« Les chasseurs d’écume » , ou la vie difficile des pêcheurs de Douarnenez (bande dessinée)

A LA UNE

La bande dessinée Les chasseurs d’écume décrit la vie difficile des pêcheurs de Douarnenez au XXe siècle. Une série enracinée qui mérite d’être découverte.

Les trois premiers tomes se déroulent avant la première guerre mondiale. La sardine est le cœur de l’activité économique. Dans le tome 1, en 1901, Jos Gloaguen âgé de seulement 12 ans embarque sur la chaloupe de son père. Les hommes pêchent sur de frêles barques, tandis que leurs épouses – les Penn Sardin- s’activent à la conserverie contre un salaire de misère. Dans le tome 2, Jos Gloaguen participe à une révolte des pêcheurs réprimée par la gendarmerie à cheval. Dans le troisième tome, pendant la Première Guerre mondiale, Jos devient marin sur le cuirassé Danton. Mais celui-ci est coulé par un sous-marin allemand. Jos est ensuite affecté sur le cuirassé Mirabeau. A la fin de la guerre, celui-ci se dirige vers Sébastopol, pour aider les Russes blancs luttant contre la révolution bolchevique. C’est alors qu’éclatent les Mutineries de la Mer noire. Mais, courageusement, Jos refuse de participer à la grève des matelots favorables aux rouges… A son retour, il épouse la belle Anna Coëdic… Le tome 4 décrit la situation des pêcheurs de Douarnenez pendant les années 1920. En 1920, Jos Gloaguen et Anna ont un garçon, qu’ils prénomment Fanch. Mais la vie des pêcheurs est difficile. En 1924, les tensions sociales se crispent. Alors que la sardine se fait attendre, les pêcheurs restés à quai exigent des patrons des conserveries de meilleures conditions de travail. Des parisiens du « Cartel des gauches », venus recruter pour un nouveau syndicat affranchi du bolchévisme, incitent à la grève. En 1925, un accord est  signé entre les délégués des femmes travaillant dans les conserveries et les industriels. Mais les pêcheurs de Douarnenez sont concurrencés par ceux de St Jean de Luz, lesquels ne font pas grève… Ainsi se clôt le premier cycle de cette série.

Dans le second cycle, le lecteur suit les aventures de Fanch, le fils de Jos. Dans le tome 5, en 1934, pendant une sortie scolaire sur la plage, l’instituteur trouve enseveli sous le sable un crâne humain ! Un spécialiste évalue qu’il est celui d’un homme né il y a 200 ans. Fanch Gloaguen vole ce crâne exposé dans la classe en imaginant qu’il appartenait à un pirate et se lance dans une chasse au trésor. Lui et ses amis se réunissent dans une cabane cachée dans un arbre et décident d’entreprendre des fouilles la nuit. Une mystérieuse fillette accompagnée d’un colosse recherche également ce crâne. Fanch découvrira qu’il s’agit du crâne d’un esclave noir qui s’était échappé d’un navire pratiquant le commerce triangulaire. Pendant ce temps, le père de Fanch convainc son équipage d’acheter un moteur pour le bateau de pêche, supplantant ainsi les voiles malgré la crainte que le bruit fasse fuir les poissons. Ainsi, le navire arrivera plus vite sur la zone de pêche et sera le premier à revenir au port pour vendre les sardines.

Le tome 6 nous transporte en septembre 1939. Fanch Gloaguen, le fils de Jos, est engagé pour combattre les allemands sur le croiseur Dunkerque. A l’Armistice, ce navire parvient à Mers-el-Kébir, en Algérie, pour être désarmé. Mais des avions anglais attaquent la flotte française. Revenu de la tragédie de Mers-el-Kébir, Fanch retrouve Douarnenez dans un cadre bien différent. Sous l’Occupation, les pêcheurs doivent s’adapter aux contrôles allemands et aux rationnements en carburant. Comme les autres français, les marins bretons hésitent entre collaborer, entrer en résistance ou simplement poursuivre leur métier. Des autonomistes bretons désignés sous le nom de Breiz Atao tentent d’en profiter pour obtenir l’indépendance de la Bretagne. Mais ils se compromettent avec Otzen, un terrifiant colonel de la SS. Quant à Fanch, il livre des boîtes de sardines à la Résistance et cache même un pilote anglais avant de l’amener en bateau jusqu’à un sous-marin allié. Le 26 août 1944, il participera à un combat contre les Allemands.

Le tome 7 se déroule en 1946. Un an après la guerre, le travail a repris à Douarnenez. La pèche s’annonce fructueuse. Pour Jos, il est temps que son fils Fanch lui succède aux commandes de son bateau de pêche. Mais des marsouins mettent en pièce les filets et dévorent les poissons. Son père lui suggère d’expérimenter un nouveau type de filet mécanique : la bolinche. En effet, la bolinche est un filet encerclant mis à l’eau à grande vitesse. En tournant autour du banc de poissons, la poche ainsi créée est progressivement rétrécie et amenée le long du bord. Dans l’espoir de sauver son activité, Fanch se laisse tenter par la modernité au mépris des traditions.

Après l’adaptation de plusieurs textes d’Anatole Le Braz, le scénariste François Debois s’inspire d’un roman historique du nantais Jean-Claude Boulard (L’épopée de la sardine, un siècle d’histoires de pêche), maire socialiste du Mans. Il crée un scénario ethnographique et livre un travail rigoureux sur les mouvements sociaux. Il dénonce également, à travers son héros, la révolution bolchevique et la tragédie de Mers-el-Kébir. Le cadre historique est respecté. Par exemple, la bataille à laquelle participe Fanch dans le tome 7 a réellement eu lieu. Dans la nuit du 25 au 26 août 1944, les allemands tentent de s’embarquer à Lesven (Cap Sizun) pour rejoindre la presqu’île de Crozon, puis Brest. Attaqués par les résistants, les soldats allemands finiront par se rendre. Cependant, comme bien souvent, on regrettera que les autonomistes bretons collaborant avec les allemands soient dénommés Breizh Atao, entretenant ainsi un regrettable amalgame. Le scénariste ajoute parfois un soupçon de fantastique tiré des légendes celtiques, par exemple avec le fantôme d’un marin. Mais les personnages principaux ne sont pas suffisamment attirants, de sorte que le souffle romanesque manque encore de consistance.

Par un trait classique et réaliste, le dessinateur Serge Fino reconstitue avec justesse le port de Rosmeur et les ruelles étroites du centre-ville de Douarnenez. Ses planches panoramiques représentant le port ou la pêche de la sardine sont magnifiques. On regrettera seulement que les visages sont très légèrement figés et la colorisation un peu terne. Malgré ces quelques imperfections, on attend la suite de cette BD avec impatience.

Cette série a reçu en 2014 le Prix de la BD maritime au festival de Perros-Guirec.

Kristol Séhec

Les chasseurs d’écume, t. 1, 1901, Premières sardines ; t. 2, 1909, Les maîtresses du quai ; t. 3, 1913, Le patron de pêche ; t. 4, 1920, La revanche des chevaliers de fer blanc ; t. 5, 1934, Le crâne de la plage ; t. 6, 1939, Les sardines sous le contrôle de la Gast ; t. 7, 1946, La guerre de la bolinche. 13,90 euros chaque tome. Editions Glénat.

Photos : DR
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