01.12/2017 – 06h30 Nantes (Breizh-info.com) –Alors que le plan d’aménagement du centre-ville de Nantes prévoit de supprimer les squares Fleuriot et Daviais au coeur de la ville pour les remplacer par des surfaces de logement ou de commerces (voire le square Halgan au sud de l’hôtel de Ville), nous nous sommes intéressés aux squares de l’hyper-centre nantais. Il apparaît qu’ils sont en partie laissés à l’abandon, certains d’entre eux concentrent même incivilités et trafics. Loin d’apporter de l’oxygène aux quartiers où ils sont implantés, ils abritent la délinquance sous leur frondaison où flotte parfois une odeur insistante de cannabis.

Square Daviais : magnifique le jour, délinquant la nuit

A l’extrémité ouest de l’ile Feydeau, le square Daviais est un havre de paix dans la journée, surtout en cette période de l’année où l’on peut y admirer la toison d’or de l’automne. Créé en 1930 par Etienne Coutan dans le cadre des travaux de comblement des bras de la Loire, le square Daviais est néanmoins tributaire, après 17h et jusque tard dans la nuit, de la proximité de la zone de non-droit de Commerce, épicentre de la vente de drogue dans le centre-ville.

Dealers et fumeurs s’y installent, ainsi que des groupes de clandestins, bien tranquilles pour s’aviner. Plus tard dans la soirée, le trou sombre du square, facilement accessible puisque pas clôturé, est l’abri des ivrognes et des pickpockets. Des interpellations sont régulièrement réalisées à ses abords immédiats, mais chaque nuit, vols de portables et deals de drogue s’y succèdent jusqu’à une heure assez avancée, souvent trois voire quatre heures du matin.

« La nuit, j’évite de passer par là. Et d’ailleurs par la zone de Commerce en général », nous explique Elodie, 24 ans, qui habite en centre-ville. « Plus tôt dans la journée je peux passer, mais si c’est pour sentir l’odeur de la weed et me faire siffler quand je porte une jupe, ce n’est pas la peine. Soit je suis en pantalon et je passe à côté, soit je suis en jupe et je passe par la rue de la Fosse ou en longeant l’hôpital, mais pas par là ».

Céline, jeune mère de famille, regrette de son côté que « le square soit infréquentable passé la fin de l’après-midi. Le matin, y a personne, pour les enfants c’est très bien, mais le soir et la nuit c’est vraiment la catastrophe. Nous on allait au Jardin des Plantes, mais comme il est de plus en plus mal fréquenté on va carrément à Procé ».

Square Elisa Mercoeur : infréquentable près du Carré Feydeau

A l’autre bout de la zone sensible qui s’étire maintenant de la Médiathèque à Bouffay se trouve le square Elisa Mercoeur issu de la rénovation du Carré Feydeau (Neptune) et de ses abords.  Des constats similaires au square Daviais peuvent y être faits : l’endroit est infréquentable en fin d’après-midi et jusqu’à trois heures du matin, surtout pour la partie la plus proche du square Feydeau.

La nuit, les flux liés à la prostitution – issue des pays de l’Est et non d’Afrique noire comme sur l’axe allant du Cardo à la gare – s’ajoutent au désordre ambiant. Plus à l’est, entre la station Duchesse Anne et les douves du château, le petit espace de verdure est propice aux deals en début de soirée et aux vols, avec ou sans arme, la nuit. Bref, ce n’est pas l’endroit le plus recommandable du centre-ville nantais, on s’en doute.

« C’est un supermarché de la drogue ! », s’exclame ce serveur d’un bar tout proche. « Côté Bouffay, ce sont des Maghrébins qui essaient aussi de tirer les sacs et les portables de nos clients après une heure du matin, draguent lourdement, sifflent, font les poches. Et de l’autre côté y a des Blacks qui ont plutôt tendance à se bourrer la gueule entre eux, comme ils le font dans Bouffay, puis s’en prennent à d’autres ivrognes comme eux ou à tout le monde parce qu’ils sont bourrés et en rogne contre le monde entier ».

Sylvie, qui vit juste à côté, « va se promener au Jardin des Plantes. Il n’y a pas que le Carré Feydeau qui a été une erreur, le square et les abords ce n’est pas mieux. Il y a les marginaux bourrés qui stationnent près de la supérette, voire dans le hall – celle-ci semble avoir complètement baissé les bras pour assurer la sécurité de ses clients – les types qui sifflent toutes les filles, j’y ai droit régulièrement, avec les blagues salaces et tout, les bagarres, la nuit c’est le bordel… et à chaque manifestation y a de la casse ». Elle pense « déménager, probablement près du parc de Procé : quitte à payer cher, autant avoir la qualité de vie, dans le centre on ne l’a plus et c’est triste car Nantes est une très belle ville… et c’est surtout ma ville ».

