« Vous trouverez chez nous des infos que vous ne trouverez pas ailleurs », affirme Edwy Plenel, patron de Mediapart. C’est effectivement là que se trouve la clé de la réussite. Si la « grande presse » devait appliquer cette recette, elle se porterait mieux. En attendant, M. Plenel est très content de lui et parle comme un capitaliste : « Nous avons 151 000 abonnés. Mediapart est rentable depuis 2011 et a un taux de profit exceptionnel. »

On peut regretter que l’intéressé n’explique pas d’où provenait l’argent qui servait à combler les pertes de Mediapart avant 2011. Son souhait : « Que la réussite de Mediapart (45 journalistes et 85 salariés) serve à d’autres. » Edwy Plenel croit également à la nécessité du « développement du pluralisme de la presse. La Bretagne a toujours été pour moi, qui suis un Breton d’outre-mer, un très bon exemple là-dessus. L’existence du Télégramme et de Ouest-France montre que la concurrence et l’émulation dans le meilleur sens du terme, ça sauve la presse. C’est un problème quand la presse s’appauvrit par concentration ou régression du pluralisme. L’arrivée d’entrepreneurs du luxe, de l’armement ou de la téléphonie mobile, extérieurs aux métiers de l’information, crée un mélange des genres et un conflit d’intérêt évident. » (Le Télégramme, mercredi 21 avril 2018). Fort bien.

Si M. Plenel connaissait mieux la presse bretonne, il saurait que les ventes d’Ouest-France, du Télégramme et de Presse Océan reculent année après année. Peut-on parler de « concurrence et d’émulation » à leur sujet ?  Non, car le dynamisme et la créativité ne sont pas leur fort. Tous les trois fabriquent trop volontiers de l’insipide – pas de vagues – et pratiquent avec constance le suivisme – à la remorque des médias parisiens (voir la une). D’où un produit qui ne passionne pas les foules et n’intéresse pas les jeunes générations. A ignorer les centres d’intérêt de la clientèle, on creuse sa tombe.

Edwy Plenel aurait gagné à faire preuve de d’avantage de précision sur le pourquoi et le comment de l’achat des différents journaux par les industriels « du luxe, de l’armement ou de la téléphonie mobile ». Outre le fait de se faire plaisir en achetant un « train électrique », ces derniers cherchent à se procurer de l’influence politique, à se doter de canaux permettant de faire passer les messages et à posséder des outils avec lesquels on va rendre service aux « amis » dont on attend un renvoi d’ascenseur…

Puisque Edwy Plenel revendique la qualité de « Breton d’outre-mer », cela devrait lui donner l’envie de travailler la matière bretonne. Avec tous les sujets que négligent Ouest-France, le Télégramme et Presse Océan, il aurait – à côté de notre média préféré, evel just – de quoi s’occuper !

Bernard Morvan

Crédit photo : Force ouvrière/Flickr (cc)
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