Collinée. Quand la Bretagne part à l’abattoir

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Le village de Collinée, situé dans les Côtes d’Armor et connu principalement pour la présence de l’abattoir Kermené, a fait l’objet d’un documentaire bientôt diffusé sur France 3. Entre immigration et activité économique d’un autre âge, Collinée préfigure-t-il l’avenir de la Bretagne ?

Agroalimentaire pour oxygène

Au cœur du Mené, cette région vallonée de l’arrière-pays du Penthièvre, Collinée est un village à part. Celui où se trouve l’une des usines du groupe Kermené, géant breton de l’abattage et de la transformation de viande. Le site emploi plus de 3 000 personnes tandis que la commune, incorporée depuis 2016 dans la commune nouvelle du Mené, compte à peine 1 000 habitants.

Autant dire que le rôle économique joué par Kermené sur le secteur est prépondérant. Le siège social du groupe se trouve d’ailleurs dans la commune voisine de Saint-Jacut-du-Mené, ainsi qu’une partie de ses activités. La société fait office de roue de secours locale en matière d’emploi. Sans compter les jeunes de la région qui y trouvent facilement un travail pour l’été.

Collinée
Source : michel-edouard-leclerc.com

Immigration et conditions de travail

Toutefois, à Kermené comme dans l’ensemble de la filière agroalimentaire bretonne, le travail n’a rien d’une sinécure. C’est pourquoi les dirigeants successifs du site ont fait venir de la main d’œuvre immigrée depuis la fin des années 1970. Ainsi, une communauté malienne s’est formée à Collinée. Puis ce sont d’autres travailleurs, portugais ou roumains cette fois, qui sont arrivés.

Dans le même temps, les jeunes locaux qui le peuvent font des études pour voguer vers d’autres horizons tandis que le bourg est de moins en moins vivant. Le tout dans un territoire où les professions intermédiaires comme les cadres se font rares. Le décor est ainsi planté.

Collinée, à l’ombre de l’abattoir

C’est justement la situation bien particulière de ce village qu’un documentaire a choisi de mettre en lumière. Intitulé Collinée, à l’ombre de l’abattoir, le film se veut réaliser le portrait de ce bourg à travers ses habitants.

Le documentaire sera diffusé sur France 3 lundi 23 avril en deuxième partie de soirée. Une projection en avant-première était par ailleurs prévue jeudi 19 avril au Centre culturel Mosaïque de Collinée en présence de la réalisatrice Emmanuelle Mougne.

Bretagne de demain ?

Dans le court extrait proposé par France 3 Bretagne, le témoignage de Marie-Thérèse Grippaudo, maire-adjointe de la commune du Mené, soulève cependant des interrogations. Et même des inquiétudes.

Elle indique tout d’abord : « Nous sommes des ruraux ouvriers, avec des rêves d’ouvriers. C’est-à-dire avec des rêves urbains ». Un point de vue difficilement blâmable quand on connaît le gouffre de plus en plus conséquent entre les métropoles bretonnes comme Rennes ou Nantes et le monde rural. Un dynamisme économique et culturel qui fait pâlir d’envie la campagne. Parfois à tort.

Puis, comparant la morosité ambiante de Collinée avec la vie régnant dans les communes alentours telles Plessala ou Saint-Gilles-du-Mené, Marie-Thérèse Grippaudo cherche un début d’explication : « C’est cette mixité de population qui fait, qu’à un moment, il faut trouver d’autres leviers que des leviers traditionnels pour faire bouger les gens. C’est vrai que l’on perd peut-être ce caractère villageois ».

Un discours qui, analysé sur le fond, ne laisse guère de place à l’optimisme car Collinée pourrait bien faire figure de laboratoire pour les zones rurales de Bretagne. Avec sa population en grande partie importée et sans racines particulières dans le terroir local, la vie de village traditionnelle est désormais un lointain souvenir dans la commune des monts du Mené. Les Maliens ou les Roumains qui y résident rêvent effectivement davantage de grandes villes mondialisées que de tradition bretonne qui, par nature, ne peut leur parler.

Pistes inexplorées

Le tout sur fond d’industrie agroalimentaire incapable de se repenser dans un domaine ultra-concurrentiel où la Bretagne se retrouve abasourdie par les fermetures d’usines à répétition. Alors que la pénurie de main d’oeuvre pour ces métiers au recrutement difficile chez les Bretons permet de justifier la politique d’immigration jusque dans nos campagnes, personne ne semble sérieusement remettre en cause un modèle qui, en plus de tuer démographiquement comme socialement l’Argoat, est économiquement voué à disparaître.

En Chine comme en Corée du Sud, la robotique se répand ainsi à grande vitesse, soutenue par une politique de développement technologique agressive. Quid de la Bretagne ? Les travailleurs Maliens ou Roumains, aussi volontaires soient-ils, ne sauveront ni nos villages, ni notre économie.

Photo : Pixabay (CC)
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