Contre la mondialisation, quintessence du non-lieu, qui pousse à la déterritorialisation  et au délestage des attaches symboliques, le peuple des laissés-pour-compte plébiscite le lieu comme première composante du lien. Le village coutumier contre le village planétaire. Le village comme capital social et culturel protecteur à l’heure ou l’État ne protège plus. Etre, c’est habiter. Comprendre que personne n’échappe totalement à la marque des origines, à l’imprégnation de l’enfance et à la contagion des paysages. Le bonheur est dans le pré, pas dans le terrain vague, ni dans la ville-monde ou dans un openfield ouvert à tous les vents. Encore moins dans la socialité de synthèse des pseudo-réseaux sociaux, refuges pour zombies au regard rivé sur les écrans, mais oublieux des étoiles.

Le collectif reprend le pas sur le connectif. Voici que le XXIe  siècle qui devait l’avènement d’un monde postnational s’ouvre sur une demande de réenracinement. Voici que le nomadisme, promu valeur sociétale montante par une écrasante croisade médiatique et publicitaire, est rejeté pour ce qu’il est : un esclavage plus inflexible que toutes les anciennes aliénations. Voici que, contre toute attente, la terre, l’attachement au territoire reprend place dans l’imaginaire politique et affectif des Français. Voici que les « prolos », les « péquenauds », les « ploucs » et autres « bouseux », toutes les figures moquées et méprisées conjointement par le turbo-capitalisme et la gauche kérosène, renouent avec les vertus de la solidarité communautaire, se réapproprient l’art de vivre qui constituait encore, dans un passé pas si lointain, le seul et authentique « capital des pauvres », avant que l’assommoir de la culture mainstream ne s’emploie à les éradiquer. Voici que sonne l’heure de la revanche pour les « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » et auxquels on ne cessait de faire payer le crime de nativisme : savoir d’où l’on vient et ce que l’on doit aux siens. Voici que la révolte point contre cette barbarie aussi douce qu’implacable dont ils pressentent qu’elle menace leur plus simple humanité.

Patrick Buisson, La cause du peuple, Perrin 2016

Crédit photo : Phil25/Wikimedia (cc)

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