Nantes. La présidence de l’université cède une nouvelle fois devant l’extrême gauche

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15/02/2018 – 14 h 20 Nantes (Breizh-info.com)  – Mardi 13 février, lors d’une AG qui a rassemblé 400 personnes selon les organisateurs, des étudiants appelaient à un nouveau blocus, suivi d’une manifestation en ville ; leur mouvement incluait cette fois les lycées nantais et s’inscrivait dans un mouvement national, lié aux élections étudiantes plus que contre le projet — tout relatif cependant — d’introduction d’une sélection à l’entrée des facultés.

Nous avons suivi le blocus et les manifestations de ce mercredi à Nantes.

L’AG du 13 février, censée légitimer un blocus annoncé depuis la veille, voire depuis la fin de la semaine dernière, s’est fendue d’un texte pour justifier une nouvelle perturbation de l’université et de certains établissements scolaires. Puisque « l’objectif est de paralyser l’institution » et « le blocage a une portée symbolique. Faire fermer la fac une journée en signe de protestation pour tous ceux qui ne pourront pas y accéder ou y rester à l’avenir, c’est un geste lourd de sens ».

Un mouvement précoce lié aux élections étudiantes

Pas un mot en revanche sur la proximité des élections étudiantes — qui ont lieu ce 13 et 14 février ; cependant l’UNEF a clairement affiché la couleur en s’adressant aux étudiants de l’Université, écriture inclusive de rigueur, évidemment : « Contre la sélection et pour la défense de nos droits, vote UNEF et indépendant-e-s ».

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Les élections radicalisent le mouvement : « c’est une course à l’échalote entre les divers syndicats et groupements d’extrême gauche, à qui fera l’action la plus forte… d’autant que pour une fois Paris est sous la neige, c’est donc la province qui a le champ libre dans les médias, et notamment Nantes et Rennes », commente un habitué de l’Université.

Blocus matutinal sur le campus Tertre

Ce mercredi 14 février, donc, dès 6 h, des étudiants arrivent pour monter les barricades sur le campus Tertre. Les bâtiments Tertre (Psychologie), Censive (Lettres et Sciences humaines), FLCE (Langues), IGARUN (Institut de Géographie et d’Aménagement), Recteur Schmitt (Sociologie) et Pôle étudiant sont bloqués tandis que la faculté de droit s’est barricadée de l’intérieur avec pour seul accès une petite porte de côté, surveillée.

À 8 h, des étudiants viennent de terminer le blocus de la faculté de Langues et déclenchent l’alarme incendie. Un groupe de manifestants, à chaque porte, avec des bâtons, crie et se répond : « La fac elle est à qui ? Elle est à nous ! La fac n’est pas aux riches, elle est à nous… fac ouverte aux enfants d’ouvriers ! » Les étudiants arrivent et regardent avant de s’en aller, qui interloqué, qui énervé par cette journée de cours encore perdue : «P… mais ils sont sérieux… ils font chier ! Genre c’est quoi c’est gens qui font les blocus ? Ils ne sont même pas habillés comme de gens civilisés ! »

Cependant, une fois n’est pas coutume, les étudiants ont été prévenus presque à temps : en effet la Présidence envoie un premier mail à 8h13, signalant que « Le président de l’université de Nantes a pris la décision de suspendre  les activités se déroulant sur le campus Tertre ce mercredi 14 février jusqu’à nouvel ordre… » , suivi à 11h d’un second communiqué précisant que « le président de l’université de Nantes a pris la décision de maintenir la fermeture exceptionnelle du campus Tertre toute la journée du 14 février ».

À 9h, les manifestants rejoints par un bon groupe de lycéens se rassemblent au pôle étudiant et commencent à discuter du chemin à prendre et de la stratégie à adopter, notamment quant aux lycées à soutenir. Il est décidé après disputes et hésitations, qu’il y aurait trois groupes : un pour aller aider Clemenceau, l’autre pour le lycée Livet près de Saint-Donatien, et le troisième pour maintenir le blocus. Pour un départ, à 9h30, le groupe de Livet passant par les bords de l’Erdre arrive au pont de la Tortière, pour se faire immédiatement arrêter par les CRS et la BAC. Les sacs sont fouillés et les identités contrôlées, une personne est arrêtée. Après une longue attente, les CRS escortent les étudiants un bout de chemin et veillent à ce qu’ils ne fassent pas demi-tour. Ainsi se termine donc piteusement l’expédition pour Livet.

