06/06/2016 – 05H00 France (Breizh-info.com) – L’Euro 2016 approche, et avec lui, bon nombre de fantasmes, de supputations, de rumeurs et d’analyses de bureau à propos des supporteurs dits hooligans qui vont arriver en France en ce mois de juin. On a ainsi pu lire que le hooliganisme en Allemagne serait en recul alors qu’il n’a jamais été autant en regain depuis quelques années Et il suffit maintenant que quelques individus lancent une menace sur Facebook – comme c’est le cas avec des ultras slovaques parlant de « chasser l’anglais » lors de la confrontation Slovaquie – Angleterre de Saint Etienne  le 20 juin – pour qu’une certaine presse et les autorités  déraillent.

Pierre Vuillemot, fondateur du site internet footballski.fr , un site spécialisé dans le football de l’Europe de l’Est, déclare ainsi à France Bleu : « La plupart du temps les débordements ont lieu à l’extérieur des stades, dans des champs ou dans des forêts. Ils ont tout à fait les moyens de se déplacer avec d’autres groupes. Et cela sera sûrement organisé » en évoquant donc un éventuel rendez-vous organisé entre supporteurs anglais et slovaques.

Pourtant, n’importe quel observateur du monde des supporteurs au Royaume-Uni sait parfaitement que, contrairement aux supporteurs de l’Est qui en ont fait une de leur spécialité, les Anglais et leurs voisins n’ont jamais apprécié les « bagarres organisées », les « fights » comme adorent à l’écrire quelques plumes en mal de sensation.

« Nous les salles de musculation et les piqures toute l’année pour se muscler, ça n’est pas notre délire » nous explique Neil, un supporteur de 42 ans faisant partie du contingent « dur » du Pays de Galles et de Cardiff. « Nous on suit notre club ou notre pays, on va au pub et au match, et si une bande veut en découdre, ça s’improvise. Pas question de bagarres dans les forêts, c’est débile. Les seules choses qui ne s’improvisent pas sont la façon de pouvoir parvenir sans difficulté dans les ville où nous voulons aller suivre notre club.».

Neil fait également référence à ces nombreux supporteurs obligés de rendre leurs passeports sous peine de prison, durant toute la durée de l’euro. Il n’aime pas les journalistes « qui racontent n’importe quoi à longueur d’années sur les supporteurs. On ne les voit jamais sur le terrain pourtant . Quand on lit certains articles, on sent une certaine frustration chez certains de ne pas pouvoir faire comme nous, la fête, le football, et la bagarre pour conclure.».

Neil viendra en France avec sa femme et des amis : « on a payé presque 6000 euros chacun pour trois semaines de vacances ». Fidèle supporteur du Pays de Galles, toujours bagarreur « parce qu’il faut bien s’amuser un peu », libre de retourner au stade et de se déplacer depuis quelques années déjà, il fera partie des dizaines de milliers de fans gallois qui vont déferler sur la France en juin.

Malgré ses 42 années, dont plus de 30 ans à suivre ses équipes fétiches, la passion ne l’a pas quitté, et il sera présent en France en juin « jusqu’à ce qu’on remporte la coupe ».

La poule de la mort ? « C’est l’Angleterre qui nous intéresse avant tout. Là c’est le match d’une vie, les joueurs ont pas intérêt à l’oublier. Nous ne l’oublierons pas. » Il nous parle d’un gros contingent de supporteurs à venir et des tensions liées à ce match. « On ne va quand même pas s’écraser devant les Anglais ». Il nous explique que c’est mission impossible pour les autorités de pouvoir tout contrôler. « Chez nous, la police contrôle et verrouille, ils savent faire. En France vous vous souvenez de 1998 ? La loose, vos autorités ».

D’autant plus que, comme Neil l’explique, les Gallois, comme les Anglais, voyagent et se déplacent unis, supporteurs durs avec supporteurs lambdas . « Avec le soleil et la boisson, tout le monde devient un dur quand nous sommes à l’extérieur ».

 La Russie et la Slovaquie ? Ca ne l’intéresse pas particulièrement au niveau des supporteurs « on ne craint personne ! » dit-il tout en espérant « passer la poule » et jouer éventuellement la Turquie en huitième : « Tout le monde a envie de jouer la Turquie en Europe. Tout le monde a de bonnes raisons pour détester leurs supporteurs dont la réputation n’est plus à faire ». Avant de conclure sur ce sujet : « ils ne devraient même pas être en coupe d’Europe de toute façon ».

