Loups : leur nombre en France fait polémique

loups

28/08/2015 – 08H00 Paris (Breizh-info.com) – Dans le bulletin n°33 du réseau Loup, sorti ces jours-ci, l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) publie son estimation de la population des loups en France… en baisse. Un chiffre qui fait polémique, alors que le doute enfle quant à la sincérité des chiffres de l’organisme officiel, alors que l’aire de présence du loup sur le territoire national ne cesse de s’étendre.

Selon l’ONCFS, à la sortie de l’hiver 2015, il y avait 42 ZPP (zones de présence permanentes) du loup dans le pays, contre 39 un an plus tôt. Si la zone Ecrins Vallouise (Hautes-Alpes) est déclassée, quatre nouvelles ZPP s’ajoutent, une à cheval sur l’Aveyron et la Lozère (Aubrac), une dans le Var (sud Sainte-Baume), une en Catalogne à la frontière franco-espagnole (Canigou Puigmal – Alt Rippoles) et une dans l’Aude (Razès). Le classement de ces zones en ZPP apparaît bien tardif alors que le loup est présent en Aveyron depuis 2006 – et sans discontinuer depuis 2013 – tandis que le loup du Razès décime les troupeaux depuis 2012. Et encore, selon l’ONCFS il n’y a qu’un loup, tandis que bergers et fermiers sont unanimes : au vu des dégâts constatés, ils sont au moins plusieurs.

Parallèlement, le réseau ONCFS a été déployé dans les Ardennes, ce qui est aussi en retard par rapport au loup qui y est présent depuis 2014 au moins. Voire bien avant : en 2012, un loup avait été aperçu à Philippeville en Belgique et y est très probablement arrivé par les Ardennes.

Incohérence statistique autour du loup

Dans ses conclusions, l’ONCFS est très clair : « le nombre de ZPP à la hausse atteste de la progression démographique de l’espèce à la faveur de l’arrivée d’individus sur des secteurs encore vacants, notamment à l’extérieur du massif alpin ». Contrairement à ce qu’affirment certaines associations pro-loup, l’animal ne semble pas atteint par les prélèvements – très encadrés par la loi : arrêtés ou tirs de défense – puisque l’ONCFS signale un « taux de progression annuelle de 16% [8 à 27%] sans rupture de pente significative » par rapport à 2014 ». Ce qui n’empêche pas l’ONCFS d’estimer, à rebours de son commentaire sur l’évolution de l’espèce, que l’effectif a diminué en France et est de 282 loups contre plus de 300 l’an dernier.

« Ils se foutent du monde ! » tempête un berger ardéchois. « Comment peut-il y avoir moins de loups alors que les attaques ne cessent d’augmenter ? » Et elles ne sont plus l’apanage des départements frontaliers du sud-est (Alpes-Maritimes, Alpes de Haute-Provence, Isère, Savoie et Haute-Savoie) même s’ils concentrent encore une majeure part des attaques. Plus discrets, les Vosges sont aussi touchées de plein fouet. Comme l’Ardèche ou la Lozère, l’Aude et les Pyrénées Orientales. Et cela ne prend pas en compte les victimes sauvages, ainsi qu’une partie des victimes domestiques non déclarées ou qui peuvent être difficilement dénombrées : quand le loup n’a rien à se mettre sous la dent, il ne dédaigne pas les poules ou les lapins.

L’Etat serait-il en train de casser le thermomètre ?

Par ailleurs, la sincérité du travail de l’ONCFS est remise en cause. L’organisme est certes touché de plein fouet par l’austérité qui lui retire des moyens de fonctionnement, mais il prend aussi des mesures qui posent question. Par exemple, le coordinateur des réseaux loup-lynx dans le grand Est (Bourgogne, Franche-Comté, Nord-Est), Alain Laurent, n’a pas vu son contrat renouvelé, et ce très brutalement. Celui qui coordonnait les efforts de nombreux bénévoles depuis près de dix ans empilait les CDD à répétition. Sous prétexte de respecter la loi – qui a visiblement été le cadet des soucis à son égard pendant des années, l’administration n’a pas renouvelé son CDD, tout en refusant de le titulariser en CDI eu égard à son rôle central dans le réseau, dont les collaborateurs collectent patiemment des indices sur le terrain de l’évolution de l’espèce. Un thermomètre qui risque d’être cassé.

