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18/10/2017 – 06h45 Nantes (Breizh-info.com) – Lorsque la mairie de Nantes a annoncé que le square Fleuriot disparaîtrait pour laisser place, au cœur de Nantes, à un bâtiment tout ce qu’il y a de plus insipide qui accueillerait la locomotive commerciale Uniqlo, bien des connaisseurs de la ville, qui pleuraient déjà les beaux magnolias, se sont dits qu’il allait y avoir un os. Ou plutôt des (vieilles) pierres : c’était l’emplacement des murailles XIIIe et de la tour du Connétable. La mairie, visiblement, ne s’étonnait pas que rien ne fut rebâti après la démolition de l’ancienne Poste en 1972 ou n’a pas pris la peine de consulter un plan archéologique.
Et ce qui devait arriver arriva : outre les fondations de la Poste construite en 1884 et de la Halle aux Blés, les archéologues qui faisaient le diagnostic tombèrent rapidement sur des fondations très bien conservées. Le projet était remis en cause – à leur place il devait y avoir un sous-sol servant de local commercial pour Uniqlo.
Logiquement, on pouvait s’attendre – comme ce fut le cas avec l’affaire de l’ilôt Lambert dans le Bouffay, en 2008, qui a marqué durablement les consciences, le saccage des chapelles des Espagnols en 2011, la reconstruction (en panne) du musée Dobrée en 2008-2013, ou en 2010-2013 avec le saccage du château d’Ancenis (restauré depuis) par un bâtiment moderne du conseil général de Loire-Atlantique, reconnu illégal depuis – à ce que la DRAC mange son chapeau, plie devant le pouvoir politique et autorise une fois de plus un massacre à la bétonneuse. Comme la mairie sait si bien le faire – par exemple en 2015 avec les salons Mauduit. Pourtant, il semblerait qu’il n’en est rien et que les fortifications médiévales seraient conservées. Nous avons interviewé Lény Charrier, président de l’association Forum Nantes Patrimoine.
Breizh Info : Bonjour Lény Charrier, le projet immobilier du square Fleuriot se mue en imbroglio archéologique, qu’en pensez-vous ?
Lény Charrier : Lorsqu’il y a eu la réunion d’information le 27 juin dernier pour présenter le projet aux riverains, les gens qui l’ont présenté ont expliqué qu’il était probable que les fondations de la Poste et de la Halle aux Blés allaient être mises à jour. Ils n’ont pas mentionné la muraille, mais à mon avis à dessein car ils savaient que ce type de vestige allait remettre en cause l’immeuble.
Breizh Info : Ce qui n’a pas manqué d’arriver.
Lény Charrier : Effectivement. Lors du diagnostic archéologique préventif du 11 au 22 septembre, les vestiges de la muraille et de la tour ont été découverts, sur l’emplacement d’un sous-sol profond de 4 mètres qui doit servir d’espace commercial pour Uniqlo. Or il était prévu de tout araser. La DRAC a refusé le projet tel quel. Puis il y a eu une proposition d’araser partiellement les vestiges et de faire le sous-sol quand même, la DRAC a encore dit non. Et maintenant on s’achemine vers leur conservation, soit dans un sarcophage de béton ce qui serait dommage, soit visibles à travers un plancher vitré, ce qui serait mieux.
Breizh Info : La DRAC qui dit non à la mairie, ça change ?
Lény Charrier : Il y a clairement une rupture. La DRAC a dit non à la mairie sur deux versions successives du projet.
Breizh Info : La DRAC était bien plus souple vis à vis du pouvoir politique – pour ne pas dire qu’elle a renoncé à plusieurs reprises de défendre le patrimoine – au temps où Georges Poull était directeur régional des affaires culturelles et Luc Caudroy CRMH, non ?
Lény Charrier : Ce sont des vestiges très importants sur le plan historique et archéologique, le personnel de la DRAC – notamment les cadres dirigeants – ont en effet beaucoup changé depuis 2012-2013, il y a de nouvelles personnes plus investies pour le patrimoine…
Breizh Info : Quel est votre avis sur le devenir du square Fleuriot ?
Lény Charrier : L’avantage d’un nouveau projet c’est qu’il y aura de nouvelles fouilles, qu’on espère plus complètes. Maintenant, s’il n’y a pas de nouveau projet, il est fort probable que les vestiges soient enterrés de nouveau et qu’une place soit réaménagée. S’il n’y a plus de projet, ce serait au moins bien qu’il y ait des fouilles pour que la connaissance historique de Nantes avance.
Breizh Info : La municipalité de Johanna Rolland a décidé d’imprimer sa marque sur le centre-ville, notamment en faisant disparaître plusieurs squares. Le square Amiral Halgand près de la mairie, le square Daviais à l’ouest de Commerce… qu’en pensez-vous ?
