Malivel

26/09/2017 – 07h45 Dinan (Breizh-info.com) – Alors que l’été touche à sa fin, la ville de Dinan, sur les bords de la Rance, reste encore prisée des touristes. Cependant, il n’y avait pas que les remparts et le centre historique qui valaient le détour durant la belle saison.

Effectivement, une exposition s’est tenue à la Maison d’Artiste de la Grande Vigne du 14 juin au 30 septembre. Cette vieille bâtisse surplombant l’entrée du port de Dinan a présenté au public des œuvres de Jeanne Malivel et d’Yvonne Jean-Haffen durant ces trois mois.

Malivel

« Leur destin les oppose, la Bretagne les réunit »

Quel est donc le lien entre ces deux artistes dont les œuvres se côtoient le temps d’un été ? La réponse semble évidente : un amour immodéré de la Bretagne et de son âme.

Alors qu’elles ne se seraient jamais rencontrées selon les dires du musée, leur parcours aurait pu les conduire à se croiser.  Les deux femmes naissent en 1895, Yvonne Jean-Haffen à Paris, Jeanne Malivel à Loudéac.

Cette dernière part à Paris pour ses études mais la guerre de 1914 l’oblige à revenir dans sa ville natale où elle sera infirmière bénévole dans un hôpital auxiliaire. Elle repassera le concours d’entrée aux Beaux-Arts de Paris en 1918 avec brio (classée 4ème).

Dans le même temps, Yvonne Jean-Haffen, parisienne de naissance, succombera au charme de la Bretagne, et plus particulièrement de Dinan où elle achètera avec son mari une maison en 1937 : La Grande Vigne, maison surplombant le port et devenue musée dans lequel se tient l’exposition en question.

Jeanne Malivel et l’esprit des Seiz Breur

Une fois la guerre terminée, Jeanne Malivel reprend donc de plus belles ses activités de création dans son atelier de Montparnasse. Essayant de se faire tant bien que mal à la vie parisienne, elle se rend vite à l’évidence : sa place est en Bretagne et elle décide d’y rentrer en 1920. C’est la grande époque du style Art Déco et Jeanne Malivel a une ambition bien précise. Elle souhaite sortir du mauvais folklore et des binouiseries l’art populaire breton et, par ses créations, donner ainsi du travail aux femmes de Bretagne en développant les artisanats locaux. Jeanne Malivel appliquera donc, dès 1920, ce Vivre et travailler au pays qui en tiraille encore plus d’un à l’heure actuelle.

Revenue à Loudéac, elle rencontre en 1923 René-Yves Creston, Suzanne Candré et Georges Robin. Ce serait lors du pardon du Folgoët, en septembre de la même année, que l’idée de fonder Ar Seiz Breur (Les Sept Frères, en breton) aurait pris naissance. Un nom en référence aux sept saints fondateurs de la Bretagne. Dans les années suivantes, le cercle des Seiz Breur s’agrandira et comptera dans ses rangs des artistes et des artisans qui souhaitaient mettre leur art au service du quotidien en créant des meubles, des tissus muraux ou encore des faïences. Le tout, en reprenant les fondements de l’art breton et celtique.

Le style Seiz Breur viendra également illustrer de nombreux ouvrages au cours des années 30. Parmi les plus célèbres, les bois gravés de René-Yves Creston dans le livre d’Alphonse de Chateaubriant, La Brière ou ses illustrations dans Kan Da Gornog, ce Chant de l’Occident de Youenn Drezen.

La carrière de Jeanne Malivel, bien que prolifique, sera extrêmement courte. Atteinte d’une maladie, elle meurt en 1926 alors qu’elle n’a que 31 ans. Nous lui devons notamment les illustrations du livre Histoire de Notre Bretagne écrit par Jeanne Coroller-Danio en 1922. Un livre dans lequel son Nominoë triomphant deviendra pas la suite un classique de l’imagerie nationaliste bretonne.

Mathurin Méheut pour maître

La carrière et la vie d’Yvonne Jean-Haffen seront beaucoup plus longues puisqu’elle décèdera en 1993 à l’âge de 98 ans, toujours à Dinan. Le maître d’Yvonne Jean-Haffen sera Mathurin Méheut (1882-1958), qu’elle rencontra en 1925. Au point que la chambre qu’il occupait lorsqu’il rendait visite à son amie est toujours visible et visitable dans la maison-musée de La Grande Vigne.

C’est le même Mathurin Méheut qui contribuera à la découverte de la Bretagne, de son âme et de ses métiers par Yvonne Jean-Haffen. Elle aimait également se rendre à des pardons pour croquer sur papier ces personnages incarnant si bien une certaine Bretagne, aujourd’hui disparue.

Cet amour du Pays la conduira à recevoir le Collier de l’Hermine décerné l’Institut Culturel de Bretagne en 1992.

La convergence des œuvres

L’exposition, qui se déroule dans quatre pièces réparties sur les deux étages de la maison, voit les œuvres de Jeanne Malivel et d’Yvonne Jean-Haffen se croiser dans une sorte de dialogue dont les deux sujets de fonds, intarissables, sont la Bretagne et l’Art Déco. Des pièces exceptionnelles sont visibles, des illustrations aux croquis en passant par des faïences Henriot Quimper de valeur inestimable.

Malgré la clôture de l’exposition dans quelques jours, n’hésitez surtout pas à vous rendre rapidement à Dinan pour découvrir une étape importante de l’histoire de l’art de l’entre-deux-guerres en Bretagne. L’Art Déco n’est pas mort et mérite bien un détour !

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VL

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