESCI.

Le but est double : se débarrasser des clients pauvres (désignés sous le nom de code MS4) imposés par l’héritage de service public, et du réseau historique des bureaux de poste, qui représentent cependant un patrimoine immobilier conséquent. Pour les clients pauvres, la solution adoptée est le matraquage et la diminution du service client : « rejet systématique des prélevements en cas d’insuffisance des provisions pour les MS4 (pour les autres, contact téléphonique ou mail requis avant rejet éventuel), consignes de renvoi vers des automates téléphoniques pour les MS4 en cas d’appel au 3639, frais d’envoi d’une lettre verte de 3€ en cas de chèque sans provision, etc ». Tout semble être mis en œuvre pour se débarrasser de la mission d’accessibilité bancaire au plus grand nombre confiée par la loi à la Poste.

Pour les bureaux de poste, après des centaines de fermeture en milieu rural – qui ont nourri d’autres maux, comme la désertification rurale, l’effondrement du lien social ou le déclin des campagnes – ce sont maintenant 7000 bureaux urbains qui devraient être transformés en automates posés dans les mairies ou déplacés dans les supérettes dont les caissières feront les opérations postales simples. Cela devrait permettre à la Poste de faire rentrer du cash – en ville les immeubles et les terrains à bâtir coûtent cher – mais inquiète jusque dans les plus grandes métropoles du pays où le départ de la Poste d’un quartier signifie forcément moins de passage et donc moins de clients pour les commerces qui ont survécu à la crise et à la concurrence des centres commerciaux périphériques.

Cette cession de 7000 bureaux de poste principalement urbains ou péri-urbains est tout à fait logique pour SUD-PTT : elle a pour objectif de « créer un réseau purement bancaire, sans activité courrier, de 2600 agences. Le reste des points de contact, c’est à dire les ruines des 14.400 bureaux restants, ne sera plus géré à terme par le réseau, mais sans doute par les directions du courrier, par les mairies ou par des commerçants ». Bref, privatisé pour ce qui est rentable et fermé pour ce qui ne l’est pas. Tant pis pour les usagers : si les services publics les abandonnent, le Trésor Public pense toujours à eux.

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