Entre estimations intenables et destruction de l’outil statistique de l’ONCFS, ce ne sera du reste pas la première fois que la gestion du loup en France fleurera, estiment certains,  le doux fumet du mensonge d’Etat. La justification est avant tout économique : si l’on ne reconnaît pas la présence du loup dans un département, cela évite de créer une antenne du réseau ONCFS, donc de former des bénévoles. Et cela permet de rejeter toutes les demandes d’indemnisations de bergers ou de propriétaires privés, estimant qu’ils ont été victimes de mystérieux chiens errants… Cela évite aussi d’équiper et former les bergers pour qu’ils puissent protéger plus efficacement leurs troupeaux (clôtures électriques, parcs clôturés, patous, présence humaine auprès des troupeaux…). Autant de moyens économisés par le ministère de l’Agriculture, celui de l’Environnement et les préfectures.

Tout le monde s’y retrouve, sauf les bergers dont les troupeaux sont attaqués dans des départements où la présence du loup n’est pas officiellement reconnue, et les observateurs bénévoles de l’ONCFS dont certains nous affirment subir des pressions. Ainsi, l’un d’eux, dans l’Est, accepte de témoigner sous couvert d’anonymat : « j’ai été effectivement encouragé à ne pas faire remonter la présence du loup dans certains secteurs ». Les pressions ne semblent pas isolées : « je suis en contact avec plusieurs autres membres du réseau et eux aussi ont eu des pressions ». Plus grave, certains signalements sont escamotés : « certains des rapports que j’ai fait ne se sont pas retrouvés dans les publications du réseau », explique notre témoin. Il parle en fait de cette fameuse liste d’indices divers de la présence du loup (traces, excréments, poils, carcasses d’animaux sauvages, sang, hurlements, observations visuelles) qu’on trouve à la fin de chaque bulletin du réseau, à parution semestrielle, en janvier-février et en juillet-août.

Certaines de ces informations cachées fuitent quand même grâce à l’Observatoire du loup (ODL) qui a son propre réseau d’informateurs bénévoles et qui déjoue partiellement l’omerta organisée autour du loup par l’Etat. Selon l’ODL, le loup serait ainsi présent dans le sud de la région Centre (Loiret, Loir-et-Cher, Cher), en Dordogne ou encore dans l’Aisne – tous départements où l’ONCFS ne reconnaît pas la présence du canidé. Ou du moins pas encore. Les prévisions de l’ODL sur l’évolution de la répartition du loup ont déjà été confirmées par le passé – ainsi du loup dans les Ardennes ou dans le Massif central. D’autres informations fuitent par notre carte (voir plus haut) qui compile régulièrement toute information sur les loups abattus, les attaques sur les troupeaux ou les indices de présence confirmés.

En attendant, insensible aux chiffres, le loup continue à pousser vers l’ouest. Un cycliste affirme l’avoir vu le 19 juillet vers 5 h 45 du matin à Sainte-Montaine. Cette localité du Cher se situe entre Orléans et Vierzon, aux portes de la Sologne, l’une des régions les plus giboyeuses de France. A 250 km à vol d’oiseau de la localité bretonne la plus proche, à savoir le Fresne sur Loire. Et en novembre 2014, le canidé poussait une reconnaissance dans le Poitou à moins de 130 km de la Bretagne.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

5 réponses

  1. Le nombre de loups aurait baissé​ ?

    Les comptages de loups sont effectués à partir des indices de présence ( poils, fèces, empreintes) relevés par les membres du réseau Ours, loup, lynx, constitués d’agents de l’oncfs mais aussi de beaucoup de bénévoles d’ associations de protection de la nature.

