On se doutait que durant ses études le président Hollande avait un peu négligé l’histoire. Mais l’E.N.A. est une grande école « technique » et la culture générale passe après. Le 26 juillet dernier, en réaction à l’assassinat du curé de Saint-Etienne-de-Rouvray Jacques Hamel, le président a tenu à marteler : « Tuer un prêtre, c’est profaner la République qui garantit la liberté de conscience. »

Une telle formulation laisse pensif : « Profaner la République » ? Le Robert dit : « Traiter sans respect, avec mépris (une chose sacrée, un objet, un lieu de culte) en violant le caractère sacré. » Pour une république proclamée laïque et qui, depuis 1905, vit sous le régime de la séparation de l’Église et de l’État, le terme est pour le moins inapproprié.

Plus ennuyeuse encore : la République qui garantit la liberté de conscience ? Il ne faut rien exagérer.

– La Première République (1793-1794) a massacré des centaines de prêtres, de moines et même de nonnes « réfractaires » à la constitution civile du clergé. A Nantes, le représentant Carrier leur a consacré une gabarre entière pour les plonger dans la Loire (illustration). Toutes ces mises à mort d’une rare sauvagerie, avaient été précédées par une vague de déchristianisation conduite par d’anciens prêtres, des moines défroqués tel Joseph Fouché, oratorien nantais. Des mascarades d’objets de culte, des sans-culotte déguisés avec des habits sacerdotaux se livrèrent au saccage et à la profanation des lieux de culte. De manière symptomatique, les clubs républicains s’établirent dans des couvents, à Paris les Feuillants, les jacobins.

– Sur un mode moins sanguinaire, le président Hollande (grand lecteur, dans l’avion, de l’Histoire de France pour les Nuls) connaît-il l’affaire des fiches ? En deux mots, elle se produit en 1904. Tous les officiers supérieurs sont fichés par leur ministre, le général André, créature du président du Conseil Emile Combes. Il s’agit de connaître leur croyance et pratique religieuses, de manière à écarter ou à retarder l’avancement des officiers trop peu républicains. André fait appel, pour ce dépistage, aux loges maçonniques. Près de 2 500 sont traités de la sorte. Sur les fiches dressant leurs états de service, on trouve des appréciations comme : « Va à la messe », « clérical cléricalisant », cléricafard » « cléricanaille », « calotin pur sang », « jésuitard »…

L’affaire éclate grâce à un « frère » repentant qui se confie à deux parlementaires de droite. L’un d’eux, Syveton, sera retrouvé « suicidé ». Mais le ministère Combes tombera. Parmi les calotins fichés, deux nullards : Foch et Pétain.

Une suggestion, bien humble, pour Monsieur le Président, laissez tomber L’Histoire de France pour les Nuls », retournez au vieux Malet Isaac. C’est très républicain et beaucoup plus sérieux.

Jean Heurtin

N.B. Je mets à part l’exécution des prêtres otages de la Commune de Paris, en 1871. Une vingtaine dont l’archevêque. Un crime insupportable d’autant que les Communards prétendaient fonder une « république démocratique et sociale ». Mais la Commune fut aussi un soulèvement patriote qui se battait contre les Prussiens. La répression menée par Thiers fit près de 10 000 morts. Parmi eux, le colonel Louis Rossel, un résistant de la trempe d’un Pierre Brossolette. Rossel est oublié, des milliers d’artères portent le nom d’Adolphe Thiers, nabot d’une férocité que n’aurait pas désavoué le minuscule Ejov, le bourreau NKVD de Staline.

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4 Commentaires

  1. Notre cher président est un inculte notoire et il ne s’en cache pas , en plus !
    Ses valeurs à lui , c’est sa Juju et Joey Star , c’est tout dire ….

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