Adriano Scianca : « L’Italie est officiellement un pays sans souveraineté »

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Retrouvez ci-dessous l’analyse de notre envoyé spécial en Italie, Adriano Scianca, à propos de la situation politique en Italie.

L’Italie est officiellement un pays sans souveraineté. C’est la plus haute autorité de l’État, le président de la République, Sergio Mattarella, qui l’a explicitement affirmé.

Commençons depuis le début. Comme nous l’avons déjà écrit, les élections du 4 mars dernier ont amené une situation ingérable.

C’était l’objectif même de ceux qui avaient écrit la nouvelle loi électorale italienne : créer une situation de chaos qui aurait favorisé un gouvernement de «grande coalition», avec modérés de droite et de gauche à l’intérieur, pour fonctionner sous la dictée de la haute finance.

Les résultats dépassant les attentes des partis « populistes » – Lega et  Movimento 5 stelle ont néanmoins mis en œuvre un cadre politique très différent. Après des mois d’attente pour comprendre quel genre de gouvernement pourrait être créé, les leaders de la Ligue et des M5s ont conclu un accord, signant un «pacte gouvernemental», en vérité plutôt confus et amateur.

En tant que possible  Premier ministre, on a trouvé le nom de Giuseppe Conte, un avocat obscur inconnu de tous avant sa désignation. Malgré quelques inexactitudes trouvées dans son CV (comme la mention d’universités internationales dans lesquelles il n’est pas certain qu’il ait réellement étudié), Conte a réussi à se présenter au président Mattarella avec une équipe gouvernementale.

À ce stade, cependant, est né un conflit institutionnel sérieux sur le nom de l’éventuel ministre de l’Économie, Paolo Savona. Économiste chevronné, Savona n’est nullement une personnalité anti-système: il vient du monde bancaire, il a été ministre dans un gouvernement des banquiers dans les années 90, dirigé par Carlo Azeglio Ciampi, il est lié à l’influent Aspen Institute. Ces dernières années, cependant, Savona est devenu particulièrement critique envers l’Union européenne et l’euro. Bien que ces prises de positions ne soient pas révolutionnaires, Celles ci ont convaincu le président Mattarella de mettre son veto sur le nom de Savona.

Ce veto n’a pas été accepté par la Lega et le M5s, qui ont renoncé à former un gouvernement.

Or, il faut savoir que l’article 92 de la Constitution italienne dispose que « Le président de la République nomme le président du Conseil des ministres et, sur proposition de celui-ci, les ministres ». C’est une formulation plutôt ambiguë: quel pouvoir a le président de la République sur les noms des ministres proposés par le président du Conseil ? Il y a quelques précédents dans l’histoire italienne.

En 1994, par exemple, Silvio Berlusconi a proposé son avocat Cesare Previti comme ministre de la Justice. Le président de la République d’alors, Oscar Luigi Scalfaro, a estimé que cette nomination n’était pas appropriée. Previti est devenu ministre, mais de la Défense, pas de la Justice.

Le cas actuel est différent : Mattarella, dans son discours, a expliqué: « J’ai demandé, pour ce ministère, la nomination d’un représentant qui – au-delà de l’estime et de la considération pour la personne – ne soit pas considéré comme un partisan de la ligne, exprimée à plusieurs reprises, qui pourrait probablement, ou même inévitablement, conduire à la sortie de l’euro ».

C’est un point crucial: le Président ne s’est pas opposé à un nom en particulier, mais à une position politique spécifique, ce qui ne relève pas de ses prérogatives (la ligne  politique est déterminée par le gouvernement, pas par le président de la République). Pire: il a dit qu’il suffit qu’un gouvernement donne la simple impression de vouloir quitter l’euro pour empêcher sa formation. En fait, ni la Ligue ni les M5s ne voulaient sortir l’Italie de l’euro, mais le simple soupçon que cette position pourrait être prise a effrayé la haute finance, empêchant ce gouvernement d’exister.

Et maintenant que va-t-il se passer ? Dans les heures qui suivent, Mattarella va confier à Carlo Cottarelli, un représentant du Fond monétaire international (FMI) la tâche de constituer un gouvernement. Ce dernier, cependant, ne pourra pas obtenir la confiance du Parlement. Il est donc très probable que les Italiens retourneront voter très bientôt. A ce stade, selon les sondages, Lega et M5s auront plus de suffrages que la dernière fois. Il sera alors intéressant de voir ce qui se passera au sein de la coalition de centre-droit, étant donné que la relation entre Matteo Salvini et Silvio Berlusconi a commencé à se rompre.

Lega et M5 garderont-t-ils leur pacte de gouvernement également pendant la campagne électorale à venir ? Est-ce qu’un centre populiste potentiellement explosif se formera en Italie ? Nous aurons des réponses dans les mois à venir.

Adriano Scianca

Crédit photo : DR
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