Intermarché de Malakoff à Nantes : la greffe de la rénovation urbaine n’a pas pris

Publicité

24/02/2017 – 07h00 Nantes (Breizh-Info.com) – A l’Intermarché de Nantes Malakoff, place Rosa Parks, il n’y a plus d’acétone. « On n’en commande plus, vu qu’on va fermer », confie une vendeuse. « On reçoit ça par lots de dix bidons, et comme on en vend un de temps à autre… ». Il n’y a pas encore de date fixée pour la fermeture du supermarché ouvert en octobre 2014, mais les vitrines se vident peu à peu.

Déficitaire en 2014 et en 2015 (ainsi, que, selon nos informations, en 2016) le navire amiral de la « rénovation urbaine » de Malakoff, niché dans un immeuble flambant neuf, est en perdition, à l’image du bilan nantais et national de Jean-Marc Ayrault. A l’image d’une greffe qui n’a pas su prendre, et qui a créé peut-être encore plus de divisions et de clivages qu’avant.

Au sein d’Intermarché, le service de communication fait son travail, c’est à dire qu’il ne communique pas. « C’est seulement un projet de fermeture, qui n’est pas confirmé pour l’heure », affirme Hélène Massonnet, responsable de communication pour les Intermarchés du nord de la France et de la Wallonie. « On ne communique pas sur le sujet, mais ce sera le cas bientôt quand ça va se décanter ». Fermeture prévue ou non, les salariés sont au courant et s’apprêtent à se voir reclassés dans d’autres sites sur Nantes.

A l’annonce de la fermeture, le FNJ local avait réagi en remettant en cause le prétexte économique. Pour la section jeunes du Front national, le prétexte serait lié à l’insécurité endémique dans le quartier. « Pas vraiment, non », réagit une chef de rayon. « Malakoff est victime de ses clichés, pourtant je travaille ici le soir et je n’ai jamais eu de problème. Nous avons des clients très gentils. Le problème c’est surtout qu’on n’en a pas assez, regardez autour de vous, il n’y a personne ».

Publicité

Effectivement. Les rayons frais, laitages, charcuterie sont pleins de pastilles rouges de promotions pour «dates courtes», alors que dans les autres supermarchés de l’agglomération il faut les chercher avec attention – « ce qui signifie que les ventes sont atones et l’assortiment probablement trop étendu au vu de la demande », relève un jeune client qui travaille dans un supermarché pour financer ses études… de commerce.

« C’est d’ailleurs étonnant, au vu du peu d’affluence, que le gérant n’ait pas cherché à réduire l’assortiment en produits périssables, redéfinir ses vitrines et se concentrer sur ce qui se vend le mieux », relève-t-il.

Surtout, à midi, en semaine, les allées sont vides. Et, quand il y a des gens, ils sont d’origine européenne, alors que c’est un quartier connu pour avoir une forte population d’origine immigrée. Le constat est fait à mots couverts : « les gens du quartier ne viennent pas chez nous. Ils auraient voulu avoir un Lidl – sauf qu’il y en avait déjà un, [qui a brûlé en février 2011, qui avait rouvert avant de fermer définitivement en septembre 2014], et Lidl ne voulait pas revenir ici. Du coup, ils ne vont pas chez nous, ils vont faire leurs courses ailleurs, à Beaulieu ou en périphérie ».

Question de prix aussi : à la caisse, une dizaine d’articles dont plusieurs avec des remises (dates courtes, promos), ça fait 20 euros. « Intenable pour beaucoup de gens ici », soupire un client. L’absence de parking extérieur et le sentiment d’insécurité qui règne dans le parking souterrain n’arrangent rien. Tout comme le minuscule rayon halal, relégué dans un coin du magasin.

Pour ne rien arranger, les habitants qui se sont installés dans les nouveaux immeubles du mail Picasso et au sud des voies ferrées – dont des logements de grand standing – font aussi très souvent leurs courses à l’extérieur, en prenant leur véhicule, et ne viennent à l’Intermarché de Malakoff que pour des courses d’appoint.

Finalement, dans les allées, on trouve des gens qui travaillent dans des bureaux installés à l’ouest de Malakoff pour profiter des dispositifs fiscaux de zone franche urbaine, dans les administrations (Nantes Habitat, maison de quartier, etc.) et des étudiants ou des jeunes travailleurs qui vivent sur place.