Square de l’amiral Halgan : face à la mairie, camping et WC défoncés

Face à l’entrée sud de l’Hôtel de Ville, ce n’est guère mieux.  Le square Halgan, facile d’accès grâce à ses clôtures plutôt basses, est un lieu bien pratique pour s’aviner le soir, dans un quartier du centre qui manque un peu de lieux discrets où l’on peut s’asseoir. Résultat, « tous les soirs ou presque il y a des types qui y boivent », remarque Moussa, qui vit à quelques mètres de là. « Y en a qui sont discrets, d’autres ont de la voix ou se bagarrent entre eux, y a aussi des habitants du quartier qui font leur petite pause bière en passant les clôtures, mais ce n’est pas normal.  Un square, quand c’est fermé, ça doit être fermé ».

Une réalité qui se traduit aussi par des vandalismes ; « ça fait trois mois que les WC dans le parc sont défoncés », remarquent des agents municipaux qui posent des grilles à proximité. « Sans oublier tous les marginaux qui s’installent pour y camper  et y boire; c’est bien, y a de la verdure, mais ce n’est pas fait pour ça, c’est un square ». Ni un spectacle pour les familles avec enfants.

Square des combattants d’Afrique du Nord (place René-Bouhier) : marginaux et alcool au menu

Situé sur une partie de la place René Bouhier, le square des Combattants d’Afrique du Nord a été aménagé après-guerre sur l’emplacement de l’ancien marché.   Lui aussi délimité par des clôtures basses, il abrite une aire de jeux. Cependant nombre de familles fuient l’endroit. « Le matin ça va encore, même s’il y a des mégots et des canettes par terre en nombre », souligne Stéphane, qui vit dans le quartier. « Mais l’après-midi et surtout le soir jusqu’à la fermeture du square et bien après, c’est le refuge de marginaux et de migrants qui viennent y boire, fumer – même sur l’aire de jeux d’enfants – et pas que des clopes ».

Nous y sommes passés bien après la fermeture : si le portail (bas) est fermé par un cadenas, des Géorgiens jouent aux boules, et les munitions ont été prévues en nombre. Plusieurs packs de bière attendent les combattants – il y a une épicerie de quartier juste à côté pour recharger, si les munitions venaient à manquer. Juste à côté, une compagnie de marginaux boit et crie, fort. « On a déjà appelé la police », nous explique une mère de famille qui habite à quelques dizaines de mètres. « Ils ont fini par venir une fois, il y a eu la paix pendant une semaine et ça a recommencé après. Résultat nous aussi on va à Procé, comme bien d’autres. »

La situation n’enchante guère les commerçants : « ils pissent sur les portes, les murs, on est obligés de veiller », nous explique l’un d’eux. Un client du bar situé à l’angle de la rue Charles Brunellière et du quai de la Fosse nous explique avoir déjà eu affaire à l’un d’eux. « Je suis sorti me griller une clope, le bar était ouvert, y en a un, un punk à chien quoi,  qui s’est pointé et il a commencé à pisser sur la porte, comme ça, sans problème. Je lui ai dit, t’as pas de souci, tu veux que je t’aide ou quoi ? Il a commencé à m’insulter, il sentait l’alcool à 100 mètres. Bon du coup je lui ai mis une tarte et il s’est cassé quoi ». Depuis cet argument frappant, les marginaux évitent d’uriner sur le bar quand il est ouvert.

Squares Faustin Hélie, Etienne Destranges et Louis Bureau : la paix est préservée

Quelques squares échappent cependant à ce tableau un brin décourageant. A commencer par les squares Faustin Hélie et Etienne Destranges, du temple protestant à l’ancien palais de Justice. Le premier est protégé par de hautes grilles bien fermées la nuit. Le square Louis Bureau, derrière le Museum d’Histoire Naturelle, situé dans un quartier calme et très bourgeois, échappe lui aussi aux marginaux, aux fumeurs de cannabis et aux ivrognes. Idem pour le cours Cambronne, bien plus au sud, et l’enclave de verdure au sud de la Cathédrale et de sa Psalette, à l’est du centre-ville.

