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05/10/2015 – 07H30 Nantes (Breizh-info.com) – L’institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et Nantes Métropole organisaient les 2 et 3 octobre la 3ème édition des Géopolitiques de Nantes. Présentées comme un « rendez-vous citoyen », ces journées sponsorisées par la MGEN, La Croix, Ouest France, Le JDD et RFI ont connu un grand succès de fréquentation. Sans surprise, Nantes étant, selon les organisateurs, « le lieu idéal pour accueillir cet évènement, ville ouverte sur le monde et actrice de la mondialisation ».
Si les tables rondes étaient censées être « l’expression de points de vue différents », force est de constater que la plupart des intervenants partageaient, à quelques nuances près, à la même doxa libérale, mondialiste, européiste et pro américaine.
Directeur de l’IRIS, longtemps membre du PS, Pascal Boniface présenta brièvement plusieurs débats avec une certaine mollesse ce qui fit se demander à nombre d’auditeurs si cet essayiste prolifique – près de 40 titres au compteur – n’était pas venu à Nantes que pour vendre ses livres…
Le débat intitulé « Un monde multipolaire, zéropolaire, le retour de la guerre froide, etc. Quel (dés) ordre mondial ? » aura particulièrement retenu l’attention du public. Ce nouveau monde, Pascal Boniface le fait commencer au lendemain de la seconde guerre du Golfe en 2003 qu’il n’hésite pas à qualifier de « guerre légale contre le contrevenant Saddam Hussein » (sic).
Pour Alexandra de Hoop Scheffer, co-rédactrice en chef de la revue Politique américaine, la chute de l’URSS a fait des USA « l’hyperpuissance » selon le mot d’Hubert Védrine. Mais cette domination aura été de courte durée, l’enlisement suite à la Guerre du Golfe, la crise économique de 2008 et l’affaire Snowden ont affaibli les USA. La Chine va s’affirmer comme la 1ère puissance économique mondiale. La puissance militaire n’est pas tout, surtout si on ne l’emploie pas ! Pour elle, depuis la présidence Obama : « les USA ne peuvent plus et les européens ne veulent pas » – ce qui ne l’empêche pas de penser que « le leadership américain reste indispensable » sinon « Poutine aura les mains libres ».
Toutes les interventions suivantes devaient se centrer autour de la politique du président russe. Pour Pierre Haski, fondateur de Rue 89 et journaliste à L’Obs, il ne peut plus y avoir de nouvelle guerre froide car les interdépendances économiques sont trop grandes. On a raté la construction d’un nouveau monde en 1991, il est « apolaire » en 2015. Il regretterait presque que celui-ci n’ait plus de gendarme américain alors que « l’ONU n’existe plus », alors : « Russia is back avec un Poutine populaire et totalement légitime ». Haski affirme toutefois que la Russie est « larguée sur le plan économique et qu’il ne lui reste que la force militaire ».
Pour Andréï Gratchev, un politologue russe qui fut le conseiller politique et dernier porte-parole de Gorbatchev au Kremlin, le monde est divers et il a une multitude de pôles potentiels : économiques, énergétiques, démographiques … Ainsi il pose la question : « les migrants ne vont-ils pas changer la carte politique de l’Europe et y apporter d’autres crises ? ». Selon lui, si les cultures peuvent se rencontrer, les civilisations n’ont pas la même vision du temps historique. C’est à l’intérieur des différentes sociétés et de leur évolution qu’il faut porter son regard et cela l’amène à s’interroger sur la future composition démographique des USA : « seront-ils toujours un pays de race blanche dans quelques décennies ? ».
Il constate que l’Occident a été euphorique suite à la chute du communisme, pensant que l’histoire était terminée. Le marché universel apparaissait comme le seul gagnant avec le triomphe de la démocratie libérale. Mais à vouloir l’imposer à tous les peuples, en particuliers à ceux qui sont musulmans « les occidentaux risquent de se retrouver avec une gueule de bois ».
Selon lui la Russie de Poutine est forte car elle projette le passé dans son avenir. Poutine qui est convaincu du déclin de l’occident va rester encore longtemps au pouvoir en Russie. 2015 c’est « ground zero » on peut être optimiste ou pessimiste, tout est possible. Pour Gratchev l’avenir n’est écrit nulle part.
Dernier intervenant, François Clémenceau, rédacteur en chef international au Journal du Dimanche, n’a pas caché la déception que lui a causée Obama. Constatant que les USA sont devenus indépendants sur le plan énergétique, il se demande si cela ne va pas renforcer une tendance isolationniste toujours présente et souhaite l’élection d’Hilary Clinton. Très hostile à Poutine il regrette que le discours russe ait de plus en plus d’écho en Europe et déplore que l’antiaméricanisme y soit toujours virulent. Les « extrêmes-droites », dit-il, sont fascinées par la Russie et tombent dans la « Poutinemania ».
Parlant de la France, François Clémenceau fera ce formidable aveu : « Je suis stupéfait que cela ne corresponde pas à ce que nous journalistes disons tous ». Amer constat du fossé toujours plus profond entre le peuple et les « élites ». Et reconnaissance du succès grandissant des medias de réinformation.
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