Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
Veillées funèbres. — Le départ de l’âme. — L’ « Agrippa » et l’ « Ofern drantel »
Il est bon d’ensevelir les morts dans des draps qui aient servi à tapisser les murs, sur le passage de la procession, un dimanche de Fête-Dieu (Zul-ar-zacramant).
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Si l’on se pique le doigt en épinglant le linceul d’un mort, c’est signe que, de son vivant, le défunt avait contre vous quelque rancune cachée. Ne pas manquer, en pareil cas, de faire dire une messe pour le repos de son âme.
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Tant que le cadavre n’a pas quitté la maison mortuaire, il ne faut ni balayer le parquet, ni épousseter les meubles, ni jeter dehors aucune poussière ou balayure, de crainte d’expulser aussi l’âme du mort et d’attirer sur soi ses vengeances.
En revanche, il faut avoir soin de vider ou tout au moins de couvrir tout vase contenant un liquide (le lait excepté), afin que l’âme ne risque pas de s’y noyer[107].
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La mort des usuriers ou des gens riches qui ont été durs envers le pauvre monde, est toujours suivie de tempête, de pluie d’orage ou d’éclairs.
La colère des éléments ne s’apaise que lorsque le cadavre a quitté la maison mortuaire.
Il est rare que les personnes qui le veillent n’aient pas à rallumer à plusieurs reprises les cierges déposés près du lit.
XXV
La veillée mortuaire s’appelle ann noz-veil.
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Certaines personnes privilégiées savent d’avance quand il doit y en avoir une dans la région.
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Mon beau-père était de ce nombre. Il avait un bâton d’épine rouge qu’il appelait « son compagnon de nuit ». C’était un solide penn-baz, qui s’assujettissait au poignet, comme tous les penn-baz, à l’aide d’un cordonnet de cuir. Lorsque mon beau-père rentrait de la promenade, il ne manquait jamais d’aller suspendre son bâton à un clou derrière l’armoire. Or, deux ou trois jours avant qu’il dût y avoir une veillée funèbre dans le quartier, le bâton d’épine rouge se mettait à osciller, lentement d’abord, puis de plus en plus vite, entre l’armoire et le mur, les heurtant à tour de rôle.
Quand il heurtait l’armoire, on entendait : doc.
Quand il heurtait le mur, on entendait : dic.
On eût dit le balancier d’une horloge, ou mieux le battant d’une cloche sonnant un glas.
Ce dic-a-doc ! dic-a-doc ! durait quelquefois une demi-heure.
Nous devenions pâles de terreur.
Mais le beau-père prononçait de sa voix tranquille :
— Ne faites pas attention ! c’est tout simplement qu’une noz-veil est proche.
(Conté par René Alain. — Quimper, 1887.)
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2 réponses à “La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Après la mort”
A propos de l’épisode précédent, vers 1860 l’un de mes ancêtres Jean Koek était sacristain à Sant Yan
(vous connaissez tous Sant Yan Trolimon etre Pleur ha Plouniour. -Ploveur ha Ploneour-29. Pour l’article du jour je me souviens de certaines recommandations d’autres étaient déjà inconnues. Des veillées qui finissent en rigolades…bon chez les Bigoudens on aime rire!
J’ai évoqué Jean Koek ou Koik en souvenir de l’oiseau le Koik/ ar c’hoek le petit pétrel tempête jadis fréquent sur la côte de la baie d’Audierne et un autre jour peut être Mari de Lopéret mon arrière grand mère.