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24/08/2015 – 07H00 Saint Nazaire (Breizh-info.com) – Le coût réel de l’annulation de la vente des BPC Mistral à la Russie continue de faire débat. Evalué à plus de 2 milliards d’euros, le chiffre du renoncement français est contesté par Dimitri Halby, co-fondateur du collectif No Mistrals for Putin qui a milité activement contre la livraison des Mistrals à la Russie. Dans L’’Obs, ce dernier tente de justifier la décision prise par François Hollande. Une plaidoirie pour le moins sujette à caution.
L’auteur estime que dans cette affaire, il faut prendre en compte le marché de l’armement polonais qui aurait échappé à la France si la livraison des Mistrals avait été effectuée. Or, même si les entreprises françaises raflent tout à l’Est – ce qui est peu probable, puisque depuis la chute du bloc de l’Est, la Pologne, résolument pro-atlantiste, s’arme essentiellement avec des surplus américains – il faut aussi ajouter au bilan désastreux des Mistrals la perte du contrat indien pour les Rafale. Celui-ci, évalué de 10 à 22 milliards d’euros a été mis en sommeil, puis définitivement abandonné presque au même moment où Paris prenait la décision définitive de rompre avec les Russes. Le bilan comptable de l’opération Mistral est donc clairement déficitaire.
En outre, tout porte à croire que l’Inde, qui est en train de constituer une alliance stratégique avec la Russie et la Chine – dans les domaines militaires et économiques principalement – va favoriser les fournisseurs issus de ces derniers pays. L’échec stratégique s’ajoute au flop économique.
On peut aussi s’interroger sur la lecture que fait Dimitri Halby des projets russes de bâtiments porte-hélicoptères. Il compare notamment la classe Mistral aux navires Ivan Gren, développés à partir de 2004 dans des conditions assez chaotiques puisqu’ils sont nés au moment où l’armée russe était le plus en déclin – malgré les efforts entamés dès 1999 par Poutine pour mettre fin à l’effondrement qualitatif et quantitatif des années 1990. Pourtant les BPC Mistral font 199 mètres par 32 pour 21.300 T à pleine charge, 16 hélicoptères et 59 blindés. Les navires de la classe Ivan Gren – dont le chef de file a été achevé en 2015, ce que le collectif ne sait visiblement pas – ne sont pas comparables, avec leur seul hélicoptère de bord, leur masse de 5.000 T et leurs dimensions de 120 par 16,5 mètres.
Les navires de la classe Ivan Gren sont en fait des chalands de débarquement améliorés, avec un hélicoptère de bord, deux canons de marine de 30, un autre de 76 et deux lance-missiles multi-tubes « Grad ». C’est un navire multi-missions, capable de mettre en place une politique moderne de la cannonnière, patrouiller les eaux territoriales en contexte hostile – piraterie ou infiltrations de clandestins par exemple –, protéger des navires de pêche dans le cadre d’un conflit international comme l’ont été les guerres de la Morue ou encore être utilisé en appui d’une petite flottille de transports utilisée pour évacuer des ressortissants russes d’une zone en guerre.
Pour remplacer les BPC Mistral – dont les Russes ont reçu plusieurs dizaines de milliers de pages de documentation technique pour pouvoir en construire la moitié – Moscou a dégainé un projet de porte-hélicoptères « Lavina-Priboï », c’est à dire Avalanche Marée. Leurs caractéristiques proches des Mistrals – 24,000 T à pleine charge, 500 militaires et 60 blindés embarqués – montrent que la Russie est capable de construire ce type de bâtiments, dont le premier pourrait être commencé en 2016 avec l’argent transmis par les français pour la rupture abusive du contrat. A noter que le projet russe n’accueillera que 8 hélicoptères, contre 16 pour les Mistrals – la tradition militaire russe privilégie la force vive ainsi que l’emploi de blindés ou de canons blindés automoteurs à la force aérienne.
Crédit photo : DR
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