Bretagne. L’échec de Marc Le Fur et de la droite : une surprise ?

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10/12/2015 – 08H00 Bretagne (Breizh-info.com) – Avec 23,46 % des voix au premier tour des  élections régionales (282 005 suffrages exprimés) , la liste de Marc le Fur a subi un véritable camouflet. Elle arrive deuxième, loin derrière la liste de Jean-Yves Le Drian (34,92%). Celui-ci était pourtant parti seul au combat, sans EELV ni les communistes du Front de Gauche. La liste « le choix de la Bretagne » est même  talonnée par un Front national à 18,17 % (218 000 voix) qui poursuit son ascension dans la région.

En 2010, lors des élections régionales, la liste de Bernadette Malgorn, que beaucoup d’observateurs s’accordaient à définir comme une tête de liste catastrophique pour la droite en terme de charisme et de propositions, réalisait 23,73% des voix, 260 731 suffrages . La liste Modem menée par Bruno Joncour récoltait quant à elle 5,36% des voix, soit 58 847 suffrages. Au total donc la droite et le centre obtenaient 319 578 voix. En 5 ans,  alors que le PS dirige la région depuis maintenant deux mandatures  et malgré l’union – certes compliquée – de la droite, du Modem et de l’UDI, la liste dirigée par Marc Le Fur aura perdu 37 573 électeurs.

En 2014, lors des élections européennes, là aussi à la proportionnelle, la droite derrière Alain Cadec récoltait 18,41% des suffrages ( 194 382 voix) et le Modem-Udi derrière Jean Arthuis récoltait 11,60 % des suffrages ( 122 401 voix). Au total, 316 783 voix, avec un taux de participation plus faible ( 45,75%). Entre 2014 et 2015, la droite et le centre ont donc perdu là aussi 34 778 voix.

Où sont passés ces électeurs ? Ils ne se sont pas abstenus, puisque la mobilisation des électeurs à été plus forte en 2015 (51,58 % de votants) qu’en 2010 (48,83 %). On peut donc penser que beaucoup se retrouvent dans les 150 580 nouveaux électeurs que le Front national a gagnés par rapport à 2010.

En effet,  l’examen des scores de 2010 montre  que les voix en faveur de la droite ne se sont pas portées  sur la liste de Jean-Yves le Drian ( 37,19 % en 2010 au premier tour, 408 551 voix, et 34,92%, 419 846 voix en 2015 avec une participation plus forte) et que les scores des régionalistes (Troadec)-Ecologistes (Louail)-Communistes (Compain) pèsent aussi le même poids cumulé.

La liste de Marc Le Fur, contrairement à ce qu’ont tenté d’expliquer certains observateurs, n’a pas créé une dynamique. On constate une fuite d’électeurs. Elle semble donc pâtir largement de la montée du Front national.

Aucune surprise à cela. Beaucoup avaient vu dans Marc Le Fur un homme impliqué dans les Bonnets rouges, en première ligne lors des manifestations de défense de la famille traditionnelle, fervent partisan de la réunification bretonne, bref un homme de droite décomplexée proche de la « droite populaire ». Or ce profil s’est estompé au cours de ces derniers mois.  Cela résulte d’ un entourage trop largement porté sur le Centre. N’en déplaise aux mêmes qui voyaient en la défaite de Nicolas Sarkozy lors des présidentielles de 2012 l’échec d’une ligne Buisson très proche des positions de Marion Maréchal Le Pen, potentielle présidente de la Région PACA dimanche prochain.

Certes, le candidat de la droite et du centre a cherché à mener une campagne ne traitant que de sujets régionaux et des compétences de la région. Ce faisant, il a  oublié qu’une large partie des électeurs s’est déterminée avant tout en fonction de la conjoncture nationale. Nombre de ceux-ci – qui se sont portés sur la liste menée par Gilles Pennelle – ont pu constater, par exemple, le manque de réactivité flagrant de la liste « Le choix de la Bretagne » dans l’affaire très locale de l’imam de Brest, alors même que Nadine Morano, montait au créneau depuis sa Moselle.

