Avant propos.  A l’heure où de nombreux foyers sont privés d’électricité en France, où Mme Royal a réuni d’urgence les intervenants dans sa fourniture pour relancer des réacteurs  nucléaires à l’arrêt, cette analyse en rupture avec la pensée dominante pose une question qui stimule la réflexion sur les choix d’avenir dans le domaine énergétique.

Th. M.

Dans un contexte énergétique en profonde mutation, l’énergie nucléaire apporte des réponses adaptées aux défis d’avenir et correspond aux enjeux du XXIème siècle.  Elle est un atout économique pour la France qui souhaite redresser son économie, réindustrialiser ses territoires et lutter contre le changement climatique. Cette force tranquille s’enracine dans le monde pour accompagner le développement de l’humanité.

Le nucléaire assure aux Français une électricité bon marché. Par comparaison, un Allemand paye son électricité 70% plus cher qu’un Français et le prix de l’électricité pour les industriels en France est de 25% inférieur au prix moyen en Europe (Eurostat 2015). Pour certaines industries, l’électricité représente jusqu’à 30% (aluminium) et même 70% (chlore) du coût de revient (Union des industries utilisatrices d’énergie). L’avantage compétitif procuré par le nucléaire bas carbone peut compenser d’autres facteurs négatifs de production comme le coût du travail.

Le nucléaire protège des aléas énergétiques mondiaux

Il met la France à l’abri des variations soudaines de prix car le coût de production de l’électricité nucléaire est prédictible. Il est peu tributaire des cours de l’uranium qui ne représente que 5% du coût de production, et moins de 2% du prix de vente aux particuliers. De plus les risques géopolitiques sont faibles puisque 44% des réserves actuelles se situent dans l’OCDE, et la majorité des échanges sont liés à des contrats long terme. (Uranium : Ressources, production et demande – AEN/OCDE _2014).

La sécurité d’approvisionnement de la France pour les réacteurs actuels est assurée :

– à court terme, EDF dispose d’un stock d’uranium correspondant à 2 ans de production d’électricité (Rapport sur les coûts du nucléaire – Assemblée nationale -2014). En comparaison, les réserves d’hydrocarbures représentent moins de 4 mois de notre consommation. (MEDDE -2013)

– à moyen terme, AREVA possède un portefeuille de réserves en uranium représentant 30 années de consommation.

– à long terme, les ressources connues en uranium représentent au moins 100 ans de consommation mondiale, et jusqu’à 250 ans si l’on inclut les ressources estimées. (Uranium : Ressources, production et demande – AEN/OCDE -2014)

Au cours de ce siècle, la surgénération permettra d’utiliser complètement la ressource uranium et les réserves mondiales passeront alors à plusieurs milliers d’années.

Notre parc nucléaire contribue aussi à exporter notre savoir-faire dans le monde pour 6 milliards d’euros par an. (Conseil stratégique de la filière nucléaire -CSFN-2014). AREVA réalise 60% de son chiffre d’affaires hors de France. Plus de 10% de notre électricité bas carbone est exportée vers nos voisins ce qui rapporte environ 2 milliards d’euros par an à l’économie française (Conseil stratégique de la filière nucléaire -CSFN-2014).

La France a développé une filière industrielle nationale complète (conception et construction de ses centrales nucléaires, enrichissement et fabrication du combustible). Elle est la troisième en France (derrière l’aéronautique et l’automobile) avec plus de 2 500 entreprises réparties sur tout le territoire. Elle n’est tributaire d’aucun savoir-faire technologique ou industriel extérieur pour engager un programme de rénovation de ses centrales et le renouvellement de son parc à l’horizon 2030.

Un euro investi dans le nucléaire crée trois fois plus d’emplois en France que les autres filières de production d’électricité. Un EPR implanté en Europe génère environ 3750 emplois en France pendant la phase de construction, selon le cabinet d’audit PwC (Le poids socio-économique de la filière nucléaire en France. PwC 2011).

Enfin, bon marché, respectueuse de l’environnement, propre et bas carbone, l’énergie nucléaire se place au carrefour des enjeux environnementaux et climatiques de ce siècle. Elle recycle ses matières et gère ses déchets de manière rigoureuse. Dans ses rapports de 2012 et 2014, la Cour des comptes indique que le démantèlement et la gestion des déchets étaient provisionnés dans le calcul des coûts de production et conclut sur leur suffisance.

