White power

26/02/2016 – 11h00 Caroline du Sud (Breizh-info.com) –  Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info. L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouvel homme fort de l’autre côté de l’Atlantique.

Les votes dans deux Etats clefs : la Caroline du Sud et le Nevada

Cette semaine, deux États se sont prononcés dans la continuation des primaires. Du côté démocrate, le Nevada a finalement donné une courte victoire à Hillary Clinton. Quant à la Caroline du Sud, elle votera le 27 février. Chez les républicains, Donald Trump est parvenu à remporter les deux États – sans pour autant réussir à dépasser la barre des 50%. Ses principaux adversaires, les sénateurs Marco Rubio et Ted Cruz se sont retrouvés les deux fois quasiment à égalité dans les deux États. Les autres candidats sont arrivés loin derrière. Jeb Bush, le frère et le fils des deux ex-présidents du même nom, a abandonné la course après être arrivé en quatrième position en Caroline du Sud.

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Ce résultat a redonné du souffle à la campagne de Hillary Clinton qui commençait à être comparée à celle qu’elle a conduite – et perdue – en 2008 face à Barack Obama. Elle est aussi considérée comme la favorite en Caroline du Sud. Pour autant, Bernie Sanders continue de progresser et il semble que cette élection ressemble de plus en plus à celle de 2008 et pourrait durer.

Pour Donald Trump, cette double victoire lui redonne aussi un second souffle et lui permet de s’imposer comme le favori d’une primaire dans laquelle il y a toujours un grand nombre de candidats. Paradoxalement, ces victoires ont créé un important mouvement pour s’opposer à sa candidature. De nombreuses voix de conservateurs et de cadres du parti républicain sonnent l’alarme, affirmant qu’une victoire de Donald Trump serait particulièrement dommageable pour le parti et son image. Ce mouvement anti-Trump reste profondément divisé. Qui de Marco Rubio ou Ted Cruz est le mieux placé et possède la plus grande cohérence philosophique conservatrice et libérale (libertarian) pour s’opposer à Trump ? Ses adversaires étant divisés « Le Donald », comme les journalistes l’appellent outre-Atlantique, parvient à accumuler les victoires. Cela sera-t-il suffisant pour l’un de ces trois camps ou bien le parti républicain se dirige-t-il vers ce que l’on appelle une « brokered convention » ?

Les primaires : une course aux délégués

Quatre États se sont désormais prononcés dans ces primaires. Il est temps pour nous de nous pencher sur la méthode de sélection des candidats. Chaque État votant individuellement, il serait difficile de définir le vainqueur simplement par l’obtention de 50% des voix sur l’ensemble des cinquante États. Les deux partis fonctionnent avec un système de délégués. Chaque candidat présente dans chaque État une liste de délégués qui s’engagent à voter pour lui au moment de la convention nationale qui se déroulera cet été. Pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle en tant que représentant du parti républicain ou démocrate, il faut obtenir 50%+1 de ces délégués.

Chaque État se voit affecter un nombre de délégués pour le représenter en fonction de son poids démographique. En fonction de la zone géographique qu’il représente et de sa population, les représentants de chaque parti de chaque Etat négocient avec le parti au niveau fédéral la date à laquelle il pourra tenir sa primaire ou son caucus ainsi que le nombre de délégués qui lui seront affectés. De même, chaque État doit décider, en accord avec le parti au niveau fédéral, si les délégués seront affectés à la proportionnelle ou sous le système de « winner takes all », c’est-à-dire que le gagnant remporte tous les délégués même s’il n’a pas reçu 50% des voix. Enfin, dans les États qui sélectionnent leurs délégués à la proportionnelle, un bonus peut être donné au gagnant ou un malus à ceux qui ne dépassent pas un certain score (moins de 10% ou de 20% par exemple).

Une fois arrivés à la convention nationale, bien que les deux systèmes soient semblables, les deux partis ont chacun leur particularité. Premièrement, le nombre de délégués n’est pas le même. Les républicains affectent 2472 délégués, rendant nécessaire à un candidat de gagner 1237 d’entre eux pour devenir le candidat officiel du parti. Du côté démocrate, 4763 délégués sont à affecter et 2382 sont nécessaire pour gagner la primaire. Dans ce parti, il existe une différence particulièrement importante : l’existence des super-délégués. Ils sont au nombre de 712. Ils ne sont pas affectés par les victoires des candidats.

Il s’agit des cadres du Parti démocrate au niveau fédéral, les élus du Congrès et les dirigeants des Partis démocrates des différents États. Actuellement, nombre d’entre eux se sont prononcés en faveur de Hillary Clinton mais leur vote reste libre jusqu’au jour de la convention nationale. Leur nombre important est un facteur majeur dans la compétition démocrate. Ainsi, en 2008, une majorité des super-délégués s’était prononcée très tôt en faveur de Clinton. Cependant, le jour de la convention nationale, ni Hillary Clinton ni Barack Obama n’avaient obtenus suffisamment de délégués pour être désigné candidat du parti. Cependant, au cours du décompte, une majorité de super-délégués se sont rangés du côté du Sénateur Obama, forçant sa rivale à abandonner officiellement la course.