    C’est oublier que Ferus avait appelé il y a un an, à ne plus transmettre les indices de présence à l’oncfs., (voire même à les détruire).

    http://www.ferus.fr/actualite/indices-de-presence-du-loup-detruisez-les-2

    Le but non avoué, minimiser le nombre de prédateurs sur le sol français, afin de réduire le nombre de prélèvements possibles basés sur la population existante.

    La progression territoriale des prédateurs de même que celle de leurs attaques avérées sur les troupeaux domestiques et sur la faune sauvage vient contredire cette affirmation récente comme quoi la population des loups aurait diminuée​

    .

  2. Que l’on assiste actuellement pour des raisons strictement budgétaires au démantèlement de pans entiers du service public est un fait. Dans ce cas, il est nuisible à la fois aux bergers et paradoxalement aux loups et lynx. En effet, comment évaluer correctement les mesures de prélèvement si on ne connaît pas de façon précise le nombre d’animaux? On risque de sous-évaluer ou de surévaluer l’importance des prélèvements nécessaire, ce qui dans un cas comme dans l’autre est mauvais (je ne suis pas partisan du « laisser-faire » ou de l’éradication du loup). Par ailleurs, que le loup mange des cerfs et des lapins est le cadet de mes soucis : Dame Nature lui a donné le rôle de réguler la population d’herbivores, à ce que je sache! Pour qu’il plaise aux éleveurs et aux chasseurs, on ne va pas lui demander de brouter de l’herbe ou d’aller acheter des croquettes pour chiens avec sa carte de crèdit!
    Un détail, votre carte est inexacte en ce sens qu’elle donne l’impression qu’un tsunami de loups déferle sur la France. Il aurait mieux valu indiquer l’effectif probable de loups par département. En effet, la recolonisation est le fait d’individus isolés ou de meutes de cinq à six loups qui cherchent de nouveaux territoires (un loup peut parcourir 100 km en une nuit). Ce n’est donc pas un « front continu » de loups, mais une colonisation en « tâches de panthère »!

  3. Chiffre officiel du nombre de loup en France et chiffres officiels des victimes loups:

    Fin 2011 = 250 loups dans 13 départements pour 4913 victimes (8,5% de
    refus) soit 5354 constatés

    Fin 2012 = 250 loups dans 15 départements pour 6021 victimes (8,5% de
    refus) soit 6667 constatés

    2013 = 250 loups dans 22 départements pour 6195 victimes (9% de refus)
    soit 6786 constatés

    2014 = 301 loups dans 31 départements pour 8226 victimes ( 9% de refus)
    soit 9033 constatés

    Juillet 2013 déclaration officielle: « Eric Marboutin, chef de projet du Réseau loup de l’ONCFS. 250 loups sont
    aujourd’hui recensés en France, dont 95 % dans les Alpes. On a environ 20 % d’accroissement annuel !!!!! en savoir plus dans:

    http://leloupdanslehautdiois.blogspot.com/2013/07/la-preuve-de-la-manipulation.html
    http://leloupdanslehautdiois.blogspot.com/2015/03/la-preuve-de-la-manipulation-suite.html

  4. La seule réalité du nombre de loup est celle ci:

    On peut aussi ici lire un article publié le 9 Février 2014 par Franco Zunino Secrétaire Général de l’AIW, sur la réalité des loups, largement occulté par nos associations Française:

    « Pendant
    ce temps, plutôt que des faits et des données (y compris les millions
    d’euros de dommages non payés, mal payés ou en retard, ou pire, que
    personne ne veut payer) chez nous ( en Italie) on continue à proposer les solutions
    habituelles pour affronter le problème de la surpopulation du Loup :
    toujours démentir et de toutes les façons (comme certains avocats
    l’enseignent aux parjures!) la croissance de la population, réduire le
    montant des dommages en ne payant pas les cas douteux, en les mettant le
    plus possible sur le compte de mystérieux chiens ensauvagés (ou sur des
    hybrides, chose de bon ton aujourd’hui), et, en conclusion…faire entretenir le Loup par les éleveurs ! »
    http://leloupdanslehautdiois.blogspot.fr/2015/04/loup-et-ecologistes-quand-la-raison.html

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