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18/03/2016 – 08h00 Miami (Breizh-info.com) – Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info ! L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

La primaire républicaine post-15 mars 2016 : une course à deux ou à trois ?

La victoire de Donald Trump

La soirée électorale du 15 mars riche en événements. La principale information : Donald Trump a finalement été en mesure de remporter une véritable victoire. Avec cinq Etats et territoires gagnés sur les six, dont la Floride – Etat pour lequel le vainqueur remporte tous les délégués – « The Donald » est parvenu à remporter une solide majorité et à creuser l’écart avec son adversaire principal, le sénateur Ted Cruz. Il est aussi parvenu à éliminer de la course celui qui a été le plus offensif : le sénateur Marco Rubio.

Il possède désormais 39% de délégués de plus que Ted Cruz et dépasse à lui seul l’addition des délégués de ses deux derniers adversaires en lice.

Alors, Donald Trump a-t-il gagné la primaire républicaine ?

La réalité est plus complexe, au grand dam du milliardaire. A ce jour, il a remporté 673 délégués sur les 1563 déjà désignés. Seuls 946 sont encore possibles à gagner. Pour devenir le candidat du parti républicain, il lui faudra obtenir 60% des délégués restants.

Grâce aux résultats du 15 mars, Donald Trump est parvenu à s’imposer comme l’incontestable favori de la primaire. Il reste cependant fragile et peut encore perdre cette course. Le fait qu’il n’a toujours pas dépassé la barre des 50% dans un Etat conforte l’argument de ses adversaires affirmant qu’une proportion majoritaire de l’électorat de droite ne veut pas de sa candidature.
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*Les règles de chaque Etat diffèrent et peuvent faire légèrement évoluer le nombre de délégués « libres » en fonction de la tenue des différentes conventions qui se tiendront au cours des mois d’avril, de mai et de juin, ainsi qu’en fonction des règles qui seront votées au début de la convention. Ce chiffre est donc indicatif et pourrait varier d’ici à la mi-juillet de la manière suivante : les délégués gagnés par un candidat qui a abandonné la course pourraient finalement leur être liés plutôt que « libres ».

L’effondrement de Marco Rubio et la surprise de John Kasich

Les deux principaux enjeux du 15 mars étaient la Floride – Etat d’origine de Marco Rubio – et l’Ohio – Etat dont John Kasich est le gouverneur. Perdre chez eux signifiait la fin de leurs campagnes respectives. A l’inverse, une victoire dans les deux Etats de la part de Donald Trump lui aurait quasiment assuré la nomination.

Marco Rubio, élu TEA Party en 2010, est rapidement devenu le favori des cadres du parti républicain et des représentants et des sénateurs de Washington. Sa campagne a débuté sur des bases solides, un grand nombre de soutiens et une grande capacité à lever des fonds. Les premiers résultats des votes ne lui ont pas permis d’obtenir de victoire, mais l’abandon de nombreux candidats semblait devoir lui bénéficier. Au cours des dernières semaines, des élus de droite de l’ensemble du pays sont venus le soutenir et annoncer qu’ils souhaitaient le voir représenter le parti aux élections de novembre. Dans le passé, un tel mouvement était vu comme positif, permettant d’engranger de la crédibilité et une stature présidentielle aux yeux des électeurs. Hélas pour Marco Rubio, 2016 était la pire année pour un tel mouvement. Avant lui, tous les candidats soutenus par les dirigeants du parti républicain ont été éliminés. Une fois qu’il est devenu le dernier recours de « l’establishment », au lieu de renforcer sa position, le sénateur de Floride a vu le nombre de ses électeurs diminuer. Progressivement, sa base s’est tournée vers Ted Cruz et John Kasich. Après avoir fini deuxième dans plusieurs Etats clefs au début de la compétition, Marco Rubio a fini par s’effondrer, finissant troisième ou quatrième dans chaque primaire et chaque caucus depuis le 1er mars (à l’exception de la Floride, de Washington DC et de Puerto Rico). Les électeurs républicains ont clairement fait passer un message cette année : ils ne veulent plus d’élus de droite qui négocient avec les démocrates. Alors que le sénateur Rubio était parmi les élus les plus libéraux (au sens Européen du terme), le soutien de l’establishment a condamné sa campagne, le conduisant à une sévère défaite face à Donald Trump dans son Etat et le forçant à abandonner la course à l’issue de ces résultats.

