Bataille culturelle. « Laisse pas traîner ton père » : le retour de NTM

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La reformation du groupe de rap NTM pour trois dates à Paris est saluée unanimement dans la presse française. Une presse qui se garde bien toutefois d’analyser ce que ces trois concerts à guichets fermés signifient sur le plan sociétal.

Pass pass le oinj’, Nique la police

Après sa séparation en 1998, NTM avait fait une réapparition en 2008. Un comeback lucratif que Joey Starr et Kool Shen viennent rééditer en 2018 pour les 30 ans du groupe puisque les deux rappeurs ont repris leur tour de show jeudi 8 mars dans la salle de Bercy.

Le succès ne faiblit pas avec le temps puisque les places des concerts en question ont été écoulées en dix minutes. Voilà désormais trois décennies que les textes de NTM infusent la jeunesse de l’Hexagone. De l’incitation à la consommation de drogues avec Pass pass le oinj à Nique la police dont le titre se suffit à lui-même, toutes les activités initialement propres au département de Seine-Saint-Denis sont devenues des faits de société actés.

Enfin, et c’est là l’enseignement le plus important, la génération NTM, celle qui était adolescente en 1998, est dorénavant celle qui élève des enfants. Et, comme en atteste les différentes images et captures vidéo du concert de Bercy, une grande partie du public était composée de trentenaires et de quadras. Un signe pas spécialement encourageant quant à l’éducation de leurs progénitures.

« C’était mieux avant », vraiment ?

Dès qu’il est question de rap, les nostalgiques du « son à l’ancienne », du hip-hop « old school » et d’une époque magnifiée sans raison valable ne sont jamais bien loin. Reviennent alors les arguments d’un rap jadis « moins commercial » et moins « bling bling ». Un rap qui avait « du sens », porteur d’un « message » pour la jeunesse.

Mais cette dialectique propre aux bobos (ou gogos) trentenaires, très rarement issus des quartiers à problèmes dont NTM s’est fait en son temps le porte-parole, supporte mal l’épreuve du réel.

Car le rap d’aujourd’hui, celui des Damso, Sofiane, Lacrim et Niska, n’est que le digne héritier des années NTM. Mais le regard cru, communautaire et sans ambages des rappeurs de 2018 sur la société française vient heurter les illusions de ceux qui, nés avant 1990, se sentent déjà dépassés par les nouveaux codes du genre. Pourtant, c’était bien Sofiane qui assurait la première partie du tandem Joey Starr/Kool Shen à Bercy le 8 mars dernier. Une belle preuve de filiation.

Exit la grille de lecture sociale d’un rap prétendument conscient, ce dernier est désormais arrivé à maturité et montre son vrai visage : celui d’une musique faite par des extra-européens pour des extra-européens, mettant en valeur le crime et l’ascension sociale rapide. Loin, très loin des utopies gauchistes et de l’imposture de ce que d’aucuns appellent le « rap engagé ».

Rap Charlie et néo-soixante-huitards

Une fois ce bref rappel effectué, le triomphe des dinosaures de NTM s’explique très simplement. Le groupe capitalise ainsi sur ce public de déjà vieux, vivant dans la nostalgie de cette fin des années 1990.

Une ère marquée par la France black-blanc-beur de la Coupe du monde 1998, apogée ultime d’un « vivre ensemble » qui n’aura pas survécu à un retour de l’ordre naturel via le communautarisme. Chez les extra-européens du moins. Ni à ce qui ressemble de plus en plus à un « grand remplacement » des populations de souche en Occident. Et en France tout particulièrement.

Voilà pourquoi le rap en mode Charlie, moins communautaire et plus porté sur les thèmes sociaux que les sons actuels, constitue une sorte de refuge rassurant pour ces trentenaires et quadras baignés depuis 20 ans maintenant par les « musiques urbaines » et le rejet de ce qui ressemble de près ou de loin à l’identité européenne enracinée. À ce titre, les manifestations lycéennes et étudiantes du mois d’avril 2002 contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle furent un bel avatar du formatage conformiste de l’époque.

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Source : Le Monde

Enfin, cet autisme tourné vers un passé révolu et ce refus à considérer les nouvelles donnes sociétales de la part de la génération NTM rappelle étrangement les conservatismes des soixante-huitards. La ressemblance n’a finalement rien de surprenant d’ailleurs, les premiers étant les élèves et les enfants des seconds.

Chaque société hérite…

De la jeunesse qu’elle mérite ! Il y a effectivement de quoi s’interroger sur les valeurs, tout à fait actuelles, que vont se voir inculquer ces enfants élevés dans la culture rap de leurs parents.

Quel rapport aux drogues ? Quel rapport aux femmes ? Quel rapport au métissage et au matérialisme ? Quelle conscience identitaire et quel sens de la tradition pour un petit Breton ou un petit Normand dont le père chantonnera tranquillement du NTM dans le foyer familial ?

Se poser ces questions, c’est déjà y répondre. Mais c’est surtout mesurer l’ampleur de la tâche qui attend les bonnes volontés prêtes à mener la bataille culturelle qui a déjà commencé. Tandis que diverses plumes nous expliquent à intervalles réguliers que la société française est conquise par les idées « de droite », certains feraient bien d’avoir le triomphe modeste et d’aller faire un tour dans la réalité. Un concert de NTM pourrait être un bon début !

Crédit photo : Wikimedia Commons (CC/Georges Biard)
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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