Ruée vers l’or noir en Bretagne : pas de pétrole, rien que de la vase et des ampélites

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29/01/2018 – 06h20 Guéméné-Penfao (Breizh-info.com)  – Nous écrivions récemment au sujet des recherches de pétrole, notamment aux environs de Guéméné-Penfao, dans le nord de la Loire-Atlantique et de Rieux dans l’est du Morbihan, dans les années 1920.
Voici la réponse d’un géologue : il n’y a pas d’espoir de trouver du pétrole en Bretagne, mais qu’est-ce qui en donne l’odeur, voire l’aspect ? Bienvenue en Bretagne Zone Humide, ou quand des marais anciens peuvent faire croire qu’on est au Texas.

Sans surprise, les recherches de pétrole à Guéméné-Penfao n’ont rien donné, malgré la persévérance de l’institutrice, Mlle Roland. D’ailleurs, l’Ouest-Eclair du 26 mars 1941 met un point final sur ces recherches : « pendant plus de dix ans, le Service des Mines a été appelé à suivre les trois expériences les plus intéressantes qui se soient présentées à Arton-en-Retz, à Guémené-Penfao et à Rieux près de Redon. Jamais il n’a pu constater officiellement le moindre phénomène, tout comme jamais il n’a pu assister à la découverte de la plus petite nappe pétrolifère ».

Elles ont fait pourtant l’objet de l’attention de Pierre-Louis Maubeuge (1923-1999), dans son ouvrage Comme une odeur de pétrole… La recherche du pétrole en France, des origines à 1945 (1997, éd. Pierron, Sarreguemines, 215 pages, 180 F). Jean Gaudant, qui critique l’ouvrage pour le compte du comité français d’histoire de la géologie, revient sur ce sujet : « Etant lui-même au nombre de ceux qu’il nomme, non sans emphase, les « admirables fous de l’or noir », il prend parti et s’enthousiasme, parfois de façon totalement stupéfiante, pour des aventuriers dont les tentatives étaient par avance irrémédiablement vouées à l’échec, telles celles de cette « admirable Mademoiselle Rolland » qui sans aucune connaissance géologique, mais uniquement inspirée par des suintements d’hydrocarbures qui s’étaient manifestés à plusieurs reprises aux environs de Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), s’agite, convainc les autorités et obtient la délivrance d’un permis de recherche de pétrole et de gaz, avant de devoir finalement abandonner ce projet que l’on peut qualifier d’insensé dans une région dont le sous-sol est constitué de… Paléozoïque inférieur épimétamorphique ! ».

D’autres recherches, tout aussi infructueuses, étaient faites en 1948 vers Parthenay (Deux-Sèvres), sur la base d’indices résultant en réalité d’une pollution locale ancienne, mais aussi à Ferrières-en-Bray (76) de 1923 à 1927, et de Gréoux-les-Bains où Cyrille Vachon-France chercha du pétrole pendant vingt ans, dans le second quart du XXe siècle, sans succès malgré des indices encourageants.

Schistes ampélitiques et terre battue

Nous avons contacté un géologue – habitué des sols bretons – qui nous a répondu au sujet des indices collectés à Guéméné-Penfao, notamment dans les maisons même où du « pétrole » a été vu dans la terre battue : « si vous prenez une maison qui a eu de la terre battue des décennies sur un sol imperméable, il n’est pas impossible que le sol soit « pollué » alors des fuites de lampes et que ça ait donné un surnageant de un à quelques litres du pétrole lampant perdu ». Ce qui cadre avec les descriptions d’un « pétrole » qui brûle bien dans les lampes… puisque c’est effectivement du pétrole… perdu auparavant. Bref, une pollution ancienne.

Par ailleurs, la nature des sols de Guéméné-Penfao peut aussi avoir induit en erreur les explorateurs. Il s’agit en effet de schistes ampélitiques : « les ampélites sont des anciennes roches mères  qui ont évolué vers une minéralisation (« graphitisation ») plus en plus grande de leur matière organique initiale : on est dans le monde des « shales », pas du pétrole ». On retrouve d’ailleurs aux archives du service des mines (A.D.L.A série 8S) des traces de tentative d’exploitation de graphite dans la région de Guéméné-Penfao, vite arrêtée faute de teneurs suffisantes en carbone.