« Et tout le monde déteste la sélection ! »

À 11 h, le rendez-vous était donné pour tout le monde Place Bouffay, pour un départ en manifestation. Le cortège part avec un peu de retard, en scandant son refrain habituel : « Et tout le monde déteste la sélection ! ». Au sortir de la place, les étudiants tournent en rond, avant de se décider à prendre le Cours des 50 Otages. Le refrain change de ton cette fois, et devient « Justice nulle part, CRS partout ! », mais pour vite reprendre « La fac, elle est à qui ? Elle est à nous ! Résistance ! »

Puis les manifestants tentent de bifurquer, rue de l’Hôtel de Ville ; ils sont vite arrêtés par la police. « Et tout le monde déteste la police ! » martèlent les uns, tandis que d’autres se moquent et provoquent en criant aux CRS « Allez, cours Forest ! » Sur le trajet, le nombre de manifestants augmente pour atteindre au plus fort du mouvement, près de 700 à 800 personnes. Ils passent devant la préfecture, mais ne s’y arrêtent pas puis ils remontent le Cours Saint-André, prennent la rue du Maréchal Joffre, y font demi-tour, arrêtés par la police, et se dirigent vers le lycée Clemenceau. Là, les étudiants font autant de tapage que possible et multiplient leurs provocations à l’égard des CRS. Deux poubelles sont renversées et l’une est incendiée.

Cette fois, manifestants et policiers s’affrontent. Les étudiants sont repoussés par des jets de gaz lacrymogènes, et quelques grenades. Le cortège recule avec quelques mouvements de panique et retourne vers le Cours Saint-Pierre. Entre temps, ils ont perdu leurs banderoles. Des manifestants s’attardent encore, insultant et provocant la police qui les repousse. Puis ils se dirigent résolument vers le Château, et place Bouffay, en chantant : « Pas contents, pas contents ! Une bourse universitaire… ? Une unité de CRS ça coûte plus cher ! » De là, ils remontent vers la place Royale, où ils font une pause, agrémentée de quelques discours, revendications, slogans en tout genre, avant d’escalader la fontaine.

Enfin, ils reprennent le Cours des 50 Otages, pour arriver place de l’Écluse dont toutes les issues sont bloquées. Telle une bataille rangée, les rangs des manifestants se serrent en mur face à celui de la police et crient : « Laissez-nous rentrer chez nous ! Si on ne peut pas rentrer chez nous, on va tout casser ! » Et finalement, la poignée de manifestants restante se disperse. En effet, il y avait plus intéressant que rester dans ce cul-de-sac : à 15 h était prévue une nouvelle AG, afin de définir le plan d’action pour la suite, entre autres, un éventuel blocus pour le lendemain et pourquoi pas une manifestation aussi.

À l’université de Nantes, celui qui commande, ce n’est certainement pas le président

Les étudiants ont même réquisitionné les Amphis A et B de Tertre « pour en faire un lieu de lutte (organisation, université populaire, projections etc. …) », appelant même, via le Facebook de l’Université de Nantes en lutte, à passer la soirée avec eux : « Il nous faut du monde ce soir pour dormir et tenir les amphis A et B (Tertre) et commencer à établir le programme d’Université Populaire pour les jours suivants !

Dans la soirée, la présidence de l’Université a annoncé la fermeture « jusqu’à nouvel ordre » du campus Tertre après la “réquisition des amphis A et B du campus Tertre suite à une effraction en fin d’après-midi”. Les bâtiments suivants sont fermés : Tertre, Censive, IGARUN, FLCE, Recteur Schmitt, Droit et Sciences politiques, IAE, SUAPS, Pôle étudiant et toutes les bibliothèques universitaires.

« Il est totalement inenvisageable que quelques dizaines d’étudiants et non-étudiants bloquent ainsi l’accomplissement de nos missions de service public et empêchent 11 000 étudiants et personnels de travailler”, assène le président Olivier Laboux. Il ne peut cependant que s’en prendre à lui-même : après avoir capitulé à plusieurs reprises devant l’extrême gauche et accepté que le château du Tertre soit squatté et dégradé par des clandestins menés par un collectif d’extrême gauche, il se voit maintenant obligé de fermer une grande partie du campus occupé par cette même extrême gauche certes ultra-minoritaire, mais déterminée et agissante. À l’université de Nantes, celui qui commande, ce n’est certainement pas le président.

Hélène Lechien

Crédit photos : breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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