Un monde parallèle au « vieux Malakoff » dominé par l’immigration et l’insécurité, et qui commence juste à côté, avec le début de la rue d’Angleterre, artère centrale de ce quartier « sensible ». Celle-ci fait régulièrement la une des médias pour les tirs qui y résonnent, par exemple en avril 2016, ou encore à la Toussaint 2015, et avant encore en mars 2015.

«On coexiste dans deux mondes différents»

Habitant historique de Malakoff, Ousmane, qui attend son bus, trouve que la rénovation urbaine du quartier effectuée par la mairie, « c’est très beau, mais ça a amené du monde qui n’est pas de chez nous et qui n’en a rien à faire de nous. On coexiste dans deux mondes différents. Ils disent que c’est pour remettre de la mixité, mais c’est comme l’eau et l’huile : on est dans la même bouteille, mais on ne se mélange pas ».

Une fois de plus, les principes de la rénovation urbaine – primauté de l’architecture sur la résolution des problèmes sociaux et sécuritaires, montée en gamme à marche forcée via l’implantation de logements de standing, d’entreprises et de commerces orientés pour les classes professionnelles moyennes et supérieures, volonté affichée de privilégier la façade aux questions de fond – sont battus en brèche par la réalité sociale des quartiers sensibles. Une fois de plus, celle-ci, oubliée et niée, se rappelle au souvenir des bisounours de la mairie de Nantes – à 3 kilomètres à vol d’oiseau, tout au plus – en leur mettant une grosse claque.

Louis-Benoît Greffe

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Les commentaires sont fermés.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Rugby, Sport

URC : les Sharks seuls en tête après 2 journées, Leinster tombe à Durban

Culture, Culture & Patrimoine, E brezhoneg, Histoire, International, Patrimoine

Reuz e Korsika evit difenn enor ar Werc’hez

Rugby, Sport

RC Vannes – Pau (40-43) : la remontée folle s’arrête à 3 points

Auto-Moto, Economie

Sécheresse : les stations de lavage au bord de l’asphyxie

Patrimoine, Société, Tribune libre

Profanation d’une statue de la Vierge Marie au son de « sale pute » : en Corse, pas de féministes, mais des promesses… [L’Agora]

International

Rachat de Warner par Paramount : la droite polonaise rêve de mettre la main sur TVN

Economie

Assurance habitation : Brest, ville la moins chère de Bretagne et de France

Histoire, International

Stephen Kertesz, le diplomate hongrois qui faisait de la paix un devoir

A La Une, Sociétal

Joseph Schmittbiel (« Mathilde ou la violence du confinement ») : « La même perversité était à l’œuvre dans les deux cas »

Sociétal

Souveraineté, Europe, Russie, Trump : le grand entretien d’Alain de Benoist avec Paul-Marie Coûteaux

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Economie

Assurance habitation : Brest, ville la moins chère de Bretagne et de France

Découvrir l'article

NANTES

Nantes : le lycée Mandela incendié, le RN dénonce des « violences gauchistes »

Découvrir l'article

NANTES

Nantes : le lycée Nelson-Mandela incendié en marge des blocus, le hall détruit

Découvrir l'article

NANTES

Nantes : la librairie Dobrée ferme définitivement après des années d’attaques de l’extrême gauche

Découvrir l'article

ST-NAZAIRE

Saint-Nazaire : la mairie chasse policiers et gendarmes de son stand de tir

Découvrir l'article

Economie, NANTES, RENNES

Rennes – Nantes : 30 % de TER en plus à la rentrée 2027, presque un train par heure en semaine

Découvrir l'article

NANTES

Nantes : le recours contre la réélection de Johanna Rolland examiné ce 30 septembre au tribunal administratif

Découvrir l'article

Economie

Carburants : plus de la moitié des changements de prix ont lieu entre 6 h et 10 h

Découvrir l'article

NANTES

Fraude au CPF : un réseau opérant depuis Nantes soupçonné d’avoir détourné plus de 6 millions d’euros

Découvrir l'article

Economie

Loire-Atlantique. Nantes, Saint-Nazaire, Saint-Herblain : les maires socialistes préparent les contribuables à la hausse des impôts locaux

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.