Saint-Sulpice-des-Landes : les vitraux des commandements et des vertus catholiques

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12/08/2016 – 5H15 Saint-Sulpice-des-Landes  (Breizh-info.com) –Avec sa charpente à nue, l’église de Saint-Sulpice-des-Landes déconcerte. Pourtant, c’est une miraculée : elle a été fermée de longues années car sa voûte s’effondrait, jusqu’à que la municipalité de ce petit bourg perdu à l’est de la Loire-Atlantique fasse courageusement les travaux nécessaires et la rouvre. Surtout, elle a des vitraux intéressants. Contrairement aux habitudes, ce ne sont pas des saints qu’ils représentent – sauf dans le choeur et les transepts – mais les vertus et les commandements catholiques.

Perdu dans les champs, entre Châteaubriant et Ancenis, Saint-Sulpice des Landes fait partie de ces terres du déclin qui peuplent le nord-est de la Loire-Atlantique. Si le département fait partie des territoires français qui s’en sort, dès que l’on quitte la métropole de Nantes-Saint-Nazaire, les territoires qui la côtoient et la bande côtière, le tableau est moins reluisant, les communes plus petites, les moyens moins disponibles. Comme le centre de la Bretagne, le nord de la Loire-Atlantique est lui aussi inquiet pour son avenir, même s’il a eu un riche passé. Le château de la Motte-Glain, celui de Châteaubriant valent la visite. Les églises de Béré (Châteaubriant), de Saint-Julien de Vouvantes – si grande qu’un évêque nantais l’appelait la « cathédrale du nord » de son diocèse – ou, plus près, l’église du vieux bourg de saint Sulpice, sur la route de Châteaubriant à Ancenis (RD878), avec ses cinq siècles et ses peintures, méritent aussi le détour.

« On ne vient pas à Saint-Sulpice par hasard, il y a très peu de passage ici », soupire un habitant. Pourtant il y a un café, qui fait aussi restaurant midi et soir, une école – la communale ici est une école catholique –, 600 habitants. Et surtout une église dont le fin clocher, couronné d’une flèche, signale le nouveau bourg, bâti à l’écart de la route, dans l’océan des champs. Pourtant cette église, qui est ouverte tous les jours de 9 à 17 h, a été longtemps fermée.

Bâtie au XIXe, elle a, avec son clocher-porche, ses fenêtres en ogive, son transept et son choeur semi-circulaire, un des plans types des églises neuves de l’époque. Elle remplace l’église du Vieux Bourg, située 2 km plus à l’est, et qui n’était plus au centre de la population, qui s’était déplacée loin de la route, au milieu des champs, tandis que le vieux bourg de la Barre-David, celui là même qui a été érigé en paroisse indépendante en 1768 et en commune à la Révolution, tombait peu à peu à l’abandon. Son église, couverte de peintures XVe restaurées au XIXe, existe toujours.

En l’an 2000, après des décennies de sous-entretien, Saint-Sulpice-des-Landes étant peu peuplé et guère riche, la toiture a enfin été remplacée sur l’église du bourg actuel. Mais le mal était fait, et la voûte en plâtre du XIXe s’est effondrée partiellement en janvier 2010. L’église a alors été fermée par sécurité, la messe mensuelle se tenant dans une salle paroissiale qui elle, est chauffée. Si la paroisse s’en accomodait, le maire, Jean-Daniel Lécaillon, non. A BreizhJournal, en janvier 2013, il annonçait qu’il avait l’intention de faire ce qui était dans les moyens de la commune, c’est à dire enlever la voûte de plâtre, pour un coût estimé de 40.000 €, et rouvrir l’église.

Il a tenu parole. Le 23 janvier 2014, les employés municipaux et des habitants de la commune vident l’église. De février à avril la voûte est abattue et les boiseries nettoyées. D’avril à juin l’église est débarrassée des gravats. Le 23 juin, les statues mises à l’abri sont réinstallées, ainsi que le mobilier. Un élément de l’ancienne voûte est conservé dans une remise située sous la tribune, près du clocher. Une quarantaine de bénévoles ont participé aux travaux. L’église est rouverte dans la foulée.

Dans l’église, on peut admirer les vitraux de la nef. Habituellement, les vitraux représentent les saints, ou des scènes religieuses. Destinés au début à des fidèles qui dans leur grande masse ne savaient pas lire, ils leur permettaient de connaître la vie des saints en une sorte de « bande dessinée ». Au fil des âges, les vitraux pouvaient aussi représenter un événement religieux – par exemple la construction d’une nouvelle église, la translation solennelle des reliques d’un saint, ou historiques, comme la guerre de 1914-1918 qui a inspiré les vitraux de l’église de Montbert au sud du département.

