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Les Lumières ? S’agit-il de la période ou des idées ? C’est, de manière logique, avant tout des idées qu’il s’agit avec le dernier numéro de Nouvelle Ecole. Disons d’emblée que la grande élégance de mise en page et de présentation fait de cette revue de haut niveau une revue qui est agréable à avoir en main. Pour une revue qui eut pu s’appeler Plein soleil, quoi de plus logique que de s’attacher à comprendre les Lumières ? Ajoutons que les caractères d’imprimerie relativement grands réjouiront les myopes et divers malvoyants.

Abordons le fond. Le numéro est en bonne part axé sur les rapports entre la Révolution française et les Lumières. On sait certes que la plupart des penseurs français des Lumières encore vivants ont été hostiles à la Révolution (voire guillotinés). Mais les liens d’idées ne se résument pas aux itinéraires.

Eric Maulin étudie comment les Lumières voient se structurer la pensée libérale. La recherche du bonheur et le goût du « doux commerce » deviennent l’archétype d’une nouvelle économie, et aussi d’une nouvelle société, qui deviendra post-agricole et post-rurale, et dont toutes les valeurs changeront. Marc Muller revient sur le lien entre libéralisme philosophique et libéralisme économique, dans un article où l’influence de Jean-Claude Michéa est très présente. Alain de Benoist réactualise son étude sur Rousseau et les Lumières (en fait sa thèse est : Rousseau contre les Lumières) non sans montrer, à la suite de Pierre Manent, les limites du pari intellectuel de Rousseau (que je soulignais aussi dans L’Effacement du politique).

Francis Moury fait connaitre un texte tardif de Kant, à une époque où sa santé allait lui interdire de continuer d’écrire, texte sur La doctrine du droit, dont Moury fait une analyse lumineuse. Pierre de Meuse s’attache à la pensée de la Contre-Révolution, ce qui permet de voir les Lumières de l’autre côté du miroir, explorées par ses ennemis, regard jamais inutile. Thierry L’Aminot montre comment Max Stirner critique aussi bien le progressisme des Lumières, que celui de Rousseau (qui ne mérite peut-être pas ce qualificatif de « progressiste ») et les idéologues de la Révolution française, sans compter, ensuite, les premiers penseurs du socialisme tels Louis Blanc, Etienne Cabet et d’autres, héritiers indirects d’un certain progressisme des Lumières.

Cette coupe transversale revêt un caractère scientifique qui, souhaitons-le, devrait avoir quelques échos. Bien sûr, d’autres aspects auraient pu être soulignés sur un sujet aussi important et vaste. Les problématiques soulevées par Ernst Cassirer (La philosophie des Lumières) restent importantes et fécondes, notamment le rapport très ambigu des Lumières à la religion qu’elles souhaitent rénover plus que détruire. Il faut aussi souligner la césure qui intervient, dans la pensée des Lumières, entre les néo-cartésiens, fussent-ils critiques de Descartes (Malebranche, Spinoza, Leibniz) et Kant, qui introduit une rupture radicale avec la théorie de la connaissance de Descartes. Il y a non seulement deux époques des Lumières mais deux mouvements dans celles-ci, et, en un sens, le second mouvement, celui de Kant qui est aussi celui de Rousseau  – que Kant tenait en haute estime intellectuelle –, ce second mouvement contredit le premier, en détruisant l’édifice cartésien encore arcbouté sur l’argument ontologique de saint Anselme sur la preuve de l’existence de Dieu. Autant dire que le sujet n’est pas épuisé, mais que l’on aura grand profit à avoir sous le coude cette livraison de Nouvelle Ecole.

Pierre Le Vigan

Nouvelle Ecole, « Les Lumières », 65, 2016, 25 €

Au sommaire :

  • Attraction, sympathie et « doux commerce » dans la pensée des Lumières (Éric Maulin)
  • Les Lumières contre la guerre civile (Marc Muller)
  • L’historiographie des guerres de Vendée (Jean-Joël Brégeon)
  • L’héritage intellectuel de la Contre-Révolution (Pierre de Meuse)
  • Rousseau contre les Lumières (Alain de Benoist)
  • La doctrine kantienne de la peine de mort (Francis Moury)
  • Max Stirner, critique de la religion et des Lumières (Tanguy L’Aminot)

Et aussi

  • Versailles, la grande synthèse de la culture occidentale (Yves Branca)
  • Homère dans la Baltique (Felice Vinci)
  • Les royaumes thraces – au-delà des légendes (Valeria Fol)
  • Deux livres d’Alexander Jacob (Jean Haudry)

Dernier livre paru de Pierre Le Vigan :

Soudain la postmodernité
20 € + frais de port (4,20 €)

courriel :
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1 COMMENTAIRE

  1. Quand un ouvrage, ou sa recension comme la vôtre traite du mythe des Lumières sans citer nommément la franc-maçonnerie, il y a tout lieu de penser que son auteur est soit membre, soit sympathisant de ladite secte.
    J’ai aussi bien ri à la lecture de ce doux euphémisme:  » le rapport très ambigu des Lumières à la religion « .
    Très décevant de la part de ce site. Je ne m’attendais pas à y trouver des contributeurs aussi « éclairés ».

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