Comment visiter Barcelone sans se faire avoir par les attrape-touristes

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15/10/2017 – 05h50 Barcelone (Breizh-Info.com) – On ne le dira jamais assez : Barcelone est l’une des villes d’Europe à voir absolument. Avec Paris, Rome, Prague, Venise, Londres ou encore Florence.

Mais comme c’est un point de ralliement touristique – 7 millions de touristes par an – il y a de nombreux attrape-touristes. Un peu comme Paris, qui accueille près du double (17 millions de touristes étrangers en 2014). Pourtant à Paris, l’oppression de « l’industrie touristique » ne se ressent pas aussi brutalement qu’à Barcelone.

Repas : à Barcelone, on peut encore manger pour moins de 15 €

A Paris, les bonnes adresses où on peut manger – autre chose que des sandwichs ou des kebabs – pour moins de 15 €, boisson comprise, se comptent et se partagent en chuchotant. Il suffit de franchir le périphérique pour en trouver plein, dans les anciennes banlieues ouvrières, ou de remonter dans les quartiers du nord-est pour y dénicher des gargotes aussi bonnes que peu chères.

A Barcelone, plutôt que d’aller dans les grandes brasseries, on peut se rendre dans les petits restaurants souvent tenus par des chinois. Les barcelonais eux-même y mangent, et on peut ainsi déjeuner très copieusement, bière ou vin compris, pour 15 € voire moins. Il y a aussi de bonnes adresses dans des lieux pourtant très touristiques.

Près de la Sagrada Familia, le monument et le chantier emblématique de la ville, le grand nombre de touristes a favorisé une éclosion de nombreux restaurants, notamment portugais, mais aussi mexicains et sud-américains. On peut ainsi y manger de très copieuses tapas portugaises (Oporto restaurante, Sardenya, 296), péruviennes ou encore mexicaines (la Taqueria, Passatge de Font, 5) qui est l’endroit pour découvrir que ce que les français appellent tacos est très éloigné de l’original.

On trouve aussi près de l’église de la Mercè, juste en face même sur la Carrer Ample, une intéressante pizzeria avec des parts très copieuses à 2.90 € l’une. Et on peut évidemment en prendre plusieurs, de divers types. Une adaptation à Barcelone du concept nantais (et aixois) du Lumberjack très bienvenue.

Bars : fuyez les atttrape-touristes !

Si vous ne voyez pas un seul catalan ou espagnol dans le café et que le serveur parle anglais, c’est mauvais signe. Ainsi, les guides du genre « sortir le soir dans l’Eixample », l’extension neuve de la ville construite à la fin du XIXe siècle au nord du quartier gothique ne donnent pour l’essentiel que des bars faits pour les touristes et fréquentés par eux-mêmes.

Ainsi du Dow Jones (Bruc, 97, metro Girona) où nous sommes allés par curiosité. Dans ce bar, les prix ne sont pas fixes, ils varient en fonction de l’offre et de la demande, comme à la bourse. Un concept qui ferait frémir de peur tout inspecteur fiscal français, mais qui permet surtout de vendre les boissons deux fois le prix normal pratiqué à Barcelone. Et de voir des touristes américains beurrés qui s’enfilent des demis à la chaîne. De temps à autre il y a un « krach » et tous les prix s’effondrent. Mais restent supérieurs à la moyenne de Barcelone, et même parfois aux prix pratiqués dans les grandes villes françaises.

Même au sein des quartiers touristiques, on trouve sans peine de bonnes adresses. A Barceloneta, un triangle reconnaissable à ses immeubles hauts, rectangulaires et fins, pareils à des insulas romaines, près du port, fuyez les deux berges, celle qui donne sur le port et l’autre sur la mer, et enfoncez vous dans les ruelles. Dans le centre-ville, même les quartiers touristiques sont pleins de bonnes adresses – tels ce bar à vins en plein milieu du Call, l’ancienne juiverie médiévale, ou la pâtisserie fameuse d’un bar au n°27, passeig del Born. Ajoutons à cela que la bière, locale, l’Estrella, est fameuse, pas chère et qu’on la trouve partout (de 1.80 à 2.50 € le demi), et qu’il en existe même une version sans gluten.

Musées : c’est cher, mais il y a des combines

Pour les musées, rien à dire, c’est cher. Pour la Sagrada Familia, c’est 15 € minimum, il faut acheter sur le web et réserver à l’avance. Une situation qui exaspère nombre d’habitants de Barcelone : l’industrie touristique qui fait vivre la ville prive aussi les habitants de leur patrimoine. Et bien que beaucoup d’entre eux ont encouragé l’exploitation maximale du tourisme, ils en vivent maintenant les effets pervers. Compter aussi 12€ pour le palais Guell, 7€ pour le musée historique de la ville, 18€ pour le très beau palais de la musique catalane, 11 € pour le musée Picasso – et il faut réserver en ligne aussi, 10 € pour le musée du modernisme catalan, 11€ pour le téléphérique du port, 20€50 pour la Casa Mila construite par Gaudi, 13€ pour l’Hospital de la Santa Creu i Saint Pau, un énorme ensemble moderniste construit comme le palais de la Musique par Lluis Domènech i Montaner, 7€ pour le parc Güell – il vaut mieux réserver en ligne etc. Bref, tout un budget.

