25/08/2016 – 06H45 Bretagne  (Breizh-info.com) – Une partie des producteurs laitiers, derrière le puissant syndicat FNSEA, a déclaré la guerre à Lactalis (Lactel, Bridel, Salakis, Galbani, Président, …), premier groupe laitier mondial, qu’ils accusent de pratiquer des tarifs trop bas. Toutefois, la FNSEA n’est pas suivie dans son action par la Coordination rurale ou par la Confédération paysanne – qui comme à l’habitude, sont beaucoup plus modérés dans les formes d’action tout en étant plus incisifs dans les propositions .

Pour rappel, en 2010, les producteurs vendaient leur production entre 300 et 350 euros les 1000 litres. Or en août, Lactalis pratiquait un prix d’achat de 256 euros (le tarif est passé sous les 280 en juin), ce qui a mis le feu aux poudres. « Aujourd’hui, si les prix sont bas, c’est parce qu’il y a eu cette surproduction et donc une dégradation globale des prix », a déclaré le porte-parole du groupe Lactalis sur Europe 1, groupe qui achète toutefois 10 à 30 euros plus bas que ses concurrents .

Pour la Coordination rurale, « le constat est simple mais dramatique : il y a trop de lait et pas de prix ». Et le syndicat d’ajouter : « La surproduction européenne organisée atteint son paroxysme avec pour conséquence un prix payé aux producteurs bien en dessous des coûts de production. D’ailleurs, vu le niveau des stocks que constituent l’Europe, le prix n’est pas prêt d’être rémunérateur. Pendant ce temps, les entreprises agroalimentaires engrangent des bénéfices records. Mais, Lactalis et les coopératives ne font qu’exploiter les outils que les politiques et les interprofessions ont mis à leur disposition. La Coordination Rurale de Bretagne analyse la situation du monde agricole et de la crise qu’elle dénonce depuis 2009.».

Pour remédier à cette crise du lait, la Coordination rurale propose plusieurs solutions :

• Réguler les volumes au niveau européen. La Coordination rurale défend le Programme de Responsabilisation du Marché (PRM), un programme pour le secteur laitier européen destiné à être appliqué lorsque le marché du lait est menacé de déséquilibre. Alliant des instruments de surveillance du marché et d’intervention réactive, le programme permet l’identification de crises imminentes ainsi qu’un passage à l’action pour faire remonter les prix.

• Des organisations de producteurs transversales par bassin face à l’échec programmé de la contractualisation. « Aujourd’hui, elle existe avec France Milk Board mais, seuls les producteurs de lait des laiteries privées peuvent y adhérer. Cette adhésion doit être généralisée à l’ensemble des producteurs-coopérateurs. C’est la seule solution pour que les paysans retrouvent un pouvoir de négociation face aux industriels.» explique la Coordination rurale.

• l’harmonisation européenne des charges sociales et fiscales ainsi que la mise en place d’une TVA sociale.

Les difficultés des producteurs laitiers ne sont pas nouvelles. En 2009 comme en 2013, ils déversaient déjà de millions de litres de lait dans la nature afin de se faire entendre. La raison de leur colère ? La fin programmé des quotas agricoles au niveau européen, qui risquait de se traduire par un bond de la production laitière, voire une surproduction, et donc entraîner une chute des prix. Or c’est précisément ce qui est arrivé : depuis la fin des quotas en avril 2015, les prix en gros ont dévissé, d’autant plus que la demande  de Chine et de Russie a dans le même temps baissé.

Les gouvernements qui se sont succédés semblent pour le moment bien impuissants , la baisse des cotisations sociales et l’attribution de nouvelles aides étant, pour l’instant, les principales annonces, très « perfusantes ». Certains mouvements politiques n’hésitent d’ailleurs pas à pointer du doigt responsabilités politiques et syndicales :

Ainsi, le collectif « Ensemble! Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire », membre du Front de gauche, qui rappelle que « depuis la fin des quotas laitiers en 2015, qui assuraient une certaine régulation publique, les producteurs de lait sont à la merci des marchés et des sociétés privées.» qui s’attaque à Lactalis : «  Lactalis est un groupe qui se porte bien. Son chiffre d’affaires est en augmentation pour atteindre 17 milliards en 2015. Son propriétaire Emmanuel Besnier pointe à la 15e place des français les plus riches avec un fortune estimée à 4,4 milliards d’euros. Dans la dérégulation des marchés agricoles, instituée par l’Union européenne et les pays membres, les gagnants ce sont les multinationales du secteur, les agriculteurs les perdants. » mais également à la FNSEA : 

« Le syndicalisme agricole est directement interpellé. Va-t-il continuer, avec la FNSEA et ses organisations affiliées, à défendre le modèle productiviste néolibéral ou avec la Confédération paysanne promouvoir une agriculture responsable écologiquement, soucieux du bien-être du consommateur et permettant aux paysans de vivre correctement. »Ensemble » soutient la revendication d’un prix du lait à la tonne permettant aux producteurs de travailler et vivre dignement.».