Des électeurs qui auront également observé que plusieurs colistiers de Marc le Fur – à Quimper et à Ploërmel notamment – ont pris position en faveur de l’accueil de réfugiés dans leur commune, à une période ou l’opinion publique est très partagée, voire majoritairement opposée, selon certains sondages, à l’accueil de ces populations.

Que pouvaient donc opposer au final Marc le Fur et sa liste  à Jean-Yves le Drian qui – bien qu’absent constant – défendait un bon bilan financier à la tête de la Région Bretagne ? Certes, un livre programme a été édité, mais par combien de personnes a-t-il été lu ? A qui a-t-il été diffusé ? Le député des Côtes d’Armor a multiplié les meeting, mais en commettant l’erreur d’inviter Alain Juppé, dont les différences politiques avec Jean-Yves Le Drian sont minimes. Il est allé sur le terrain, à la rencontre d’une petite partie des électeurs. Mais c’est la  toute petite minorité qui se déplace aux meetings politique ou ceux qui, ne travaillant pas ou étant retraités, peuvent se permettre de faire le marché. Il a cru – comme d’autres – que le militantisme du 20 ème siècle à base de tracts électoraux, de collage d’affiches et de meetings fonctionnait encore, là où presque tout se joue via la communication, les médias, les réseaux sociaux …

Que pouvait Marc Le Fur face à l’ascension programmée  d’un FN  qui propose un nouveau projet de société et des changements importants?  Or, la droite semble prête à exploser à force d’être incapable de rassembler autrement que sur des postures et des accords de notables. A aucun moment durant la mandature de Jean-Yves Le Drian, du PS, de l’UDB, d’EELV et des communistes, les élus régionaux de droite n’ont tapé du poing sur la table, n’ont assumé le fait d’être de droite. Comment dès lors demander aux électeurs de voter pour eux, pour un changement, que Josselin de Rohan avait été incapable, en son temps, d’incarner.

L’échec certain de la liste de Marc Le Fur au soir du deuxième tour sera l’échec d’une droite tétanisée à l’idée d’incarner une vraie alternative à la gauche bretonne, une droite molle attirée par son centre. Une droite qui ne parvient même pas à rallier à elle le grand patronat breton qui soutient Le Drian, au moment même ou les artisans et les dirigeants de TPE ou de PME se tournent de plus en plus vers le FN.

Ces échecs à répétition amèneront-t-ils un changement d’attitude au soir du second tour, à des nouveaux positionnements et à une remise en question profonde ? Rien n’est moins sûr.

Photo : DR
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3 Commentaires

  1. En entrée de campagne, sur le papier,Marc Le Fur avait les principales caractéristiques pour l’emporter haut la main.
    Non seulement, comme l’article en souligne quelques-unes, beaucoup erreurs basiques ont été cumulées, mais pire, le programme était peu lisible, disponible très tardivement sur son site et au final n’avait rien d’un programme « booster » ni pour la Bretagne que pour les bretons.
    En se référant à son livre, on attendait franchement une autre dynamique qui aurait emmené la Bretagne vers une plus grande maîtrise des affaires bretonnes par les bretons eux-mêmes … Dommage … on aurait gagné quelques années sur la voie d’une première autonomie.
    Peu importe le résultat du 2nd tour, l’avenir de la Bretagne ne se conjuguera pas avec des partis traditionnels, y compris le FN qui copie déjà bien ses 2 « aînés » autant sur le fond que sur la forme !

  2. Je partage le constat du Malouin : alors que l’entrée en campagne (prématurée ?) s’annonçait prometteuse, sur une ligne claire et assumée, au fil de la non-campagne, les choses se sont étiolées et à l’arrivée, la cohérence du programme était difficile à trouver et c’était franchement décevant. Comme d’habitude, les centristes, dont toute l’action politique porte, ici comme ailleurs, à sinistriser un peu plus la vie politique et à faire élire la gauche, vont se lamenter et accuser Le Fur d’avoir été trop à droite. Cette élection aura été celle d’un beau gâchis.

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