Nantes. 400 cafés ont disparu en trente ans

10/01/2017 – 06h45 Nantes (Breizh-info.com) – Le café de Vannes, 16 boulevard Jean XXIII à Nantes, n’en a plus que pour quelques semaines. Les lieux sont vendus et seront transformés en bureau. Tenu depuis 30 ans par le même patron, c’est un des cafés qui ferme cette année sans être remplacé. En trois décennies, Nantes en a perdu plus de 400.

« Quand je suis arrivé dans le métier en 1988, il y avait un peu moins de 650 cafés, il en reste aujourd’hui 250 », nous explique le tenancier d’un café nantais. « Cette année j’en connais déjà sept qui ferment sans être remplacés », nous explique-t-il, citant outre le café de Vannes, un café boulevard des Anglais, un autre boulevard du Massacre, un troisième rond-point de Paris, etc. Certains sont remplacés par des agences immobilières, d’autres rayés de la carte au profit de projets immobiliers.

« Rond-point de Vannes, il y avait quinze cafés, il en reste deux », se souvient un habitant du quartier, qui cite « Le Harley, le Cadillac devenu ensuite la Sonate, l’Anglais, le Terminus, la Ville en Paille, les Amis, la Pelleterie rue du Poitou, fermé quand ils ont fait le tram… sans oublier un club de billard devant Sainte-Thérèse » là où se trouve maintenant une brasserie. Idem, rond-point de Rennes, il y en avait six : « L’Ermitage, le Ralliement, Joncours, les Fraises, le Longchamp, le Schumann… et près d’une centaine le long de la route de Rennes, depuis la Préfecture au Cardo ».

Quel que soit le quartier, la déperdition est nette. Route de Paris, il y avait 19 cafés dans les années 1960 à la sortie de Nantes. Place Viarme, ils étaient 14. Il en reste désormais deux, Mauricette – surtout une brasserie – et l’Aubette, le plus ancien établissement de la place, créé en 1948 face à l’aubette de l’ancien tramway, supprimé en 1958. Place de la République, il y avait 5 bars, et rue de la Petite-Biesse, il ne reste rien du tissu de cafés et bars à hôtesses. « C’était quasiment un coupe-gorge le soir », se souvient un ancien marin, « y avait des bars à rideaux plus ou moins haut de gamme, enfin il n’y avait que le champagne qui changeait, c’était les mêmes filles ».

Autour de Talensac, outre le Chêne Vert remplacé par le Crédit mutuel en 2008 – et qui fut jusque là le PMU le plus important de l’Ouest – les langues des anciens du quartier se délient dès qu’on parle des anciens cafés. « Oh ! Il y avait le café Sully face au pont Saint-Mihiel où il y avait un jeu de boules à la nantaise, le Café Talensac au coin de la rue Bodiguel, là où il y a l’agence immobilière maintenant, le Bon Muscadet là où se trouve maintenant le restaurant les Bouteilles [rue de Bel Air], le Nantes en bas de Bellamy face au tabac, l’Armoricain tout en bas à droite, en face le Marignan [aujourd’hui c’est le restaurant l’Océanide], le Gaulois rue Jeanne d’Arc », un des seuls à avoir été remplacé par un café (La Marmaille) qui fait aussi restaurant, « le café du Garage rue Bodiguel, juste avant le garage », il en reste d’ailleurs un petit bout de la devanture, « le café des Alpes rue de Châteaubriant, le café du Viarme place Viarme où il y avait le dépôt de tickets-restaurant… il y avait plein d’endroits où boire un coup».

Ce qui est moins le cas maintenant, même si avec quatre cafés (le Bon Coin, le Brizeux devenu la Fourchette du marché tenu par l’ancien patron du Chêne Vert, le Parisien, le Café du Matin) la place Talensac reste relativement vivante. Cela dit, en 1976, lorsqu’Aline Tissot achetait la pharmacie du bas de la place – elle en est définitivement partie à la toute fin de l’année 2017 – il y avait quatre cafés de plus. Et bien plus de vie. Sic transit gloria mundi…

Louis-Benoît Greffe

Crédit photos :  DR et Breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine