11/02/2016 – 07h00 Dublin Breizh-info.com) – Vendredi 5 février 2016 : un commando déguisé en policiers du SWAT fait irruption dans la salle de réunion du Regency Hôtel, à Dublin. Une pesée de boxe a effectivement lieu dans l’hôtel à ce moment là, en prévision d’un match. Les membres du commando sont armés de fusils d’assaut (AK47) et ouvrent le feu, tuant David Byrne et blessant deux autres individus avant de prendre la fuite. David Byrne, 33 ans, est connu pour être lié au milieu de la drogue à Dublin. Un milieu qui, chaque année, écoule une marchandise entrainant la dépendance, la violence, la mort chez de nombreux jeunes Irlandais.

Lundi 8 février : un individu appelle la BBC et revendique, au nom de l’IRA-Continuité (CIRA), l’exécution. L’IRA Continuité explique notamment que David Byrne était lié à l’assassinat, en septembre 2012, d’Alan Ryan, membre de l’IRA provisoire (une autre branche de l’armée de libération irlandaise). L’homme annonce également qu’une lutte contre les trafiquants de drogue va s’engager : « Ce ne sera pas un incident isolé. Les unités d’IRA-Continuité ont été autorisées à mener d’autres opérations. D’autres dealers et criminels vont être ciblés. »

Lundi 8 février toujours : d’autres individus se revendiquant de l’IRA Continuité assurent que l’organisation n’a rien à voir avec le meurtre du vendredi et que toute cette opération vise à salir la cause républicaine irlandaise.

Mardi 9 février : toujours à Dublin, un deuxième meurtre est commis . C’est Eddie Hutch qui est abattu ; il était chauffeur de taxi de 59 ans connu de la police notamment pour des vols mais également le frère de Gerry Hutch (figure de la criminalité dublinoise, aussi surnommé « The Monk »), et l’oncle d’un autre criminel, Gary Hutch, tué en Andalousie en septembre 2015.

A Dublin, la police est sur les dents ; des barrages filtrants ont même été mis en place à plusieurs endroits de la capitale irlandaise. Difficile de savoir si ces meurtres sont imputables uniquement à une guerre entre gangs de la drogue ou si – comme la revendication de lundi le laisse entendre, l’IRA Continuité reprend du service. Depuis les accords de paix de 1998 et le renoncement à la violence intervenu en 2005, l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise) a laissé la place à plusieurs groupes dissidents, refusant le processus de paix. Il s’agit notamment, de l’IRA véritable et de l’IRA continuité qui sont suspectés de plusieurs exécutions ou attentats ces dernières années. En 2014 des engins explosifs furent envoyés dans des centres militaires en Irlande du Nord. Mais c’est la lutte contre le trafic de drogue et les dealers qui semble constituer le plus gros de l’action de ces nouveaux militants nationalistes irlandais radicaux. En 2014, le magazine Vice avait consacré un reportage à ces groupes, notamment à Derry, qui mènent une véritable guerre – salutaire aux yeux de nombreux Irlandais, catholiques comme protestants – contre la drogue.

Selon le quotidien Irish Times, ces deux meurtres s’inscrivent dans la guerre entre des gangsters du nord de Dublin et un groupe criminel irlandais basé en Espagne, les «Christy Kinahan». Ces gangs se disputent des «territoires» à Limerick et Dublin et dans les banlieues voisines de Crumlin et Drimnagh. Cette guerre des gangs aurait déjà fait plus de 30 morts ces quinze dernières années.

De leur côté, les anciens membres ou proches de l’IRA devenus des notables respectables et respectés, comme Gerry Adams, condamnent avec fermeté cette violence , le Sinn Fein allant même jusqu’à refuser toute filiation entre l’IRA historique et l’IRA continuité.

Implication ou pas de l’IRA dans ces deux meurtres, en cette année de centenaire de Pâques 1916 , mais aussi, pour les protestants irlandais, de centenaire de la bataille de la Somme, un sérieux regain de tension n’est pas à exclure. Avec comme fond un mélange de communautarisme et de lutte contre le trafic de drogue qui s’étend en Irlande.

 

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