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01/07/2016 – 11H30 Rennes (Breizh-info.com) –Les fidèles de la communauté traditionnelle de la chapelle Saint-François à Rennes, dont l’archevêque Mgr d’Ornellas essaie de précipiter la fin en rompant la convention entre le diocèse et l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) qui dessert la chapelle, sont allés prier publiquement devant la cathédrale de Rennes ce mercredi 29 juin. Une façon de fêter la Saint-Pierre, de souhaiter sa fête à l’évêque, Mgr Pierre d’Ornellas, et de montrer leur détermination.

Hubert des Minières, président de l’association Saint-Benoit de Nursie qui gère la chapelle depuis 1988, explique l’objectif : « Nous prions pour que notre évêque trouve la bonne inspiration dans sa décision concernant l’avenir de la chapelle ». Dans ces colonnes, il réaffirmait sa détermination à maintenir la communauté dans sa chapelle et à défendre la continuité de la messe traditionnelle qui y est célébrée depuis 1988, ainsi que la force d’une communauté soudée, solide, très active, et qui conjure avec efficacité la crise générale de la foi et des vocations qui n’épargne pas non plus la Bretagne et le diocèse de Rennes.

Plus de 150 fidèles se sont réunis devant la Cathédrale entre 19 heures et 20 h 30 pour dire un chapelet ; certains portaient des pancartes ou des T-shirts « Je suis Saint-François », ou « Pierre, m’aimes-tu », une interpellation que fait le Christ à l’apôtre Pierre dans l’Evangile. Parmi eux, de nombreux jeunes issus des quatre coins du département de l’Ille-et-Vilaine, témoins de l’attractivité d’une communauté traditionnelle qui fournit à l’Eglise plusieurs vocations sacerdotales par an, dirigées vers le séminaire de l’ICRSP à Gricigliano, en Italie, et non le séminaire inter-diocésain de Rennes. A l’issue, Hubert des Minières annonce la couleur : « nous sommes déterminés, on va renouveler et continuer ce genre d’actions ».

Mgr d’Ornellas semble fermer la porte à l’ICRSP

Ces dernières semaines, l’archevêque de Rennes s’est muré dans un double langage, que nous avons souligné à plusieurs reprises notamment ici et . Il répond enfin par le truchement de Ouest-France, historiquement proche de l’évêché quand celui-ci est tenu par des progressistes, dans l’héritage historique du Sillon et des « abbés démocrates ».

Ce 30 juin donc, l’archevêché semble fermer la porte à une poursuite par l’ICRSP de son apostolat à Saint-François de Rennes : « l’évêque de Rennes souhaite que la communauté de Saint-François continue de vivre sa foi selon son rite », à savoir le rite tridentin – qui correspond à la messe qui fut celle de toute la chrétienté avant le concile Vatican II. « Depuis huit ans, il y a cependant un fait nouveau : le diocèse, dont ces catholiques font partie, dispose désormais de prêtres susceptibles d’assurer le rite traditionnel ». La décision est renvoyée à plus tard : elle « fera l’objet, de la part de l’archevêché, d’une communication distincte et ultérieure à l’annonce du mouvement annuel de prêtres, qui devrait être officialisé, lui, en fin de semaine ». Un fidèle de Saint-François traduit : « en gros l’évêque espère prendre sa décision au cours de l’été, quand il n’y aura plus personne, et qu’en septembre tout le monde se soumette. Mais là il se plante grandement ».

