Elections municipales. Sac de nœuds pour 2020 à Quimper

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Difficile de prédire l’avenir politique de Quimper, seule ville d’envergure en Bretagne acquise par la « droite » en 2014. Vue de l’extérieur, la ville apparaît hermétique aux tourbillons de la vie politique nationale et internationale. On pariera pourtant pour les Municipales prévues en 2020, sur un sac de nœuds difficile à défaire.

Deux Maires Macronistes face-à-face

Deux personnalités politiques occupent quotidiennement les pages de la presse locale : Bernard Poignant, Maire de 1989 à 2001, réélu en 2008, mais également ancien député européen, et le Maire actuel, élu sous l’étiquette LR, Ludovic Jolivet, ancien conseiller régional. En résumé, les deux se disent Macronistes et se félicitent de leur soutien au Président Français. Ils comptent bien s’appuyer sur son image pour peser dans la vie locale. Rappelons que Quimper a voté à plus de 83% pour Emmanuel Macron le 6 Mai 2017.

Opération séduction menée par Ludovic Jolivet qui ne tarit pas d’éloges pour l’action gouvernementale et dit mettre Quimper au service « du redressement de la Nation ». Accueilli favorablement dans les cercles Macronistes, son soutien, indéfectible depuis un an, lui vaudra-t-il des aides financières pour mener à bien des projets pour Quimper ?

La question se pose, d’autant plus qu’aucun projet important ne s’est imposé à Quimper depuis son arrrivée. Ou est-ce une opération de communication pré-électorale, menée par deux spécialistes, le Maire Quimpérois et son chef de cabinet  étant deux anciens salariés d’une agence de pub Quimpéroise bien connue.

À gauche, chez LREM, la députée Annaig Le Meur est transparente : sa personnalité souffre de la comparaison avec Jean-Jacques Urvoas, battu à plate couture en pleine vague Macroniste. Sa présence, choisie dans certaines manisfestations locales, ne suffira pas à lui donner une consistance pour l’avenir.

Face au Maire actuel existe un opposant historique important, soutien de la prime heure d’Emmanuel Macron : Bernard Poignant. Toutefois ce soutien lui vaut la détestation du PS Finistérien, très à gauche, mais dans une ville qu’il connaît par cœur, il est perçu comme naturel en bon social-démocrate, soutien de Jacques Delors, François Hollande ou Dominique Strauss-Kahn. Le jeune Bernard Poignant des années 70 avait commencé sa carrière en se heurtant aux anciens de la SFIO, il se heurte aujourd’hui à un PS gauchisant, qui invoque une fois Jaurès une fois Corbyn.

Dans un contexte où l’étiquette En Marche « se jouera à Paris », difficile de prédire si l’Elysée appuiera les vœux de l’un ou de l’autre. Il est peu envisageable de voir les deux se retrouver sur une liste d’union aux prochaines Municipales tant leurs attaques se répètent sur un fond de mépris réciproque. Il va être également difficile pour Ludovic Jolivet de faire oublier qu’il soutenait Copé, puis il y a un an, Fillon.

La tactique de ce dernier est de séduire tout ce qui pousse et reste inexpérimenté dans les groupes locaux d’En Marche, puis de jouer leur soutien contre un soutien officiel à Paris. Le tout en rappelant qu’il avait également soutenu, il y a toujours un an, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Evidemment, dans ce cas, les enjeux locaux et citoyens deviennent très lointains, et seule la carrière personnelle compte.

L’union des gauches ?

Dans la préfecture du Finistère, les manifestations se suivent et rassemblent les partis contestataires NPA, PS, écologistes, personnalités proches des milieux écologistes. Une gauche arc-en-ciel, rouge-vert-rose, très à gauche, se dessine, avec en commun une opposition à un gouvernement qu’elle considère très à droite.

Cette opposition radicale peut-elle se transformer en front municipal, basé sur un « programme commun » et dépassant les haines historiques ?

C’est certainement dans l’esprit de plusieurs élus, qui pourraient en prendre les commandes, mais l’opération est difficile à mener et a peu de chances de déboucher sur un succès final, Quimper n’ayant pas le profil d’une ville révolutionnaire.

Les droites souverainistes à l’affût

Debout la République, malgré le départ de plusieurs éléments en 2017 à la suite du second tour des Présidentielles, a la volonté d’occuper le terrain. Le parti de Dupont-Aignan affiche un discours de « résistance » qui va en séduire beaucoup.

De son côté, le FN Quimpérois bénéficie de résultats en constante hausse : 13,3% lors des Législatives 2017 pour 6% en 2012, 10,3% lors du premier tour des Présidentielles 2017 pour 9% en 2012. Il possède un réservoir de plus de 3000 voix dans le cas d’une campagne réussie, ce qui est suffisant pour peser et parvenir au second tour.

Pour LR, la situation est épineuse : une partie de ses électeurs soutient le gouvernement, une partie de ses cadres, les plus importants, aussi. D’autres sont rebutés par les mesures sociétales avancées par ce même gouvernement. Diffficile de se prononcer sur l’avenir des LR quimpérois, car les prises de position sont rarissimes en local en dehors des périodes électorales. Le président des LR, Laurent Wauquiez, ne s’est pas prononcé sur le cas quimpérois.

Hors système

Ils sont hors du système, au centre comme à gauche, le critiquent, et le système politique, médiatique, juridique local le leur rend bien.

À gauche, on voit mal comment les mouvements Bretons auront d’ici 2020 plus d’espace électoral pour se développer. Ils sont toutefois dans le viseur de Jérôme Abbassene, personnalité locale qui a approché le score de 10% aux cantonales en 2015. Ennemi déclaré du PS Finistérien, il est en balottage judiciaire avec l’ancien Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas et avec les proches de la présidence du Conseil Départemental. En 2014, il avait refusé une alliance avec le PS et les écologistes. Même mal perçu par l’establishment Quimpérois, il peut compter sur un socle de sympathisants locaux. En 2020, il ne détellera pas, comptant sur une campagne en dehors des clous.

Au centre, une association politique a vu le jour en 2018 sous le nom des Européens. Ceux-ci présentent un programme inclassable basé sur trois sujets, une « régénération démocratique », des idées de « puissance locale » et de « territoire intégré à l’atlantique et à l’europe ». Les conseillers municipaux que compte l’association sont des élus de droite qui se sont opposés dès le départ à la politique de Ludovic Jolivet. Honnie par la municipalité, bloquée par En Marche et ses poids lourds, cette association a peu de chances de développer son projet centriste, local, écolo sur certains sujets et anti-système sur d’autres.

Une triangulaire ?

La droite de la droite, En Marche et la gauche de la gauche est une triangulaire possible pour 2020 à Quimper. C’est le meilleur scénario prévisible pour En Marche, puisqu’il assurerait son protégé de la victoire, de l’élection (ou de la réélection). C’est ce que vise le macronisme, à l’échelon national, et bientôt en local.

Dans une configuration autre, par exemple si En Marche s’affaiblit, la scène Quimpéroise risque de devenir imprévisible.

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