17/08/2015 – 07h00 Moscou (Breizh-info.com) – Grand gagnant de l’affaire des navires Mistral : les Russes. Ils se sont fait transmettre plus de 150.000 pages de documentation technique très pointue pour pouvoir construire la moitié des Mistrals et ont ainsi largement acquis la technologie. En plus, la dévaluation du rouble les sert, car s’ils ont fourni 40 milliards de roubles, ils en récupèrent 25 de plus, puisqu’en un an le rouble a sérieusement dévissé par rapport à l’euro. Et cet argent sera reversé à la Marine russe pour développer de nouveaux projets qui seront « une réponse russe aux BPC Mistrals ».

Deux projets concurrents ont été présentés pour créer un équivalent russe aux Mistrals… et doivent sans doute beaucoup à la documentation et la technologie transmises par les Français. Le premier projet a pour but de créer une classe de porte-avions codés 23000Э «Шторм» (Shtorm, c’est à dire tempête) à propulsion atomique (85,000 T et 70 appareils embarqués) ou classique (65,000 T et 55 appareils embarqués). Deux porte-avions au moins pourraient être construits d’ici à 2030 à Severodvinsk, après la modernisation des chantiers.

Le second a l’avantage de pouvoir être mis en œuvre plus rapidement. Baptisé Lavina-Priboï (c’est à dire Avalanche-Marée), il a pour objectif de créer une classe de porte-hélicoptères très proches des Mistrals. Si un BPC Mistrals pèse 21.300 T à pleine charge et peut embarquer 16 hélicoptères, 450 militaires et 59 blindés, le porte-hélicoptère russe pèsera 24,000 T et pourra embarquer 8 hélicoptères, 500 militaires et 60 blindés. Selon le haut commandement russe, le porte-hélicoptère sera équipé de systèmes de défense russes de nouvelle génération. La construction de ces navires pourrait commencer dès 2016 à Saint-Pétersbourg.

Les Russes ne se sont peut-être pas contentés des centaines de milliers de pages de documentations qui leur ont été transmises. « Ils ont toujours été très bons en matière d’espionnage dans le domaine de la Défense », se souvient un haut fonctionnaire français qui témoigne sous couvert d’anonymat. « Il est de notoriété commune par exemple que l’avion de ligne supersonique russe Tupolev Tu-144 doit beaucoup aux plans français du Concorde dérobés, notamment, par l’entremise de certains ouvriers communistes de l’aviation. » Certains de ces mécanismes sont décrits dans le livre de Thierry Wolton le KGB en France ;  il mentionne notamment les usines militaires d’Indret et de Nantes (Sud-Aviation) où des ouvriers communistes sont suspectés de détourner des plans et de transmettre des informations sur ce qu’ils fabriquent ou développent. Lorsque l’URSS s’est effondrée, l’espionnage n’a pas cessé, il a juste changé de style. « Dans les années 1990 et au début des années 2000, il y avait tout un tas de coentreprises créées entre les constructeurs occidentaux et les Russes. L’italien Iveco s’était rendu compte au bout d’un moment qu’au sein de leur coentreprise avec les Russes, il n’y avait que quatre employés, dont trois qui travaillaient dans un autre endroit en même temps. Ils ont arrêté tout, mais c’était trop tard : les Russes avaient déjà transféré toute la documentation technique. Et ils ont fait le coup à de nombreuses reprises ». Une occasion tout à fait légale de faire de l’espionnage industriel.

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5 Commentaires

  1. Il faut sans préciser une ou deux choses ici.

    La Russie ne possède actuellement qu’un seul porte-avion lancé en 1985 et mis en service en 1995 et qui est aussi le navire amiral de la Flotte russe : l’ « ‘Amiral Kouznetsov ». La construction de son Sister Ship le « Varyag » ayant été interrompu, l’Ukraine (puisque c’est dans les chantiers ukrainiens qu’ils ont été construits) l’a vendu soi-disant à Macao pour en faire un casino. Il s’appelle aujourd’hui Liaoning et est le seul porte-avion de la Chine. L’idée d’un second porte-avion date donc de cette époque-là, la technologie du premier datant des années 80-90.
    Pour ce qui est du projet Shtorm il date à tout le moins de la présidence Medvedev sous lequel ont été engagés les grands projets de modernisation de l’armée russe, et devait trouver sa réalisation à l’horizon 2020. Il ne constitue donc pas une réponse au refus de livraison de Mistral puisque prévu longtemps avant.

    Pour ce qui est maintenant du projet прибой il est à préciser que Priboï en russe veut dire pas tant marée que, à la fois ressac ( donc « Retour violent des vagues vers le large, après qu’elles ont frappé avec impétuosité une terre, un obstacle) et surf. Le message ne saurait être plus clair : « on surfe sur votre bateau de m. et on sait rebondir » « лавина-прибой » allant dans le sens de « vague déferlante » plutôt que « avalanche marée ». Il s’agit donc ici clairement d’une réponse au refus de la livraison des Mistral en plus du développement du concept des grands navires de débarquement.

