Jean-Yves Le Drian, vassal des Américains ?

30/12/2017 – 07h15 Paris (Breizh-info.com) – Comment est-on passé, par étapes successives, de la sortie de l’OTAN annoncée par le général de Gaulle en mars 1966 à la ratification par le Parlement du « Protocole de Paris » qui définit le statut des quartiers généraux militaires de l’Alliance atlantique et plus particulièrement de leurs personnels civils et militaires ?

François Hollande, alors président de la République, a parachevé la réintégration dans l’OTAN en faisant ratifier le « Protocole de Paris » qui organise les modalités juridiques – en réalité l’extraterritorialité absolue – des bases américaines implantées en France. Pour ce faire, l’ancien président de la République a utilisé une procédure presque clandestine : un vote  d’urgence, organisé du nuit, simultanément à l’Assemblée nationale et au Sénat (7 avril 2016).

Ce Protocole de Paris s’appliquerait à « quatre sites : les quartiers généraux des corps de réaction rapide de Strasbourg, de Lille et de Toulon ainsi que le Centre d’analyse et de simulation pour la préparation aux opérations aériennes (CASPOA) installé à Lyon. Dans chacun de ces états-majors français, des officiers de l’OTAN vont pouvoir asseoir leur présence et ainsi s’immiscer un peu plus dans les activités militaires de la France. Sous couvert d’interopérabilité entre alliés, notre pays fusionne toujours un peu plus avec l’OTAN. Des états-majors aujourd’hui, mais pourquoi pas des bases militaires demain ? » (Hadrien Desuin, « La France définitivement dans l’OTAN »,  Causeur)

Selon la représentante du gouvernement de Manuel Valls, Éricka Bareigts, secrétaire d’État chargée de l’Égalité réelle, s’exprimant devant un hémicycle dégarni au Palais-Bourbon, la signature dudit protocole fournira « un cadre attractif et cohérent à nos partenaires pour l’accueil de leurs personnels au sein de certaines structures militaires françaises » (Hadrien Desuin, « La France atlantiste », Cerf). Lors du vote, Claude Bartolone (PS), président de l’Assemblée nationale, laisse élégamment le perchoir à un vice-président de droite : Marc Le Fur (LR), député de Loudéac. Notons que Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense nationale, sont retenus par leurs obligations à Metz pour une réunion franco-allemande.

Il est vrai que la réintégration sans condition des forces armées françaises dans le commandement intégré fut acquise le 17 mars 2009, au terme d’un vote de confiance au Parlement. A la direction des affaires, on trouvait deux « gaullistes » (!?), Nicolas Sarkozy, président de la République et  François Fillon, Premier ministre.

L’atlantisme du personnel politique français – gauche et droite confondues – constitue une tradition qui remonte à la IVème République. Cette habitude de la soumission fut interrompue pendant le règne de Charles de Gaulle. Mais elle reprit de plus belle après son départ. Les politiques bretons n’échappant pas à cette règle fâcheuse. C’est le cas de Jean-Yves Le Drian : « Contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs et à un certain nombre de membres du gouvernement Ayrault, Le Drian s’est préparé à devenir ce qu’il est devenu. Quand d’autres ne savaient pas de quel fauteuil ils hériteraient, le Breton ratissait les dossiers sensibles. Durant la campagne [campagne présidentielle de 2012], il s’est rendu à Washington, où il a rencontré des collaborateurs du président Obama afin de « faire connaître » les positions de François Hollande en matière de défense et de politique étrangère. » Toutes les hautes personnalités américaines qui l’ont rencontré étaient rassurées : «  Il les avait convaincues que si la gauche arrivait au pouvoir, il n’y aurait pas de bouleversement des alliances. » (Le phénomène Le Drian, enquête sur le plus influent des Bretons, Benjamin Keltz et Nicolas Legendre, les Éditions du coin de la rue).

« Pour nous, la grandeur d’un pays n’est pas d’avoir les mains libres ! »

Avant lui, René Pleven, star de la politique française sous la IVème République, faisait aussi dans l’atlantisme. Américanophile professionnel, il travaille avec Jean Monnet à la chute de Charles de Gaulle lors du référendum portant sur la régionalisation (27 avril 1969). Pendant la campagne, il avait ainsi annoncé, sans rire, qu’il voterait non parce qu’il était « régionaliste » (sic). En réalité il préparait la succession en compagnie de Georges Pompidou ; ce dernier récompensera le président du Comité d’études et de liaisons des intérêts bretons (CELIB) en le nommant ministre de la Justice. On assista alors à quelque chose qui pouvait apparaître extraordinaire : des assemblées générales du CELIB se déroulent au Parlement de Bretagne.

D’autres élus bretons se distinguèrent dans l’atlantisme ; ils se recrutaient tout particulièrement dans les milieux centristes. Un exemple fameux : Loïc Bouvard (Centre démocrate, UDF, UMP) qui fut député de Ploërmel pendant 39 ans (1973 – 2012) et qui eut «l’honneur» de présider l’assemblée parlementaire de l’Alliance atlantique, machin où se retrouvait la fine fleur des parlementaires appartenant au Congrès américain et aux pays vassaux (Royaume-Uni, Allemagne, Canada, France, Turquie etc.).

Pour tous ces atlantistes, la souveraineté française n’est concevable que sous la protection américaine. Ce que René Pleven avait résumé d’une phrase à la tribune de l’Assemblée nationale (14 avril 1966) : « Pour nous, la grandeur d’un pays n’est pas d’avoir les mains libres ! » (Éric Branca, L’ami américain, Perrin).

Bernard Morvan

Crédit photos : Jim Mattis/Wikimedia (cc)
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  • vince44

    Il a eu plus de facilité à obtenir ça que la réunification de la Bretagne !! c’est triste !!! … ou alors, comme pour Jean-Marc AYRAULT, c’était voulu … Se faire élire sur une idée, sur cette promesse de réunification, et puis changer d’avis … Va savoir …..

  • An

    Bravo pour remettre un peu en perspective la légende dorée du CELIB qui n’a jamais été qu’un outil du développement de la Bretagne au service de la France.
    Croire que sans cette organisation, la Bretagne serait resté sous-développés est une hérésie. Paris ne pouvait simplement pas laisser ce pays dans le dénuement qu’il connaissait sous peine de déstabilisation. Le CELIB a permis de faire croire que la volonté venait des Bretons tout en corrompant un peu plus les élites. De plus, la Bretagne partait de tellement bas, à cause de la III République évidemment, qu’elle ne pouvait que se développer.
    À une autre échelle, il suffit de regarder la Vendée des 30 dernières années. Elle aussi partait de très bas. À la différence que ses élites étaient pro-françaises, on voit aujourd’hui le désarroi de Villiers qui, après avoir joué à fond le jeu des PdL et la fusion-acquisition 44/85, s’en mordrait presque les doigts aujourd’hui.
    Tout n’est pas à jeter dans l’action du CELIB, mais en faire le grand modèle de la Bretagne moderne, c’est tomber dans le panneau des petits et moyens entrepreneurs qui pensent jouer local mais ne sont que des pions. On voit le résultat aujourd’hui : ils deviennent inutile dans le modèle de métropolitain concentrationnaire.
    Chez les autonomo-indépendantistes bretons, une bonne façon d’identifier ces idiots utiles est dans le soutien qu’ils portent à NDDL. Ils pensent pouvoir préparer une Bretagne forte pour une future émancipation en utilisant Paris. Dans leur déni, l’annulation du projet NDDL ne sera pas l’expression de leur statut de pions mais la faute aux gauchistes.

  • pl p

    la girouette…