Pour un membre de la communauté, « un ou plusieurs prêtres diocésains à Saint-François, cela signifierait la disparition de la vie paroissiale de Saint-François, ses nombreuses activités pour les familles et les jeunes, une communauté soudée et solide, auprès de laquelle l’ICRSP se dévoue depuis plus de 14 ans. Débordés dans un diocèse en déclin, les prêtres paroissiaux ne viendraient que le dimanche. » Du reste, de quels prêtres s’agirait-il ? Un temps pressenti par l’archevêque, au point qu’il l’a annoncé en l’église Saint-Hélier de Rennes le 19 juin dernier, l’abbé Paul de la Morinière a bien fait comprendre à ses fidèles – même si cette fois il ne s’est pas exprimé en public – qu’il refuserait toute affectation à Saint-François. En revanche, à Saint-Malo, l’abbé Lorta, qui célébrait déjà une messe traditionnelle l’été, à la chapelle Saint-Joseph depuis l’an dernier, a obtenu la permission d’en célébrer une pendant la semaine, à partir de la rentrée de septembre. Cependant, l’autorisation de cette célébration par l’évêque avait essentiellement été motivée par une volonté de faire concurrence à la Fraternité Saint Pie X, bien implantée à Saint-Malo avec sa chapelle Sainte-Anne.

Mgr d’Ornellas veut-il rallumer la guerre liturgique ?

Toute cette affaire autour de la chapelle Saint-François de Rennes, ainsi que la détermination de l’évêché à mettre fin à cette communauté catholique, par le double langage s’il le faut, renvoie à une époque récente, mais qu’on croyait révolue, lorsque la liturgie nouvelle a été imposée par la violence aux catholiques, dans le cours des années 1970 et 1980. Jean-Pierre Maugendre, qui préside Renaissance Catholique, rappelle, dans une chronique récente quelques faits de son adolescence dans le diocèse de Rennes. La nouvelle messe, en français, y a été imposée « en quelques mois » et « par la violence ».

Et le clergé ne lésinait pas sur les moyens pour faire suivre les ouailles : « Le Père Gagneux, dominicain du couvent de la rue de Brizeux à Rennes, avait obtenu l’autorisation de célébrer la messe selon l’antique rite dominicain à condition que cette célébration ait lieu à 5 heures du matin et sine populo. Les familles qui s’étaient repliées sur la messe dominicale de 8 h 30 à Saint-Germain, où se célébrait la messe selon la forme ordinaire mais avec le kyriale en latin, se voyaient régulièrement admonestées par le célébrant lorsque le communiant voulait recevoir l’hostie sur la langue : « Tendez-la main ! » Il y eut aussi les coups de pied dans les jambes pour faire se lever ceux qui souhaitaient communier à genoux. »

Jean-Pierre Maugendre continue ses souvenirs : « en 1987, il était toujours impossible de se marier en bénéficiant, pour la messe, de la forme extraordinaire du rite romain pourtant célébrée par un prêtre du diocèse de Rennes, oncle de la future mariée, détaché auprès d’un prestigieux établissement scolaire parisien. L’argument de l’évêque d’alors, Mgr Jullien, ancien curé de Saint-Louis à Brest, où de sa voix de stentor il fustigeait les nouveaux pharisiens qui faisaient une génuflexion avant de communier, était imparable : « Si je donne l’autorisation il y aura d’autres demandes. » On pourrait y ajouter le refus express de Mgr d’Ornellas, mentionné dans la lettre n° 287 de la Paix Liturgique – que la messe de funérailles du père Perrero, missionnaire de la Salette et premier desservant de la chapelle Sainte-François de Rennes, soit célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain malgré les demandes du défunt et de sa paroisse. Etrange conception de la tolérance religieuse !

Les exemples mentionnés par Jean-Pierre Maugendre se sont retrouvés dans de nombreux diocèses de France. Le clergé a, dans sa grande majorité, sciemment poussé les fidèles attachés à la messe traditionnelle aux marges de la chrétienté. Ceux-ci se sont réfugiés dans des églises en ruine – Saint-Euverte d’Orléans, puis la chapelle de l’ancien petit séminaire de la Chapelle Saint-Mesmin pour le Loiret, dans des garages, d’anciennes usines ou des hangars. Avec un ou deux lieux de culte par département, les tenants de la messe traditionnelle se sont retrouvés à faire souvent plus de 80 ou 100 kilomètres le dimanche pour aller à la messe en famille ; c’est encore le cas aujourd’hui d’une partie d’entre eux, surtout s’ils vivent dans des départements où il n’y a aucune messe traditionnelle, comme l’Ardèche ou la Lozère. Pendant une bonne vingtaine d’années, les communautés traditionnelles se sont retrouvées dans les catacombes, qu’elles se soient structurées, autour de la Fraternité Saint Pie X (FSSPX) ou de la Fraternité Saint Pierre (FSSP) par exemple, ou non. Les deux motu proprio de 1988 et de 2007 ont contribué à réintégrer les tenants de la messe traditionnelle au sein de la chrétienté, mais il semble que les blessures ont du mal à se refermer pour certains évêques, moins tolérants que d’autres à la messe traditionnelle. En 2015, selon la Paix Liturgique, il n’y a pas de messe diocésaine traditionnelle régulière, tous les dimanches, dans encore quatorze diocèses, dont Mende, Soissons, Viviers, la Rochelle, Angoulême et Verdun. Ils comptent aussi parmi les plus en déclin de la France.