Lény Charrier : Le square Halgand est une dent creuse issue des secteurs qui n’ont pas été reconstruits après les bombardements. Le square Daviais a été réalisé dans le cadre des comblements de la Loire par Etienne Coutan [auquel on doit aussi la rénovation de la porte Saint-Pierre en 1911, l’ancien dépôt des tramways de la Morrhonnière en 1913, le square du Maquis de Saffré en 1934] et il se trouve que tant les commerçants voisins que ceux du marché veulent sa sauvegarde.
Breizh Info : La municipalité veut absolument densifier le cœur de la ville et y implanter des espaces commerciaux. Cela vous paraît-il pertinent ?
Lény Charrier : Au vu des espaces vides dans le Carré Feydeau, non. Même Johanna Rolland en a reconnu récemment l’échec. Les loyers sont trop chers dans ces constructions neuves, donc insoutenables à part pour des « locomotives », des grandes enseignes qui ont besoin de grands espaces, et qui sont déjà implantées un peu partout. Pour une ville qui se dit socialiste, il faudrait plus de petits commerces, d’artisans, plutôt que d’avoir des McDo ou des Uniqlo.
Breizh Info : De même la mairie veut revitaliser et restaurer l’îlot de la Commune, [dit aussi îlot Saint-Vincent] au sud de la mairie, un ensemble très dégradé de bâtiments anciens qui accueillait encore quelques services municipaux et où ne reste guère aujourd’hui qu’une pizzeria. Dans le même coin l’ancienne école des Beaux-Arts devra elle aussi avoir un avenir.
Lény Charrier : On sera très vigilant sur ce secteur aussi.
Breizh Info : Passons aux friches. Le Grand Blottereau d’abord, un joyau du XVIIIe dont la ville ne fait rien, pour ainsi dire ?
Lény Charrier : J’y suis rentré récemment, entre les rambardes en bois érigées pour qu’on ne s’approche pas des murs et l’état intérieur pas entretenu du tout, ce n’est pas normal. Il faut lui trouver une véritable utilisation. Là il sert de dépôt lapidaire, voire exceptionnellement de dépôt tout court pendant la Folie des Plantes. On souhaiterait aussi, au-delà de travaux nécessaires à l’intérieur qu’ils soit ouvert davantage au public.
Breizh Info : Autre friche emblématique, les Cordeliers. L’ancienne maîtrise est devenue une colocation solidaire animée par l’association Lazare, le mur de l’ancienne église le long de la rue a été consolidé, mais la restauration de ce qui reste du couvent, lieu majeur de l’Histoire de Nantes et de la Bretagne, tarde toujours. Qu’en est-il ?
Lény Charrier : Il y a des fouilles l’été depuis deux ou trois ans, quelques travaux ont été faits, il y a une réelle volonté de mettre en valeur cet espace, donc on attend de voir. Cela dit, on souhaiterait que la rue des Cordeliers ne soit plus une rue, de façon à reconnecter le couvent des Cordeliers avec les chapelles des Espagnols de l’autre côté.
Breizh Info : Elles ont été pourtant saccagées par une rénovation assez récente, où la DRAC et la mairie ont d’ailleurs été d’une discrétion de violette, et sont maintenant des logements ?
Lény Charrier : Ce serait un moindre mal qu’elles soient rouvertes pour la connaissance historique. Et nous souhaitons qu’il y ait des fouilles sur la place Dumoustier, qui est l’ancienne abbaye Notre-Dame, la nécropole de la maison ducale de Montfort. Tout cet ensemble, des Cordeliers à la place Dumoustier, peut former un parc archéologique très intéressant pour une métropole comme Nantes, à la fois en terme de patrimoine et d’image, puisque Nantes souhaite attirer les touristes et être connue dans le monde.
Breizh Info : Enfin, dernière friche historique emblématique, l’Hôtel de la Duchesse Anne, déjà très dégradé en 2012, qui l’était encore plus en 2015, arasé partiellement depuis et qui semble ne plus avoir comme vocation que de servir de supports aux tags des manifestations qui passent devant.
Lény Charrier : Il n’y a toujours pas de projet, on aurait souhaité que la ville de Nantes s’empare du projet alors que les propriétaires n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord. L’actuel ABF était opposé à l’arasement des parties qui sont les plus emblématiques, mais la Ville est passée outre car il y avait des risques pour la sécurité des biens et des personnes.
Breizh Info: La Ville de Nantes vante la co-construction, c’est à dire l’élaboration avec, par et pour les habitants des opérations d’aménagement municipales. Qu’en est-il vraiment ?
Lény Charrier : La co-construction, ça n’existe pas. On voit toujours un service de l’urbanisme tout-puissant dirigé par Alain Robert, qui refuse toute remise en cause, qui, lorsqu’il est pris en faute, se trouve des fausses excuses que les gens gobent et qui en définitive s’arrange bien pour imposer ses volontés.
Breizh Info : L’apathie de l’opposition municipale nantaise sur les sujets de patrimoine sur lesquelles elle est très discrète, y participe-t-elle ?
Lény Charrier : Probablement, oui.
Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : breizh-info.com
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