Actuellement, il y a en France environ 60.000 exploitations pour 110.000 éleveurs qui peinent à se verser un salaire et sont de plus en plus nombreux à cesser leur activité (2.000 à 3.000 exploitations ont fait faillite cette année.). Au moment de la mise en place des quotas laitiers en Europe, en 1983, il y avait en France environ 400.000 producteurs de lait.

Photos : DR
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2 Commentaires

  1. Il faut toujours garder en ligne de mire la finalité de tout ça, c’est-à-dire la liquidation totale de la paysannerie européenne pour la remplacer par des industriels de la terre afin d’une part d’éradiquer tout enracinement lié à la terre et d’autre part produire en quantité plutôt qu’en qualité au détriment bien-sur des consommateurs, du bien-être animal (qui deviennent progressivement des machines à produire du lait ou de la viande) de la qualité de nos paysages millénaires et de notre vie en générale.
    Dans ce combat, la FNSEA représente les industriels de l’alimentaire et donc ses adhérant ont choisi délibérément de se vendre à ceux qui les exploitent. On se demande alors pourquoi ils n’acceptent pas les règles du jeu et se comportent toujours en cocus. Face aux consommateurs ils ont choisi la quantité (pour nourrir qui ? Les Chinois ? ) à la qualité. Et cela, comme le soulignait René Guénon est bien le mal de nos sociétés modernes. Voici donc le retour de bâton. Les agriculteurs qui se tournent vers la qualité, la confiance avec les consommateurs et notamment le Bio s’en sortent mieux et peuvent, sans devenir riches, vivre décemment.

    La France doit faire sa révolution agricole tout d’abord en fuyant l’UE dont les directives servent l’industrie et pas les hommes, et encore moins les nations. Ensuite la production devrait trouver les marchés courts Vente directe. Les fermes usines doivent cessé et de toute façon, dans un tel système local, elle fermeront toute seules. La terre devra à nouveau être partagée afin d’accroître le nombre et la stabilité des agriculteurs. A l’heure où davantage de gens fuient les villes pour trouver la tranquillité des campagnes, bon nombre songent à se lancer dans un projet agricole à taille humaine et ils ne sont pas les derniers à réussir.

    L’avenir sera meilleur pour les Nations qui auront choisi l’ancrage dans la terre. C’est un véritable défi à relever pour les Hommes debout face à la nomadisation prévue et en marche rêvée par l’oligarchie mondialiste. Ces 99 % de nomades serviront l’extrême petite élite d’une caste d’Élus et de leurs fonctionnaires zélés car grassement payés (députés, armées privées, police, etc) pour assurer leur sécurité et la bonne marche de leur affaires. En échange de leur servitude volontaire, il auront quantité de nourriture industrielle, de jeux et bien-sûr de médicaments à volonté.

    Il n’y a plus de gauche, ni de droite face à de tels choix, c’est un combat entre Hommes Libres et maîtres de leur destinée et un monde d’esclaves consentants.

  2. Cela semble un peu plus complexe que cela.
    Pourquoi toujours ce débat en forme de clivage : pour certains les méchants industriels, pour d’autres ces ploucs de petits exploitants….?
    Et s’il y avait de la place pour tout le monde mais que du fait du caractère idéologique du débat c’est finalement tout le monde qui va dans le mur…?
    D’ailleurs, en parlant d’idéologie, le fait que la France s’en tire plutôt mal comparé aux autres est plutôt un signe…. l’idéologie en France, c’est endémique!
    Et à ce titre, ne serait-il pas temps que les paysans bretons songent à se retirer de ce mastodonte politico-idéologico-centralisé?
    Car, s’il est vrai que partout en Europe les producteurs de lait sont dans une situation momentanée douloureuse (les prévisions pour la fin de l’année et pour les prochaines années allant plutôt vers le mieux et le bien mieux), les producteurs français et bretons sont ceux qui souffrent le plus, les Bretons en tête!
    Ce n’est un secret pour personne que le mastodonte français à très largement tardé pour préparer l’organisation de la filière, d’où une souffrance accrue chez les producteurs et probablement un retard à venir pour bénéficier du mieux qui s’annonce en comparaison avec leurs confrères européens.
    Facile ensuite de crier sur l’Europe, alors que le problème est probablement et majoritairement ailleurs, c’est à dire plus proche de chez nous mais sans être chez nous (Paris n’étant pas géographiquement en Bretagne)!
    Alors, prôner le retour à la Terre quand le pouvoir et les contres pouvoirs sont hors-sols…. c’est plutôt original!

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