Les déchets de haute-activité à vie longue (HAVL) ne représentent que 0,2% des déchets radioactifs produits. La création d’un centre de stockage (Cigéo) dans une formation géologique stable confinera définitivement ces déchets. En 2016, le ministère de l’Energie a donné comme objectif de coût pour ce projet un montant de 25 milliards d’euros étalés sur plus de 100 ans, ce qui représente moins de 2% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire.

Le nucléaire est un atout économique et le pilier notre indépendance énergétique (55,8%12). Ce taux est l’un des plus élevés de l’Union européenne (Panorama énergies-climat – MEDDE -2013). Malgré ce bon chiffre, en 2014, la France a dépensé 54,6 milliards d’euros en importation de gaz et de pétrole. L’électrification des transports et de l’habitat tertiaire permettra de réduire cette facture lorsque la réglementation thermique 2012 (qui limite l’usage de l’électricité dans les habitations au profit du gaz) aura été modifiée.

En 1970, deux tiers de l’électricité étaient produits avec des énergies fossiles (charbon, gaz et fuel). Aujourd’hui, cette part n’est plus que de 6% (94% de notre électricité est produite sans émission de CO2) grâce principalement au nucléaire (77%). La France est l’un des pays les moins émetteurs de gaz à effet de serre au monde pour la production d’électricité et elle est reconnue comme numéro un mondial pour la qualité, la disponibilité et l’accès à son l’électricité (Choiseul Energy Index-KPMG 2016).

Le développement du démonstrateur technologique de réacteur à neutrons rapides ASTRID permettra de mieux valoriser les matières issues du recyclage des combustibles usés, notamment l’uranium et le plutonium. Au-delà de 2050, le développement de réacteurs surgénérateurs permettra à la France de disposer d’une autonomie de 3000 à 5000 ans pour sa production électrique grâce à l’uranium et au plutonium déjà entreposés sur son sol.

Après une phase de consolidation pour renforcer les mesures de sécurité suite à l’accident de la centrale de Fukushima-Daiishi (qui n’a fait aucune victime due au nucléaire alors que la vague du tsunami, elle seule, a provoqué 20 000 décès), la construction de nouveaux réacteurs n’a jamais été aussi importante depuis 25 ans. Actuellement, 60 réacteurs sont en construction. Ils viendront s’additionner aux 450 déjà raccordés au réseau ( AIE -Agence internationale de l’énergie atomique).

La construction des futurs réacteurs évoluera au rythme du coût et de l’épuisement des énergies fossiles. Les qualités intrinsèques de l’énergie nucléaire en font une source d’énergie incontournable dans le futur pour tous les pays, modernes ou non, qui cherchent à se développer. C’est une puissante force inépuisable à l’échelle humaine qui se répandra tranquillement dans le monde.

Michel Gay

Source : Métamag

Photo : Civaux-communication/Wikimedia (cc)

 

4 Commentaires

  1. La France dépend de l’étranger pour disposer d’uranium. Depuis plus de trente ans, certains proposent de développer une filière thorium puisque cet élément est abondant en France, mais rien n’a été fait. Le défaut de cet filière, c’est qu’elle ne permet pas le développement de bombes atomiques …

  2. Georges Charpak prix Nobel de Physique, ardent défenseur du nucléaire en toute connaissance de cause l’a dit: » l’humanité n’a pas d’avenir sans le nucléaire ». cet article en expose les raisons principales. Dans quelques jours nous allons traverser un épisode très froid. Au centre opérationnel de RTE tous savent que seul le socle de production du parc des réacteurs nucléaire permet de faire face à la demande. Les autres sources ne sont que des compléments.Une politique irresponsable mais voulue, a conduit à la fermeture de tranches à l’approche de l’hiver,pour de pseudos nécessité de mises à niveau sécuritaires suite à Fukushima. Seule la centrale de Blaye est implantée sur un site analogue….Il y 15 ans on vendait de l’énergie électrique à toute l’Europe, la France avait évité le black out à l’Italie…Aujourd’hui on veut nous faire croire que nous sommes dépendant? Pour le nucléaire comme pour la défense, une volonté politique a décidé de nous priver de nos capacités d’indépendance.Comme pour la défense qui a, sur ordre, abandonné des moyens capacitaires essentiels, on a obligé le parc nucléaire a diminuer ses capacités de production. Tout cela dans le seul but de pouvoir clamer que nous ne pouvons rester indépendant.