De son côté, le gouverneur de l’Ohio John Kasich a réalisé ce que beaucoup d’observateurs ne pensaient pas possible il y a quelques semaines : sans aucune victoire avant le 15 mars et un soutien populaire particulièrement faible, il a décidé de rester seul contre tous dans la course jusqu’à la primaire de son Etat, affirmant qu’il pouvait le gagner. Il est parvenu à réaliser son pari.

Le problème du gouverneur Kasich est : où aller maintenant ? Le candidat a dépensé la majorité de ses fonds dans cet Etat et au New Hampshire. Il n’a qu’une structure de campagne embryonnaire en dehors de l’Ohio. Il est pourtant parvenu à créer la surprise en récupérant un grand nombre d’électeurs en Illinois, au Missouri et en Caroline du Nord, certains analystes affirmant même que cette percée inattendue du gouverneur a coûté la victoire à Ted Cruz dans ces trois Etats.

L’abandon du sénateur Rubio peut être une opportunité pour lui. Beaucoup de dirigeants du parti républicain n’apprécient ni Ted Cruz ni Donald Trump. Il reste un nombre minoritaire mais conséquent d’électeurs qui suivent la même ligne. Si ces derniers ne souhaitent voter ni pour Cruz ni pour Trump, alors John Kasich pourrait être leur dernière possibilité. Son problème est qu’il ne reste pas assez de délégués pour qu’il remporte la primaire. Même s’il remportait 100% des délégués restants, une hypothèse proche de l’impossible, il n’en aura obtenu que 1089, soit un nombre insuffisant pour remporter la convention. Son seul espoir est qu’aucun de ses adversaires ne dépassent le chiffre de 1237, que la convention devienne chaotique et que par défaut, les républicains finissent par se tourner vers lui : une hypothèse peu probable à ce jour.

Le cas Ted Cruz

Ted Cruz sort-il gagnant ou perdant du vote du 15 mars ? En n’ayant gagné aucun Etat et perdu du terrain face à Donald Trump, le sénateur du Texas semble avoir essuyé un terrible échec cette semaine. Il n’était favori ni pour la Floride ni l’Ohio. Il était donné perdant en Caroline du Nord. Plusieurs observateurs s’attendaient à sa victoire au Missouri et potentiellement en Illinois. Il n’a obtenu aucun des deux.

Cependant, la stratégie de Ted Cruz était de faire profil bas pendant cette journée. Son objectif : rester le seul candidat en lice face à Donald Trump pour le battre en un contre un dans l’ensemble des Etats restant jusqu’au 7 juin. En effet, en cas de duel, tous les sondages donnent Cruz gagnant.

Le sénateur a réalisé l’un de ses objectifs : la défaite de Marco Rubio pourrait lui permettre de récupérer une majorité de ses voix. De plus, il est aujourd’hui – avec Donald Trump – le seul candidat à avoir la possibilité d’obtenir les 1237 délégués nécessaires. Ted Cruz affirme de ce fait qu’il s’agit désormais d’un duel entre Trump et lui.

