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La bande dessinée Les 5 terres, inspirée du Trône de fer, constitue une saga médiévale captivante. Dans le tome 15, les ours continuent de guerroyer contre les fauves, pour le contrôle des Cinq Terres, ainsi que contre les loups, pour libérer le prince héritier.
À Arnor, sous l’impulsion de leur roi Rinzem, dans l’espoir de dominer les Cinq Terres, les ours prennent la mer pour partir à l’assaut de la cité d’Angleon et éliminer les fauves. Durant son absence, Rinzem confie la gérance à sa fille Harin, qui reste avec Genkin, le petit frère. Attaqués, les félins se réfugient derrière le mur d’enceinte. Mais le plan des ours n’est pas couronné de succès : une grande partie des adversaires lions et tigres a réussi à fuir l’île, et la reine Astrelia a survécu. Surtout, à Arnor, des loups se sont rebellés contre l’autorité des ours, tuant Harin et prenant en otage Genkin.
L’élite de l’armée des ours repart sur Arnor avec pour mission de retrouver les loups rebelles pour les éliminer et sauver le jeune prince Genkin. Ils ne peuvent retourner auprès du Roi d’Arnor sans avoir accompli ces deux missions. Devenu captif, celui-ci découvre horrifié le traitement que les ours ont fait subir aux loups, raison de leur révolte. Lors de l’offensive des ours, qui massacrent la plupart des loups, le jeune prince Genkin est libéré mais, mystérieusement, s’enfuit. Il faut de nouveau le retrouver ! Seules les deux « pointes », groupes spécialisés dans le pistage, vont chercher Genkin et les ennemis loups qui ont survécu au massacre. Pendant ce temps, à bord de son navire, le prince Khalden, fils aîné du roi Rinzem, recherche Astrelia la reine des fauves. Avec les cartes maritimes retrouvées à Angleon, le prince et ses soldats vont visiter île après île afin d’exterminer le reste des survivants fauves.
Qui est le mystérieux scénariste Lewelyn de ce projet très ambitieux prévu sur 30 tomes (5 cycles de 6 albums) ? Il s’agit d’un pseudonyme qui réunit trois scénaristes : David Chauvel, Andoryss et Wong. Pour aller plus vite, ce trio se réunit pendant de longues journées de discussions et imagine de multiples rebondissements. Puis David Chauvel s’occupe seul du découpage des cases et des dialogues.
L’initiateur de ce projet est David Chauvel, né à Rennes en 1969 et vivant à Quimper. Titulaire d’un BTS de commerce international, il ne se prédestinait pas à la bande dessinée. Il s’inscrit au chômage et dépense ses allocations en bandes dessinées, parmi lesquelles V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd. Sa vocation nait alors. Aidé par Lucien Rollin, qu’il rencontre lors d’une séance de dédicaces, il se met à écrire et rejoint le studio «Atchoum», qui compte dans ses rangs Fagès, Le Saëc, Bertho, Lereculey, Duval et Kerfriden. En trente ans, il a écrit plus de 125 scénarios, dans tous les genres. Ses œuvres les plus intéressantes sont de 1999 à 2006 la série en 8 tomes Arthur une épopée celtique (avec Lereculey au dessin) et Res Publica sur les gilets jaunes, albums déjà chroniqués sur Breizh-info.
Pour Les 5 terres, David Chauvel voulait s’inspirer du roman Le Trône de fer, de George R. R. Martin, mais expurgé d’aspects fantastiques. La toile de fond est le passage d’un monde guerrier à un monde marchand. Mel Andoryss, de son vrai nom Mélanie Guyard, a dressé la bible des Cinq Terres, avant même la création de l’intrigue. Les Cinq Terres contiennent le territoire d’Angleon, celui des félins, mais aussi Lys, celui des singes, Ithara, le pays des reptiles, Erinal, des herbivores et Arnor, la terre des ours. C’est Angleon, la Terre des félins, île centrale, qui domine les autres. Le premier cycle est un pur chef d’œuvre. Le deuxième, focalisé sur la « mafia chinoise », parait moins intéressant. Heureusement, le troisième cycle passionne autant que le premier. Après les fauves et les primates, le trio Lewelyn met en scène Arnor et ses ours, dans un univers viking. Ainsi, on suit parallèlement le roi Rinzem et son armée qui attaquent Angleon, la cité des fauves, et son fils cadet otage des loups.
Cette saga médiévale mêlant complots politiques et incessants retournements de situation est captivante.
Pour parvenir à sortir trois albums par an, David Chauvel fait appel, une fois de plus, à son compère Jérôme Lereculey. Ce dessinateur, né à Saint-Malo en 1970, résidant à Cancale, entame à l’origine des études scientifiques dans une école d’ingénieur textile, et suit parallèlement pendant huit ans des cours périscolaires de l’École régionale des beaux-arts de Rennes. Il participe à la création du fanzine rennais Atchoum et progresse grâce à Plessix, Rollin et Pellerin. Il a déjà réalisé de nombreux albums avec David Chauvel : Nuit noire (3albums), Arthur (9 albums), 7 voleurs, Séraphin et les animaux de la forêt, Wollodrïn (10 albums). Ses meilleures séries étaient Arthur et Golias (4 volumes avec le scénariste Serge Le Tendre), jusqu’à ce que sorte la série Les 5 Terres. Lereculey renoue à cette occasion avec le récit d’aventures épiques, genre qu’il affectionne.
Pourquoi réaliser Les 5 Terres sous forme de bande dessinée animalière ? Lereculey avait par le passé dessiné la série Séraphin et les animaux de la forêt, avec David Chauvel au scénario. Depuis, ils avaient une envie commune de créer un univers avec des personnages animaliers. Mais pour Les 5 Terres, Didier Poli s’occupe de la direction artistique, Jérôme Lereculey du dessin, Lucyd de l’encrage et Dimitris Martinos de la colorisation.
Lereculey, par un découpage cinématographique, signe de magnifiques planches. Il travaille uniquement sur iPad pro, avec le logiciel clip studio, du découpage jusqu’à la planche finie. Tout est ainsi fait en numérique. Tout en mettant en scène des personnages animaliers, il fait ressortir leur humanité. Ses tigres, lions, singes et ours sont en effet très expressifs.
Le coloriste grec Dimitris Martinos, qui habite à Athènes, crée des couleurs d’une grande luminosité.
Vivement le tome 16 !
Kristol Séhec
Les 5 Terres, tome 15, Rien de plus que vivre, 56 pages, 15,95 euros. Editions Delcourt.
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