Enfin dans les deux partis, les délégués ayant été gagnés par un candidat qui a abandonné la course à la présidentielle peuvent voter pour le candidat qu’ils souhaitent. C’est actuellement le cas pour les quatre délégués gagnés par Jeb Bush, qui a abandonné la course après sa défaite en Caroline du Sud.

Etat de la course aux délégués dans les partis républicains et démocrates

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Un cas particulier : l’absence de majorité

A l’exception des super-délégués démocrates, dans les deux partis les délégués sont dans l’obligation de voter pour le candidat pour lequel ils ont été désignés au premier tour. Si à l’issu du premier tour du vote lors de la convention nationale, aucun candidat ne reçoit une majorité, le parti se retrouve dans la situation d’une brokered convention, sans candidat désigné.

En théorie, cela ne sera pas possible pour le parti démocrate cette année car il n’y a que deux candidats en lice. Le cas pourrait se présenter si un nombre important de super-délégués décidaient de s’abstenir si aucun des deux candidats n’avait accumulé assez de délégués.

Pour le parti républicain, la question se pose bien plus. L’abandon de nombreux candidats a fait que désormais, la course se réalise réellement entre trois adversaires : Donald Trump, Marco Rubio et Ted Cruz. Bien que Trump soit parvenu à obtenir pour le moment le plus grand nombre de délégués, cela ne représente que 6% des voix dont il a besoin pour gagner la primaire. S’il reste le candidat qui attire le plus de soutiens, il est en même temps le candidat le plus impopulaire avec 60% des américains ayant une mauvaise image de lui . Si les électeurs continuent à donner une légère avance à Trump mais à avoir une opinion divisée entre ces trois candidats, il est alors tout à fait possible que le parti républicain se retrouve à ne pas avoir de candidat désigné juste avant la convention, conduisant à une brokered convention.

Que se passe-t-il dans ce cas ? Dans les deux partis, les délégués sont dans l’obligation de voter pour le candidat qu’ils représentent au premier tour. Une fois ce premier tour passé, si aucun candidat n’a été désigné, tous les délégués sont alors libres de voter pour la personne qu’ils souhaitent, même une personne qui ne s’est pas présenté comme candidat ! Il serait par exemple envisageable que devant la division du parti, certains délégués décident de voter pour Mitt Romney, le candidat de 2012, afin de réunifier les différentes factions républicaines. Les délégués vont ainsi se mettre à voter, des négociations vont prendre place entre chaque tour jusqu’à ce qu’une personnalité reçoive au moins 50% des voix et accepte la nomination pour la présidence (la personne est libre refuser la nomination, relançant alors les votes).

Ce cas de figure est arrivé de nombreuses fois dans tous les partis politiques américains, en particulier avant que le système des primaires ne se mette en place à partir de 1912. Avant cela, le système des super-délégués était la règle dont hérite toujours le parti démocrate.

La dernière brokered convention date de 1952. Le record de la convention la plus divisée fut la démocrate de 1924. Les délégués et super-délégués ont dû voter 103 fois avant que John Davis reçoive finalement une majorité et qu’il accepte de représenter le parti.

Les primaires des prochains jours nous donneront une bonne indication du risque de voir un tel événement se réaliser dans le camp républicain.

Les prochaines étapes électorales

Les prochains votes cruciaux auront lieu demain pour le Parti démocrate, qui va tenir sa primaire en Caroline du Sud. Cependant, le véritable enjeu va se tenir le mardi 1er mars, lors de ce que l’on appelle le « Super-Tuesday » (super-mardi).

Ce jour-là, douze États vont voter en même temps dont les premiers parmi les plus peuplés du pays à savoir le Texas, la Virginie et le Massachussetts. Il est difficile d’anticiper ce qui va s’y passer. Dans les deux partis, il est plus que probable que plusieurs candidats vont gagner plusieurs États. Du côté démocrate, il y a peu de doutes sur le fait que les deux candidats vont remporter plusieurs primaires.

En revanche, du côté républicain, le vote « anti-Trump » restant divisé, il se pourrait que le milliardaire profite de cette situation et parvienne à remporter une majorité d’États. Si c’était le cas, alors il deviendrait particulièrement difficile pour ses adversaires de parvenir  à obtenir la nomination.

Prochaines primaires républicaines

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Retrouvez les articles précédents :

1 – L’Iowa et Ted Cruz (5 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/05/usa-iowa-retour-sur-la-victoire-de-ted-cruz-aux-primaires-republicaines/)

2 – Le New Hampshire et Donald Trump (12 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/12/new-hampshire-retour-victoire-trump-primaire-republicaine/)

3 – Le décès du juge Scalia (19 février 2016) (http://www.breizh-info.com/2016/02/19/elections-usa-les-consequences-du-deces-du-juge-scalia/)

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