Bien des églises sont payantes – ce qui n’est guère le cas à Vic ou à Gérone par exemple. A Vic seul le choeur de la cathédrale est payant, avec la sacristie et la crypte (3€) qui méritent bien de se mettre en frais. Et encore, les bénévoles de l’église n’y sont pas aussi insistants qu’à Barcelone où même quand l’entrée est libre – ce qui est écrit sur un panneau placé devant eux en plusieurs langues – ils vont essayer de vous arrêter pour vous fourguer l’audioguide à 6€ ou une obole présentée comme obligatoire. D’ailleurs, s’ils parlent une langue, ce ne sera que l’espagnol et il vous faudra insister lourdement pour entrer sans payer, comme cela vous est autorisé. Par exemple à l’église de la Mercè, dont le (très) petit musée ne mérite pas une pareille dépense.

La cathédrale est accessible pour 7€ (3€ seulement pour accéder au cloître, 3 autres € si vous voulez voir le musée). Mais il faut savoir que le soir, elle est ouverte gratuitement pour les fidèles. Ceux-ci s’entassent dans une petite chapelle à droite en entrant où a lieu la messe, tandis que les touristes, nombreux, profitent de l’occasion pour visiter. Les retables somptueux des XIVe-XVIIIe siècles, qui ornent toutes les chapelles, valent à eux seuls la visite. Cependant, on regrettera que la crypte où se trouve le tombeau de sainte Eulalie soit mal mise en valeur – ne serait-ce que par un éclairage – et barrée d’une grille où s’entassent les touristes.

Tout près, l’église Sant Just i Pastor, construite en 1342, est censée être accessible pour 5€. En journée. Le soir, c’est grand ouvert, et gratuit. Dépensez tout de même 2€ pour monter au clocher, de là on voit toute la ville et ses nombreuses églises – dont une palanquée ne sont pas sur les circuits touristiques bien qu’elles aient quand même une forte valeur patrimoniale. Donc, comme les touristes – ainsi que les journalistes – sont des créatures fort grégaires qui s’entassent tous aux mêmes endroits, dans ces églises là, vous pouvez être (un peu) tranquilles.

Curieusement, la magnifique gare de France, un monument de l’âge de Fer, construite en 1848 et reconstruite en 1929, n’est pas payante. Allez-y. Elle est monumentale et presque vide : tout est concentré dans la très moche et fonctionnelle gare de Sants, au nord-ouest de la ville. Pour prendre un train dans presque toutes les directions, depuis le centre de Barcelone, privilégiez Passeig de Gracia, qui est aussi un nœud de correspondances du métro. Assez belle aussi, la gare du Nord située près de l’Arc de Triomphe a été saucissonnée pour être réaménagée en salle de sport et en gare routière.

Délinquance : les Ramblas et Raval, points noirs d’une ville plutôt calme

On peut traverser Barcelone la nuit sans grands risques. Ce qui n’est plus possible à Paris ou à Marseille, et de plus en plus difficile dans nombre de villes françaises. Deux exceptions cependant, les Ramblas, qui sont à partir de 17h un grand marché à la sauvette à ciel ouvert, bourré de pick-pockets, comme le boulevard de la Chapelle à Paris.

Et Raval, situé immédiatement à l’ouest desdites Ramblas. Il y a pourtant de beaux monuments, comme l’Hospital de la Santa Creu ou le Palais Güell, mais le quartier demeure assez mal famé, notamment parce que de nombreux immigrés pakistanais et maghrébins y cantonnent la nuit, sifflant les belles filles, vendant de la drogue ou volant téléphones et tout ce qui est mal rangé dans les poches. Bref, c’est plus simple d’aller à El Raval le matin… comme dans de nombreux quartiers sensibles en France. Barbès lui même à 10 heures, c’est très calme et accueillant. A 18 heures, c’est une filiale de l’enfer.

On retrouve aussi les pickpockets en début de soirée (17-19h) aux abords immédiats de la cathédrale – des jeunes hommes de 18-25 ans, par groupes de deux, principalement marocains. Si vous les prenez en flagrant délit, ils vont sourire comme s’ils vous ont fait une bonne blague, et si vous les engueulez, ils vous répondront « nique ta race ». Voilà enfin des habitants de Barcelone qui parlent français. Bref, si vous êtes en groupe, restez groupés et faites attention à vos poches, si vous êtes seuls, planquez le smartphone dans votre pantalon et ne vous laissez pas accoster, surtout quand vous prenez des photos ou que vous admirez les monuments.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : pixabay (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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