Quand nous revenons sur la sécurité, sur les mesures prises (contrôle dans les Fans Zones, restriction de l’alcool), le Gallois nous affirme : « votre police est ridicule et sera dépassée par les évènements. Elle ne sait pas y faire avec les supporteurs. Chez nous, elle est bien organisée, et il y a nettement moins d’incidents avec elle» . Manifestement connaisseur de l’actualité locale, il prédit « une police fatiguée, qui n’aime pas son gouvernement, et qui risque de se faire malmener si elle se montre trop agressive avec les supporteurs ». « Nous ne sommes pas des étudiants qui manifestent, nous sommes Gallois ! » tout en évoquant également les autres nations, notamment celles de l’Est. « Il va y avoir un grand nombre de supporteurs durs. Ça va être rock and roll !». 

Quand nous l’interrogeons sur les déclarations du hooligan anglais James Shayler évoquant une alliance à Marseille entre Russes et Anglais « contre les musulmans », Neil acquiesce : « il y a un temps pour faire la fête et se battre entre nous, mais il faut aussi savoir s’unir pour des causes plus importantes, et je crois que nous sommes tous touchés par l’islamisation, chez vous comme chez nous » tout en recadrant : « à Marseille, en 98, ce sont les immigrés qui ont attaqué les Anglais, pas le contraire, contrairement à ce que tous les médias répètent en boucle».

 SOS Racisme a par ailleurs demandé à ce que James Shayler soit interdit de territoire en France suite à ses déclarations.

Sur la menace terroriste qui planerait sur l’euro, Neil nous confie : « c’est pour ma femme ou mes gamins que j’aurai le plus peur. Nous, si on voit des types louches, nous nous en occuperons ! ».

Comme Neil, ils sont sans doute des milliers d’Européens – appelés hooligans mais en réalité des durs vivant comme Monsieur Tout le Monde –  à avoir prévu de venir en France, « pour la nation, pour la fête, le football, et la bagarre ». 3000 d’entre eux ont toutefois déjà été interdits d’entrer sur le territoire français.

Yann Vallerie

Crédit photo : DR
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11 Commentaires

  1. Vous dites :  » lors de la confrontation Slovaquie – Angleterre de Saint Etienne le 20 juin –  » ?

    Ne parlez donc pas de « CONFRONTATION » ! Il n’y a pas, il ne doit pas y avoir de « confrontation » !

    Il y a, naturellement, une RENCONTRE SPORTIVE ! Du sport ! C’est tout !

    Je rappelle à toutes fins utiles que dans les années soixante, j’ai assisté à une rencontre de « football » dans l’ancien parc des princes. Quelques agents de la circulation aux carrefours, deux ou trois patrouilles par paires de policiers dans les couloirs, accès et tribunes. C’était tout ! Tout se passait parfaitement. On entrait et on sortait librement après avoir applaudi les belles « passes », le beau jeu, l’excellence montrée par les joueurs des deux équipes, de cette rencontre restée célèbre : REIMS- REAL de MADRID. Nous n’étions pas sectaires, nous avions notre préférence, voilà tout et nous sortions en discutant des plus et des moins observés avec les « supporters » des deux équipes.

    Voilà ce qu’il faut retrouvé. COMPLETEMENT !

    • Tout à fait d’accord avec vous voilà ce que devrait être le foot un bon moment de sport d’équipe a partager en famille, entre amis, entre passionnés, entre supporters et ce sans confrontation comme ils le font régulièrement. ….c’est quoi le foot maintenant c’est des joueurs, un staff, des dirigeants, des journalistes, des publicitaires, des médias ( et j’en oubli ) qui palpent un max de tunes et les supporters la dedans des malheureux pour certains qui vont se sacrifier pour s’offrir un billet, pour d’autres des VIE et les autres des abrutis qui cherchent la confrontation alors il est où le sport là dedans ou alors j’ai rien compris ??????

  2. Comme la Bretagne ne peut pas présenter une équipe du fait du blocage de la République des Droits de l’Homme, le Pays de Galles défendra les couleurs de tous les Bretons (insulaires et continentaux)!

    Vive le Pays de Galles et vive la Bretagne!

  3. D’ accord avec Alain Martin.
    Que pensez de remarques du genre : il n’y a plus d’ambiance à Paris, le public est devenu plus bourgeois. Mais a-ton oublié le supporter tué et la lutte contre les hooligans pseudo supporters du PSG? » ou encore  » à Rennes, le public n’est pas chaud »
    Qui déplore cela ? la presse spécialisée foot! La même qui déplore les violences ensuite quand elles se produisent.
    Je pense qu’il est normal ( sinon légitime) d’interdire à des groupes de supporters de se rendre dans tel ou tel stade en répression après des épisodes violents.
    Pourtant il est des personnes pour s’indigner sur la privation de cette liberté! Quelle liberté? celle de se cogner dessus?

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