    En 2013 la Russie avait commandé en même temps que les BPC deux grands navires de débarquement amphibie dont l’un a été mis à l’eau fin 2013.
    Avec le refus de livraison des BPC la Russie se dote simplement des deux 2 navires d’assaut amphibies universels prévus dans son plan de modernisation de la marine. (A signaler que les italiens pensent développer leur navires de classe San Giorgio en les agrandissant de 3 à 6 spots hélicoptères. Ils en ont d’ailleurs vendu un pour 1/2 milliard à l’Algérie avec un coup de main des américains qui financent entre autres la formation de marins…)

    Maintenant pour les 250 000 pages transmises à la Russie, cela se justifie tout simplement parce que les BPC ont été en partie construits dans les chantiers russes. Il est vrai qu’au moment où Kouchner et Morin avaient été faire l’article à Saint-Petersburg, un amiral russe avait dit « Pourquoi ont leur en achète 4 ? On en achète un et on le copie !  » Il ne faut cependant pas surestimer le rôle de l’espionnage industriel dans le domaine. A prendre pour exemple le FELIN que les Français avaient pensé vendre aux Russes envoyant des exemplaires et des instructeurs en Russie. Six mois après les Russes sortent leur Ratnik.
    Tout le monde a hurlé au vol. Le problème c’est que l’idée (le début des recherches) d’un fantassin à équipements intégrés date en France de 1995. En URSS de 1985.

    Avec tout le respect que l’on doit avoir pour Thierry Wolton – son livre sur Poutine est une excellente source d’information – il est quand même douteux qu’un simple ouvrier syndicaliste puisse avoir accès à des dossiers sensibles. Il n’est pas faux cependant que les plans du « Projet Manhattan » atterrissaient à la Loubianka en même temps presque qu’au Pentagone grâce au réseau du Colonel Abel, mais dans un monde où tout monde cherche à tout vendre à tout le monde il n’est même plus nécessaire d’Abels ;-)

  2. Comme Lawine en allemand… Et de même qu’en allemand lorsqu’on fabrique un nom composé, Лавина-прибой est censé donner du dynamisme à la chose. En ce sens c’est bien l’idée dune succession (avalanche) de vagues (d’assaut) qui suggéré ici. A remarquer qu’il y a aussi reprise de codes (facéties des militaires ou inconscient collectif ?) Ainsi l’opération « Priboï » était la déportation des habitants des pays baltes en 1949 et « Шторм-333 » le nom de code de l’opération de prise du palais et d’élimination du Président Amin par les Spetsnaz Alpha et Wympel qui a débuté la guerre d’Afghanistan en 1979.
    Pour ce qui est de l’ « accélération » du programme, la Russie ayant fabriqué une partie du navire, il est logique qu’elle possède le know-how .
    On dit souvent que la AK47 est copiée sur le StG44 à ceci près que Mickaël Kalashnikov commence à dessiner son AK lors de son hospitalisation en 1941 alors que les Allemands commencent le développement de la Stg44 en 1942. Sans compter que si les apparences sont semblables ni le mécanisme ni la munition le sont.
    Maintenant il est incontestable que les uns piquent aux autres en permanence. Les Américains comme les Soviétiques ont piqués les scientifiques allemands à la fin de la guerre. Le Stealth Spirit par exemple ressemble étrangement au Ho 229 des nazis. Est-ce à dire que les américains ont utilisés des plans allemands réputés détruits.Juste que l’objectif de la furtivité amène certaines formes spécifiques.
    Regardez l’évolution des automobiles.formes semblables, mêmes améliorations techniques. Parlerait-on d’espionnage ? Il y a juste que le but prescrit les moyens.
    Pour ce qui est de Pierre Le Grand, c’est sa passion des voyages et son souci de moderniser la Russie qui l’a amené à reprendre ce qui marche et à faire venir des ingénieurs. Lefortovo, la plus réputée prison de Moscou tient par exemple son nom de l’Amiral Lefort qu’il avait fait venir et qui l’a conçue. Pour ce qui est de Khroutchev ( vous faites allusion à la Tzar Bomb je suppose) la « récolte » est certes plus agressive, mais c’est quand même le jeune ingénieur de Los Alamos, Théodore Hall (entre autres…) , qui « se propose » et que le Colonel Abel peut ainsi recruter…
    Wolton est certes fiable, mais ses thèses toujours intellectuellement séduisantes, sont souvent aussi audacieuses. Je me souviens d’une discussion que j’avais eue avec l’auteur qui avait connu Vetrov d’un livre sur Farewell, sur la filiation que Wolton opère entre Chélépine, Andropov, accessoirement Gorbatchev ;-) et Poutine dans la lutte entre tchékistes et apparatchiki…

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