Vocations sacerdotales : les communautés traditionnelles bien plus fécondes que les diocèses

Cela fait dix ans que Mgr d’Ornellas est archevêque de Rennes. En 2007, il ordonnait deux prêtres, en arrivant. Il en a ordonné trois en 2010, un en 2011, un en 2014, un autre en 2015, un autre encore cette année en 2016. Soit en tout 9 prêtres en dix ans, pour un diocèse de près d’un million d’habitants, dont encore 50.000 catholiques pratiquants en 2011, selon un sondage commandé par la Paix Liturgique.

Dans le même temps, la communauté de la Chapelle Saint-François à Rennes envoyait bon an mal an deux à quatre de ses paroissiens au séminaire de l’ICRSP à Gricigliano en Italie. Cette année en 2016, alors que l’évêché de Rennes ordonnera un prêtre, un paroissien de Saint-François sera ordonné au titre de l’ICRSP. La communauté traditionnelle de Port-Marly, elle aussi menacée verra de son côté quatre de ses paroissiens ordonnés prêtres cette année… alors que l’évêché de Versailles ordonne cette année quatre prêtres, dont un religieux.

Renaissance Catholique tire ses conclusions : « Ainsi, des communautés quasi insignifiantes numériquement sont à l’origine d’autant de vocations que des diocèses qui furent florissants. En 2016, il y aura eu a priori quatre-vingt quatre ordinations de Français selon la forme ordinaire, dont cinq pour la communauté Saint-Martin, et vingt et un selon la forme extraordinaire du rite romain (Institut du Bon Pasteur, Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, ICRSP, FSSPX). Ainsi, dans l’Église de France, les deux millions de paroissiens ordinaires (3% de 66 millions d’habitants) fournissent quatre fois plus de prêtres que les 100 000 paroissiens extraordinaires (5% des deux millions de pratiquants réguliers). Une communauté   »extraordinaire » est donc, en terme de vocations, cinq fois plus « féconde » qu’une communauté  »ordinaire » ».

La cause première de la menace qui pèse sur Saint-François serait-elle la jalousie de l’archevêque Mgr d’Ornellas et sa volonté de voir ce vivier de vocations – et de générosité des fidèles – rejoindre le droit chemin de l’autorité diocésaine ? Certains le disent…

Mais penser que seule la messe dominicale de rite traditionnel suffit aux fidèles traditionnels est une grossière erreur, comme l’explique Renaissance Catholique : « Il y a la messe dominicale bien sûr mais il y a aussi selon l’heureuse expression de Mgr Brouwet, évêque de Lourdes, « tout ce qui va avec ». C’est-à-dire : la prédication, la messe en semaine, les dévotions du premier vendredi du mois, les confessions, les vêpres et les saluts du Saint-Sacrement, la récitation du chapelet, le catéchisme, le scoutisme, la formation intellectuelle des jeunes, les visites aux malades, la célébration des funérailles, la direction spirituelle, etc. Pour cela, selon la belle prière pour obtenir des vocations sacerdotales et religieuses, il faut « des prêtres qui aiment les âmes, les pauvres et la croix ». Ce sont eux qui feront naître, par leur rayonnement personnel et leur configuration chaque jour plus réelle au Christ crucifié, les vocations dont l’Église et le monde ont besoin. »

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