Référendum en Catalogne. De Vic l’indépendante à Barcelone la cosmopolite

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01/10/2017 – 11h15 Barcelone (Breizh-Info.com) –  Cette nuit, la Catalogne, l’Espagne et toute l’Europe ont retenu leur souffle. Personne ne dort vraiment ici à Barcelone, pas même les touristes qui tentent désespérément d’échapper à la politique.

Les partisans du référendum investissent de temps à autre les rues pour faire du bruit avec ce qu’ils trouvent et crier leur volonté de voir la Catalogne « se libérer du joug espagnol« . D’autres se sont retrouvés près du front de mer. La dernière manifestation pour l’indépendance a réuni 70.000 personnes à Montjuïc… bien plus que le maigre défilé des unionistes à Barcelone ce samedi.

A Vic, son opinion on ne la crie ni la tape sur des casseroles. On l’affiche à sa fenêtre. Senyaras – les étendards catalans sang et or créés au IXe siècle, esteladas bleus et rouges – ces drapeaux d’abord inspirés du Cuba Libre puis de l’étendard européen, où l’étoile reprend le slogan selon lequel la Catalogne sera le prochain état européen – s’affichent à toutes les fenêtres.

Il y a aussi des Si (oui) de toutes les couleurs. Un énorme, orange, barre en diagonale la Plaça major, près de la mairie.

Elle affiche clairement la couleur locale : ici, écoles et lieux publics sont occupés pour le référendum du 1e octobre. Ici, tout le monde ou presque parle catalan. Ici, la supérette chinoise face à la gare a sorti tous ses drapeaux catalans de son stock. Ici, on planquera bureaux, urnes et électeurs s’il le faut pour permettre à la population d’exprimer sa volonté d’une Catalogne indépendante.

Coincée entre les montagnes, Vic est bouillante. Si on excepte l’architecture, la langue et la latitude, elle ressemble à la Bretagne : une église tous les 100 mètres et un refus obstiné de se soumettre, de se laisser porter au gré des puissants.

Fer de lance des révoltes catalanes anti-centralisatrices du début du XVIIIE, elle a été la première capitale de Comarque à se déclarer « territoire catalan libre » le 17 septembre 2012.

Ici, à Vicus Ausonensis, le nom ancien de la ville, l’indépendantisme transcende tous les courants politiques. Des dizaines d’affiches de toutes inspirations mobilisent pour le vote du 1e octobre. Étoiles rouges et appels à un « si de classe », drapeaux catalans et appels à défendre les libertés ou l’histoire…

Ici seulement l’estelada catalane peut se retrouver dans la même rangée de tags que la faucille et le marteau, ou le symbole des squats. « La cause de l’indépendance nous tient à coeur », résume Ester Gallego, la présidente du parti nationaliste et identitaire SOM qui a fait de Vic sa terre d’élection.

« Bien sûr, je voterai pour l’indépendance »

David a 27 ans et est ingénieur agronome. Il est dans le train qui dessert Vic, Ripoll et Latour de Carol.  » Je rentre chez moi à Sant Eugenia de Berga », dans l’agglomération de Vic. « Je  rentre pour occuper une école avec des amis. Bien sûr je voterai pour l’indépendance ».

Et si une médiation était mise en place, et si Madrid octroyait enfin à Barcelone le statut fiscal du Pays basque, comme le proposent un peu tard certains députés d’opposition espagnols ?

« Ça ne changera rien, le point de non retour est atteint. On en a trop subi ». Il me montre un article paru dans la presse locale : les gardiens d’une école où on votera le 1e octobre ont essuyé des tirs puis ont été attaqués par des unionistes. L’affaire fait grand bruit chez les indépendantistes, silence radio dans les médias espagnols.

Et si l’Espagne faisait intervenir l’armée, défendra-t-il la Catalogne les armes à la main ? « Non, notre mouvement est pacifiste« , répond-t-il. Cependant à mesure que l’on monte vers Vic les symboles de l’indépendance se multiplient. Ceux qui ont tagué « Adeu Espany » et « 1-0 vota » sur le pignon de la gare de Garrigue pensaient ils abandonner à la première épreuve de force ?

A Barcelone Pedro est employé d’un restaurant… mexicain  du centre-ville. Il ira voter, contre l’indépendance. « Au Mexique nous avons le Chiapas, l’Espagne a la Catalogne, je me sens solidaire. Et si la Catalogne devient indépendante, ça finira comme le Venezuela, je n’en veux pas.»

Cet Espagnol, rencontré alors qu’il allait rejoindre une école occupée, va voter aussi pour l’indépendance  : « Je suis Andalou en fait; et la tutelle de Madrid, on en a marre. Je voterai pour et j’espère que l’Andalousie redeviendra libre. L’Espagne n’est qu’une identité artificielle qui nous opprime. »

Même à Barcelone la cosmopolite, où tant de gens semblent n’avoir rien à faire du référendum, la situation n’est pas tranchée.

Et les quelques heures de sommeil arrachées d’autant plus fragiles : ce matin à 6h du matin, la police catalane souhaite évacuer pacifiquement les lieux occupés pour le référendum. Rien de plus ardu, tant les Catalans pro-indépendance semblent déterminés à la gagner et à tenir leurs bastions.

Tandis que Madrid fustige un référendum « sans bulletins, sans programme, sans listes et commissions électorales, sans bureaux, sans isoloirs, sans moyens« , Barcelone crie au déni de démocratie. Quelques voix appellent à un nécessaire dialogue mais il semble tard, très tard. Trop tard ?

De notre envoyé spécial à Barcelone, Louis-Benoit Greffe

Crédit photo : breizh-info.com
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  • Alain Peulet

    Connaissez vous vraiment Vic ..? Une ville de musulmans , de maghrébins et subsahariens …! Alors les Catalans , en minorité ???