  3. La dette abyssale d’ EDF arrive à un moment de vérité…. Entre AREVA et EDF, voyons , 5 milliards pour le premier et 100 milliards pour le second??!! . Le choix du nucléaire est totalement irrationnel sur le plan industriel et
    économique;
    il sauve l’amour-propre du Corps des Mines qui ne
    peut se tromper comme l’Inspection des finances ne peut se
    tromper en matière financière. Au nom de la toute-puissance et
    de la toute-compétence de ce corps d’élite, la France tourne
    délibérément le dos à la transition énergétique, à l’efficacité
    énergétique, aux EnR et à tous les marchés qui se développent de
    manière exponentielle partout dans le monde… sauf en France.
    En France , la vieille filiére nucléaire , c’ est 120 000 emplois et en Allemagne, les énergies renouvelables , c’ est 400 000 emplois….Le nucléaire français est un phénoméne franco -français entretenu par des politiciens au nationalisme stupide et à la méconnaissance totale du sujet .Mais bon on le sait , les français ont pour symbole le coq , seul animal qui chante les pieds dans la m…Je préfère la Blanche Hermine !

    L ‘avenir énergétique de la Bretagne ne passe pas par l’Hexagone et son enfermement, mais par l ‘ exemple de nos fréres celtiques, l ‘Ecosse en particulier notamment sur l ‘ énergie des mers (la houle, sous différentes utilisations) ; les entrepreneurs bretons qui travaillent avec succés sur l Hydrolienne le savent bien ; l ‘Ecosse a pres de 20 ans d’ avance sur nous .

  4. Je suis toujours surpris et amusé quand je lis des articles sur le nucléaire.

    Il y a toujours les « pros » et les « antis » qui se lancent des affirmations bien tranchées, toujours les mêmes mais j’ai rarement vu des articles qui posent les vrais questions.

    Avez-vous entendu parler « d’Interconnexion », de « Stabilité de réseau », de synchronisme, de réglage primaire secondaire ou tertiaire de la tension, de «smart-grid », d’Euronext ??? Car la source du problème est bien là et le nucléaire n’est qu’un morceau du puzzle.

    L’électricité (en courant alternatif) ne se stocke pas, les pays Européens sont depuis des décennies interconnectés entre eux (il serait trop long de vous expliquer ici pourquoi). Donc la demande (c’est-à-dire la consommation) et l’offre (c’est-à-dire la production) doivent donc être équilibrées en permanence au niveau européen. Comme la demande dépend des individus et des industries, les personnes ayant en charge cet équilibre n’ont d’autre choix que d’agir sur la production.

    La production peut être d’origine nucléaire, d’énergie fossile (charbon, pétrole et gaz), d’énergie hydraulique, éolienne, marémotrice, photovoltaïque. Chaque source à ses caractéristiques propres en termes de puissance et de disponibilité :elles ne sont pas interchangeables mais peuvent être par moment complémentaires. On ne peut pas comparer une tranche nucléaire qui pourrait fournir 1200MW pendant un an sans interruption et un site éolien de 10 MW dont la production est soumise aux aléas du vent : c’est le caractère intermittent et non prédictible qui est en cause. C’est en s’appuyant sur toutes les spécificités de chaque source que les ingénieurs en charge de la conduite des réseaux vont agir. Il faut donc un mixte de tout cela pour assurer la pérennité de l’alimentation électrique avec des coûts raisonnables.

    A ces contraintes techniques, s’ajoutent maintenant les contraintes environnementales : les déchets à court terme comme le carbone (centrales au charbon, à pétrole, à gaz) ou les déchets à long terme comme le nucléaire (radioactivité). Si vous ajoutez en plus les avidités financières à court terme (actionnariat), des opérateurs dilettante (vodka), des politiques et décideurs sous l’emprise de lobbys, vous avez le cocktail de la gestion de l’énergie électrique dans le monde.

    Fukushima-Daiishi, les simulations des tsunamis montraient qu’il fallait faire un mur de protection de trente mètres de hauteur : Trop cher… il ferra Cinq mètres, pour les actionnaires c’est suffisant. La vague qui frappe la centrale faisait quinze mètre de haut : Perdu

    Tchernobyl : la veille de l’essai, des incidents étaient apparus, ils n’ont pas été réglés et les essais de stabilité du réacteur ont été lancés… Perdu

    Cela coûte plus cher de faire de la recherche sur la désactivation de la radioactivité que de faire de l’enfouissement alors on enfouit…

    Oui, il faut travailler sur les économies d’énergie. Oui il faut travailler sur les énergies renouvelables, sur les smart-grid,.. Mais dire que ces énergies remplaceront le nucléaire, on en est encore loin, bien loin, même très loin.

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