Les odeurs décrites comme « fétides » à l’époque peuvent aussi provenir des pyrites dont « ces schistes ampélitiques sont remplis. Leur excavation permet vite d’avoir suffisamment d’oxydation pour que cela sente dans un espace un peu confiné. Mais dites-vous que quand on sent quelques chose,  la molécule reniflée est en petit quantité :  le nez n’est pas saturé sinon on ne sent plus rien ».

Ces ampélites, issus de « dépôts marins très organiques au cours du Silurien (ère primaire, vers -444 -416 million d ‘année) » peuvent « donner un peu de méthane » quand elles sont altérées mais sont trop peu épais et trop altérés pour donner du pétrole, estime notre géologue. Du méthane peut aussi se retrouver piégé avec des composés soufrés dans la vase du fond des marais (qui a moins de 10.000 ans). Le gaz peut aussi être lié à « l’altération de ces ampélites du Silurien ou des vases plus récentes, avec un peu de méthane et des sulfures associés bloqués sous un niveau imperméable et que le forage a remonté : à l’air ça sent parfois l’œuf pourri s’il y a de la pyrite un peu oxydée avec ».

D’anciens lacs et des vases qui peuvent être confondus avec du pétrole

Une autre explication est donnée par notre géologue quant aux indices qui ont pu faire croire qu’il y avait du pétrole en Bretagne : « Depuis le début du tertiaire, il y a moins de 65 Ma,  l’Armorique actuelle est continentale. Il y a quelques mouvements de tectonique générale (Pyrénées, Alpes) qui ont généré des rejeux de vieilles failles sur quelques mètres à quelques dizaine de mètres. Ces rejeux ou fait des petits creux occupés par des lacs parfois, ou en bordure des mers de l’époque  des estuaires ou des rias. On en trouve plutôt à l’Eocène (vers 40 -50 ma) ou plus récemment au Pliocène (-10 à -2,5 Ma environ) ».

« On trouve dans ces remplissages des sédiment très noirs, riches en matière organique (parfois avec des pollens bien conservés dedans) qui, pour un non sachant, peuvent être confondus avec du « pétrole ». Ce sont des vases plus ou moins organiques (comme les vases actuelles d’un estuaire, mais un peu vieillies…). Ces niveaux sont aussi très poreux et sont des petit réservoirs à eau naturels ».

Quand on fore là-dedans, on remonte des vases organiques assez noires qui peuvent faire penser à du pétrole – généralement, ces systèmes se trouvent « souvent dans des points bas de la topographie et sont assez souvent des fonds de marais ». Parmi les bassins connus, « Céaucé dans l’Orne, près de la Guerche, vers Quessoy ou Saint Jacut du Méné, sous Rennes [entre 160 et 200 m de profondeur] ou sous le seuil du Cotentin [à 180 mètres de profondeur], sous la vallée de l’Elorn près de Landerneau, ou vers Penvenan à l’est de Lannion… ». Certains ont été exploités pour leur chaux, d’autres pour le kaolin.

Pourtant « il y a des vrais pétroles et bitumes trouvés en Alsace (exploités  à Pechelbronn – Merkviller) ou dans les Limagnes (il y a une fontaine à bitume naturelle au sud de Clermont-Ferrand) », mais avec des dépôts organiques plus consistants et des volcans qui les ont « cuit » au cours des âges.

Conclusion logique : « si on cumule des irisations dans le fond des marais (cristallisation irisées de fer à la surface de l’eau) + des niveaux Noirs + des odeurs de truc pourris (comme de la vase des mares quand on la remue)… et vous avez de quoi alimenter ces rêves de pétroles et des demandes de permis ». Mais la réalité de la géologie fait qu’en Bretagne, on n’a pas de pétrole, mais plein d’idées.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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