Pour le square Chéreau, qui jouxte le musée de l’Imprimerie et la Médiathèque, le constat est plus nuancé : s’il bénéficie de passages réguliers des vigiles qui gardent l’ensemble municipal, en fin d’après-midi et début de soirée, « des jeunes y écoutent de la musique très fort », nous rapportent les riverains, d’autant plus « agacés que ce square accueille aussi le jardin collectif et particulier du quartier » : chaque jardinier a  sa parcelle parmi celles situées près des murs et grilles et tous participent à l’entretien du carré central où chacun, visiteur ou riverain peut se servir en herbes aromatiques et autres légumes de saison.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : Breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

3 Commentaires

  1. A cet excellent recensement, il manque l’île de Versailles. Elle aussi échappe pour l’essentiel à l’invasion. Comme d’autres jardins par les grilles, elle est protégée par son insularité. Tout à côté, le square du maquis de Saffré ne dispose que de grilles basses. Apparemment, il n’est pas encore trop envahi, mais c’est peut-être parce qu’il est formé d’une surface très bétonnée presque nue..
    Les marginaux et les ivrognes ne sont pas une nouveauté. Le square de la place René-Bouhier était déjà un lieu de réunions alcoolisées aux beaux jours il y a trente ans. Ce n’était pas un exemple pour les enfants, mais si ces clochards « bien de chez nous » se battaient parfois entre eux, il n’étaient pas dangereux pour les passants. C’étaient des blessés de la vie, ils étaient surtout à plaindre.
    L’immigration a changé la marginalité pas seulement quantitativement mais aussi « qualitativement », car elle a amené des gens qui ne sont pas seulement en déshérence mais qui sont là délibérément pour « vivre sur la bête ». Peut-être faudrait-il cesser d’utiliser le mot « marginaux », car ces nouveaux-venus ne sont pas en marge d’une société dont ils font partie, ils sont d’une autre société.

    • Le square du Maquis de Saffré a été refait de fond en comble, il fait donc partie des espaces surveillés.
      Halgand et Daviais sont amenés à disparaître, afin que personne ne les regrette, on laisse la zone s’installer.
      En plus des symptômes de sociétés, nous sommes en face d’une politique délibérée.
      Même chose avec la jonction TAN Commerce. Comme tout va être défoncé, on laisse pourrir en estimant que les travaux feront le ménage.
      Sauf que ce n’est évidemment pas si simple.
      La logique était la même aux abords de Mercoeur. On voit le résultat.
      Paupérisation plus immigration incontrôlée et la ville est vite débordée.
      Les clandestins subsahariens récents ne sont pas, encore et en moyenne, sources de problèmes. Ils cherchent à s’installer et les plus sérieux arrivent à se tenir à carreaux.
      Mais combien de temps en n’ayant pour perspective que de rester assis sur un banc ? Et combien de temps tiendront ceux à qui l’Etat fournira des postes de travail précaires ?
      Le deal, c’est beaucoup plus les jeunes maghrébins qui fonctionnent en quelque sorte comme des travailleurs saisonniers. Ils n’ont aucun plan sur le long terme autre que de crâmer de l’argent facile dans un pays qu’ils méprisent. Les quartiers HLM nantais les chapotent, ayant eux aussi trouvé leurs mains d’oeuvres à pas cher et avec moins de risques de concurrences internes.
      Le fait reste que beaucoup trop de clients sont des Occidentaux décadents.
      Au moins pour le cannabis, il y a tellement de possibilités d’autoproduction que se fournir dans la rue devrait être criminalisé.
      La légalisation est impossible, faute de voir le Maroc sombrer dans un autre de ces printemps arabes qui passent sans transition dans un long hiver.
      La solution est au contraire de dépénaliser l’autoproduction d’une certaine quantité.
      Alors le petit Blanc lâche, parano et égoïste sera moins regardant à fournir son cercle social. Le trafic sera contenu sans pour autant que les populations du riff se jettent dans les villes marocaines, premières étapes avant de se jeter dans les européennes.
      Marginalement, la qualité s’en ressentira également. Et le dealer aura moins de facilité à proposer d’autres cames bien pire. Moindre mal sanitaire.
      Enfin, limiter la hausse démographique, notamment parisienne qui exporte ses mœurs décadents.
      Ces derniers représentent une bonne part de la clientèle.
      Les Bretons ne sont malheureusement pas les derniers à se défoncer mais une certaine descence était de mise. Cela se faisait plus discrètement, souvent dans un cadre « festif ».
      Le petit loser Francilien ayant quitter sa ville pourrie a vu bien pire et n’est aucunement choqué parce qu’il peut voir à Nantes. Sa tolérance est notre perte. Si ça ne concernait que la drogue… Mais les prix, la circulation… Allez lui dire que ça empire, il sera toujours ravi.
      Le Francilien est la cause de biens des problèmes. Les allogènes sont les symptômes.

    • Le square du maquis de Saffré n’en est pas vraiment un et surtout il est en ligne de mire des caméras perchées sur l’ilôt de la Préfecture. Il est aussi bien en vue et facile d’accès en cas de troubles… mais c’est vrai que c’est un coin de Nantes qui y échappe plutôt.

      L’île de Versailles fait déjà partie des squares périphériques. Peut-être un jour Breizh Info s’y intéressera, notamment parce qu’il y a à dire sur certains d’entre eux, situés sur l’ile de Nantes, à Chantenay ou à Doulon.

Comments are closed.