Le problème du sénateur est que son affirmation est fausse. La présence de John Kasich change la donne. Ce dernier est parvenu – nous l’avons vu – à augmenter considérablement ses scores au cours des derniers scrutins, passant devant Marco Rubio dans plusieurs d’entre eux. Même si Donald Trump continue à ne pas dépasser les 50% dans les prochains votes mais que les électeurs de ses adversaires continuent à se diviser entre Cruz et Kasich, alors le pari du sénateur du Texas pourrait être perdu, menant soit à une victoire définitive de Donald Trump, soit à une convention nationale divisée au mois de juillet. Pour cette raison, la victoire du gouverneur Kasich en Ohio remet partiellement en cause la stratégie de Ted Cruz. Les premiers sondages post-15 mars le démontrent : en Arizona et en Californie, Donald Trump reste très loin des 50% d’intentions de vote (il y est respectivement à 31% et 38%) mais la division continuelle de ses adversaires lui permet de rester en tête.

Les prochaines étapes électorales

Au cours des prochains mois, le rythme des primaires républicaines et démocrates va fortement ralentir, passant d’un rythme de plusieurs Etats tous les trois jours à un ou deux Etats par semaine, ce jusqu’au 7 juin prochain. Il s’agit là d’une situation non-prévue. Dans les primaires précédentes, le favori avait généralement accumulé beaucoup plus de délégués que ses adversaires. En 2012, Mitt Romney a remporté un total de 1575 délégués (sur 1144 nécessaires) tandis que ses deux principaux adversaires, Rick Santorum et Ron Paul, ne sont parvenus à accumuler chacun respectivement que 245 et 177 délégués. Il y a quatre ans, la primaire a duré plus longtemps dû à un calendrier électoral plus étendu (du 3 janvier au 26 juin). Cependant, malgré un début de campagne difficile, aucun de ses adversaires n’a réellement réussi à menacer le favori Mitt Romney.

Cette très longue primaire a pourtant été considérée comme une difficulté par les cadres du parti républicain. Ces derniers ont tiré la conclusion que la défaite de novembre 2012 face au président Obama venait de la trop longue division de l’électorat de droite à cause du calendrier. Afin d’éviter que ceci ne se reproduise, une primaire plus resserrée a été mise en place avec un majorité d’Etats et territoires ayant voté avant le 16 mars. Le pari des dirigeants était qu’ainsi, un candidat serait parvenu à gagner la primaire dès le mois de mars pour pouvoir se mettre en ordre de bataille contre le ou la candidat(e) démocrate le plus tôt possible. Cette stratégie est un échec.

Avec les délégués qu’il a déjà obtenus et dans l’hypothèse où il remporterait désormais 100% de tous les délégués dans tous les Etats à venir (ce qui est improbable étant donné la structure des scrutins dans ces Etats), Donald Trump ne dépasserait le chiffre des 1237 que le 17 mai. Il faudra donc attendre le 7 juin et le vote des cinq derniers Etats pour savoir si un candidat parviendra à atteindre une majorité de délégués à la convention nationale. Si aucun candidat ne dépasse les 1237, alors le désigné républicain pour la présidentielle ne sera vraisemblablement connu que le 20 ou le 21 juillet 2016.

Cette situation est historique. Il n’y a pas eu de d’élection aussi serrée à droite depuis 1976 lors de la primaire entre le président Ford et Ronald Reagan.

L’état de la primaire républicaine

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Retrouvez les articles précédents :

1 – L’Iowa et Ted Cruz (5 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/05/usa-iowa-retour-sur-la-victoire-de-ted-cruz-aux-primaires-republicaines/)

2 – Le New Hampshire et Donald Trump (12 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/12/new-hampshire-retour-victoire-trump-primaire-republicaine/)

3 – Le décès du juge Scalia (19 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/19/elections-usa-les-consequences-du-deces-du-juge-scalia/)

4 – L’ascension de Donald Trump (26 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/26/39697/etats-unis-donald-trump-poursuit-son-ascension)

5 – Qui a réellement gagné le Super-Tuesday du 1er mars ? (4 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/04/40056/elections-americaines-qui-a-gagne-super-tuesday)

6 – La convention républicaine de 2016 : l’arrivée d’une crise politique majeure ? (11 mars 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/03/11/40308/elections-americaines-convention-republicaine-de-2016-larrivee-dune-crise-politique-majeure)

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