Mais c’est plutôt rare que les vitraux représentent des textes. Pourtant à Saint-Sulpice-des-Landes, si. Plusieurs vitraux représentent les commandements de l’Église, qui sont au nombre de sept. On trouve ainsi « quatre-temps, vigiles, jeûneras, et le carême entièrement », ainsi que « vendredi chair ne mangera, ni les jours défendus mêmement ». Ils sont groupés sur une verrière offerte par les époux Jean Delimel ; ce dernier était sacristain depuis 55 ans quand les vitraux furent posés. Aujourd’hui l’Église ne demande plus que de ne pas manger la viande le vendredi et de jeûner le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Toujours pour les commandements de l’Église, une autre verrière en regroupe deux autres : « tous tes péchés confessera à tout le moins une fois l’an », et « ton créateur recevras au moins à Pâques humblement ». Ces deux commandements sont toujours en vigueur, et pour se dire catholique, il faut au moins avoir communié une fois l’an à Pâques. Enfin deux autres commandements de l’Église sont sur une dernière verrière : « les dimanches la messe ouïras et les fêtes pareillement » et « les fêtes sanctifieras qui te sont de commandement ». Ces deux derniers, qui renvoient au troisième commandement, obligent à sanctifier le dimanche et les grandes fêtes, et à éviter de travailler – ou de faire travailler – physiquement ces jours là. Le dernier commandement, qui réprouve la lecture ou la conservation des livres interdits par l’Église et mis à l’Index, ne fait pas l’objet d’une verrière ; il a été aboli en 1966, même s’il reste un guide moral pour les fidèles qui souhaitent s’y référer.

Plusieurs autres verrières, données par des paroissiens, rappellent les dix commandements de Dieu. Ainsi, les premiers et second commandements sont sur la verrière donnée par les époux Louis Ricoul : « un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement », et « Dieu en vain tu ne jureras ni autre chose pareillement ». Pour les chrétiens, le premier commandement s’élève contre l’indifférence religieuse, la tiédeur, la laïcité, le fait de craindre de se montrer chrétien, le refus de prier dans les épreuves ou de désespérer de son Salut. Les 3e et 4e commandements sont sur la verrière des époux Jean Guyot de Coiscault : « les dimanches tu garderas en servant Dieu dévotement », c’est à dire en les sanctifiant et en allant à la messe, et « tes père et mère honoreras afin de vivre longuement ». Les 5e et 6e commandements sont sur la verrière des époux Jean Jeanneau Diet : « homicide point ne seras de fait ni volontairement », et « luxurieux point ne seras de corps ni de consentement » ; Les 7e et 8e commandements sont sur la verrière donnée par les époux Morillé du Pilot : « le bien d’autrui tu ne prendras ni ne tiendras à ton escient », et « faux témoignage ne diras ni ne mentiras aucunément ». Enfin sur la verrière donnée par les époux Clément Derval, il y a les 9e et 10e commandements, « l’oeuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement » et « bien d’autrui tu ne convoiteras pour les avoir injustement ».

Par ailleurs, si les verrières du choeur représentent plusieurs saints, dont saint Augustin, sainte Gertrude, sainte Germaine, saint Henry, et que celles des transepts sont dédiées à la Vierge et au Sacré Coeur, elles sont complétées par deux verrières intéressantes. Celles-ci représentent les trois grandes vertus catholiques, avec leurs symboles. La Foi et sa croix d’or, la Foi et son ancre – car Saint Paul disait dans l’épitre aux hébreux «  Nous avons cette espérance comme une ancre pour l’âme, ferme et sûre », et elle représente la fermeté dans la tempête – la charité et son calice, au-dessus duquel rayonne l’hostie. Ces vertus sont complétées par la balance de la Justice, une des quatre vertus cardinales (avec le courage, la tempérance et la prudence)

Comme les commandements de l’Église et ceux de Dieu, pour les fidèles les vertus les guident dans leur rapport au monde et à Dieu. En les portant sur leurs vitraux, les habitants de Saint Sulpice des Landes ont sans doute voulu aussi rappeler qu’elles constituent le socle d’une communauté solide, qu’elle soit un village, un diocèse ou un pays.

LB Greffe

Crédit photos : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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1 COMMENTAIRE

  1. C’est une excellente idée de mettre en avant le patrimoine (très )méconnu de nos pétats pays. Je souhaite que l’article va encourager les gens à se déplacer jusqu’à Saint Sulpice des Landes et ses voisines.

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